Après une si longue absence/ Najet Attia à la reconquête de son royaume





Quatorze ans d’absence sur la scène musicale! Mais pas dans les cœurs de ses admirateurs. Najet Attia prépare son retour. Avec le soutien de ceux qui croient en son art! Le cadre est enchanteur: un château dans la région de Mornag, plus exactement à Khanguet Al-Hajjaj. Les coteaux bien exposés au soleil y donnent un nectar que n’aurait pas désavoué le poète du vin et du vent, Abou Naouess. Un perron nous donne accès à une demeure dont on ressent aisément l’ascendance aristocratique. Mohmed Ben Cheïkh, propriétaire du domaine en est fier: «Elle avait appartenu, au temps du protectorat, à un De La Rosière, qui n’est autre que le père du gouverneur de la Banque de France». Sur ces cépages trône une reine. C’est elle qui, bravant le vent frais, nous accueille en une tenue mi-amazone mi-artiste. Najet Attia, le visage radieux mais empreint d’un soupçon de trouble, reçoit ses amis compositeurs, paroliers, journalistes dans une convivialité charmeuse et décontractée. Clins d’œil complices, gestuelle avec pleins et déliés, rires cristallins, notre hôtesse s’est dépensée généreusement avec son époux en marques d’hospitalité qui n’étonnent point chez une artiste pétrie de musicalité. * Une voix mûrie Au fait, Najet Attia, qui est-ce? L’on se pose la question. Les jeunes générations, abruties par le tourbillon effréné des chansons aux rythmes rageurs, s’en souviennent difficilement. Celles plus âgées arrivent à saisir difficilement une personnalité qui déroute par sa complexité et sa richesse. De plus, l’absence s’était étirée sur presqu’une quinzaine d’années, ce qui pouvait être fatal dans un domaine aussi versatile que la chanson. Mais essayons de la cerner un peu plus près. Najet est une voix pure, comme l’eau de roche pour utiliser une image éculée. Caressante et mélodieuse, elle se joue des aspérités sonores comme le fait un ruisseau limpide avec les reliefs qu’il rencontre chemin faisant. Claire aussi et sans fioriture, sachant articuler à merveille les paroles et les moduler selon la tonalité requise. Avec l’âge (elle n’a que trente-six ans ), la voix a mûri, acquérant plénitude, énergie et amplitude. Et ce n’est pas l’assistance réunie dimanche après-midi qui nous démentira. Les quelques envolées vocales auxquelles s'était laissé aller l’artiste ont arraché de discrètes émotions à plus d’un, notamment à ceux qui ont la musique chenillée au cœur. N’est-ce pas Abderrahmane Ayadi et Mohamed Méjri? * Stratégie fédératrice Najet y a donné libre cours à cette exaltation mâtinée d’une touche de fantaisie. Une sorte d’avant-goût d’une stratégie que la chanteuse compte déployer en vue de reconquérir son royaume. Pour ce faire, elle compte s’appuyer sur une démarche fédératrice et mobilisatrice, pour employer un terme fort usité. A tous ceux apprécient son art et, aussi, à ceux qui sont concernés par le destin de la chanson dans notre pays, Najet lance un vibrant appel, non pour servir son ambition de refaire un peu le terrain perdu pendant une si longue absence, mais pour donner vie et vigueur à un noble projet de synthèse musicale, à présenter une chanson qui épouse son siècle sans renier l’héritage du passé. Elle le fait en toute spontanéité et avec sa sincérité coutumière: «Ceux que j’aime et que je respecte m’ont toujours assuré que le jour où je me déciderai à revenir sous les feux de la rampe, ils seront à mes côtés». Ce à quoi a répondu par une belle affirmative le chœur ambiant. Najet se sent donc, comme on dit, les épaules réchauffées par le capital de sympathie et d’empathie qu’elle a décelé dans les regards. Et nous, de notre côté, nous avons cru lire dans ses yeux la quête, par le biais de ce projet, d’une présence qui lui fait revivre son enfance, celle notamment d’un père décédé il y a une année. Le soutien d’une mère pétrie de bonté et d’un époux attentionné vont certainement fortifier en elle son projet d’avenir, un proche avenir même. Car la collaboration avec Abderrahmane Ayadi, Mohamed Méjri et d’autres bat son plein, fortement encouragée par le ministère de la Culture. Et cela nous vaudra un bel album qui fera certainement l’événement. Abdelmajid chorfi


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com