Faouzi Chékili au «Quotidien»: «Le Oûd dans le jazz, pourquoi pas!»





Après trente six ans de carrière, Faouzi Chékili -âgé aujourd’hui de 54 ans - reste fidèle à la même tendance musicale, à savoir le jazz concilié à la musique traditionnelle arabe. Comme au début de sa carrière, le «jazzman» tunisien garde aussi la même source d’inspiration, le même style musical, mais aussi et, surtout, il veut véhiculer aujourd’hui un message de dialogue des cultures et de rencontre entre les différentes tendances musicales. C’est, en substance, l’idée développée dans cette interview. * Votre genre musical est particulier et votre style est, à la fois, une synthèse entre plusieurs genres musicaux. Quelle est votre principale source d’inspiration? - Ma principale source d’inspiration reste toujours le jazz. Je suis très passionné par cette musique que j’ai découverte tardivement et qui m’a fascinée, mais qui reste difficile d'accès. Lorsque je me suis initié à cette musique, j’ai éprouvé le besoin de la produire autrement. Je me suis rendu compte, en effet, que ce genre musical qui est basé sur l’improvisation et la musique traditionnelle a, en commun avec celle-ci, la même vocation: l’improvisation. L’expérience que j’ai tentée avec le «Taqâsim» un de mes albums mais aussi dans le cinéma, le théâtre… consiste à réunir à la fois les musiciens de jazz et leurs confrères traditionnels s’exprimant dans le langage savant de ce genre musical; c’est-à-dire avec la science de l’harmonie et les musiciens traditionnels tunisiens. J’ai composé, en effet, des morceaux qui sont, en quelque sorte, un point de rencontre entre ces deux tendances. Une sorte de dialogue entre les deux ambiances musicales, les deux cultures. * Quel message voulez-vous véhiculer à travers ce style musical? - Je veux véhiculer un message du dialogue et de la tolérance. Je me suis en effet rendu compte que les Tunisiens sont curieux de découvrir l’autre. Il en est de même pour les musiciens eux-mêmes. Il m’est souvent arrivé de confronter les deux tendances de musiciens. Les musiciens du jazz ont une admiration particulière vis-à-vis des musiciens traditionnels et, de même, ceux-ci apprécient le jazz qu’ils veulent d’ailleurs comprendre. Il y a donc une réelle conciliation entre les deux tendances musicales. * Après tant d’années de carrière musicale, croyez-vous avoir réussi à véhiculer votre style et, bien entendu, à vous faire comprendre auprès du public tunisien? - Je ne sais pas si mon style est compris par un grand nombre de personnes. Mais, il y a des personnes qui aiment bien ce que je fais. Je tiens à préciser que ma musique n’est pas destinée au grand public et ne fonctionne pas selon les normes de la mode. Je compose de la musique acoustique où le piano, la contrebasse, le oûd et le nay sont les principaux instruments utilisés. Par ces instruments, je veux donner un style musical qui s’inspire du jazz des années 50. Je perçois, en effet, que la musique doit être vivante et bien interprétée sur scène. Si elle n’est conçue que dans les studios par les arrangements et les montages, elle ne répond plus à cette vocation. Avec ma démarche, je compte en effet toucher un public assez éclairé et bien initié au jazz. Mais parmi le public même du jazz, il y a ceux qui veulent que le jazz reste à son état pur et qu’il ne soit pas changé. Je les comprends. Il y a aussi ceux qui apprécient cette musique sous un autre ton. Chacun a son goût. * Avez-vous des projets d’album en cours? - Je suis actuellement en train de préparer un album en neuf compositions. Des musiciens italiens du jazz ainsi que Youssef Chewali, un accordéoniste traditionnel, participent à la réalisation de cet album. Il s’inspire aussi de la musique acoustique. * Comment voyez-vous l’avenir du jazz en Tunisie? - De plus en plus, certains jeunes ressentent un engouement pour le jazz. Je viens de remarquer à travers l’école de jazz créée au Centre de Musique Arabe et Méditerranéenne de Sidi Bou Saïd, que les jeunes s’intéressent en masse à ce genre musical. Ils sont avides de découvrir ce qu’est le jazz. C’est déjà un signe positif. * Est-ce que le jazz, à lui seul, permet de faire vivre aujourd’hui? - Si on voit ce qui se passe en Occident et aux USA en particulier, on s’aperçoit que très peu de stars vivent aujourd’hui de cette musique. De temps à autre, ils font des concerts. Heureusement, il y a des circuits parallèles qui permettent à ces stars de joindre les deux bouts. En Tunisie, c’est pareil. * comment voyez-vous la musique aujourd’hui? - Pour moi, ou la musique touche les gens à travers tous les âges, à ce niveau, on parle de la musique sincère, techniquement bien composée, ou elle devient une musique destinée à la consommation rapide, comme on en voit chaque jour. Cette tendance ne m’intéresse pas. Je veux développer l’improvisation. Et le jazz est une musique qui mise sur l’improvisation et demande un grand travail en profondeur. Il nécessite une clarté d’esprit, raison pour laquelle il reste difficilement accessible. Propos recueillis par Ousmane wagué


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com