«Salia Nï Seydou»/ L’esprit du corps





La compagnie burkinabée Salia Nï Seydou a donné avant-hier au Théâtre Municipal de Tunis l’un des plus beaux spectacles des 3èmes rencontres internationales de Carthage. Avec Figninto (l’œil troué), la compagnie du Burkina-Faso a apporté cette touche africaine dont la chorégraphie contemporaine ne peut plus désormais se passer. Tant au niveau de l’imaginaire que de la technique du corps, la compagnie burkinabée enrichit l’univers de la danse moderne de langages et d’esthétiques nouveaux. A la fin du spectacle, l’ovation du public était à la mesure du bonheur que lui ont procuré les trois danseurs et les deux musiciens. Ce public, connaisseur ou simplement curieux, s’est montré très enthousiaste, à la grande joie de la fondatrice et animatrice du festival Printemps de la Danse. La scène est faiblement éclairée par trois lampes à pétrole. Au fond à droite, une grande toile ocre représente une forme vaguement humaine. Un tas de sable, une sorte de jarre, deux musiciens (Dramane Diabaté aux percussions et Tao Irisso à la flûte et à l’arc à bouche) enveloppés dans un tissu très coloré, qui racontent par le son, plus qu’ils n’accompagnent la chorégraphie signée par Seydou Boro et Salia Sanou. Trois danseurs tout en muscles mais aussi en grâce, racontent ce que Seydou Boro appelle : «les rapports manqués entre les êtres». En Afrique aussi, la solitude et l’incommunicabilité sont vécues dans la douleur de l’abandon. Les danseurs s’approchent, se retrouvent et se perdent aussitôt. Les êtres ont besoin les uns des autres, mais ils sont fuyants, insaisissables, lointains. Le décor plutôt sombre, et la musique du fond rappelle la mort qui rôde. Les trois danseurs, Salia Sanou, Seydou Boro et Ousséni Sako, s’étirent douloureusement, se cognent les uns aux autres, tapent du pied sur le sable, se tortillent, se torturent, se font mal, puis comme las de vivre et de combattre, laissent les bras, se dirigent vers la toile du fond et se laissent choir à côté d’une jarre pleine de sable, symbole de la mort. Mais le spectacle dans son ensemble, tout en racontant, par le mouvement, le geste et la musique, la difficulté d’être ensemble tout en étant seul chacun, ce Figninto dégage une spiritualité et une poésie qui résonnent comme un appel d’espoir. Créée il y a près d’une quinzaine d’années, la compagnie a imposé son style incomparable dans la plupart des festivals en Europe, en Amérique, en Asie et en Afrique. C’est la seconde fois qu’elle se produit à Tunis. Et, les deux fois, elle a eu droit à un accueil chaleureux du public. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com