Entre Mohamed Majeri et le Oûd/ L’envoûtement





Très bientôt paraîtront deux CD comportant des compositions de Dr Mohamed Majeri sur Oûd. Instrument qui revêt chez ce compositeur qui en joue à merveille et dont il assure l’enseignement, une importance organique. Le Oûd est l’instrument emblématique de la musique arabe. Un peu comme le piano pour la musique classique, l’accordéon pour la musique populaire française, le sitar indien, le saxophone du jazzman… Il est, donc, l’objet d’un culte de la part de tout compositeur qui entend se situer de plain-pied dans l’humus de son terrain. Certes, il a connu une relative éclipse ayant accusé le coup devant l’intrusion en masse de nouveaux instruments et, particulièrement, l’orgue électrique. Ces instruments chargés d’une certaine aura ont fait un tabac auprès des jeunes du fait qu’ils nous étaient arrivés de l’Occident et qu’à ce titre ils bénéficiaient d’un consistant coefficient de modernité. Mais cette défaillance ne s’est pas éternisée. Très vite, il a refait avec éclat sa réapparition. A un double niveau, celui de la prise de conscience par les jeunes générations de son incontournable authenticité et aussi par le traitement réflexif et instrumental auquel l’a soumis une nouvelle race de musiciens. Mounir Bachir, le grand pionnier en la matière, Anouar Braham, Sami Chemma etc… le dernier en date étant le Libanais Cherbel Rouhana qui est en train d’explorer de nouveaux horizons. Mais comment ne pas citer dans ce chapelet le nom d’un luthiste, à la démarche discrète mais profonde. Une démarche de qualité qui garde la distance égale entre une musique intellectuelle et une musique émotionnelle. * Une connivence de l’être Mohamed Majeri, car c’est de lui qu’il s’agit, entend, dans son dialogue avec le Oûd, créer chez l’auditeur à la fois l’envoûtement des sons et la sérénité, pour ne pas dire la paix de l’écoute. Intuition et intelligence, instinct et compréhension mettant l’auditeur en mesure de participer par une connivence de tout son être. Pour lui, c’est l’histoire d’un grand amour, «son premier et son ultime amour», selon sa propre expression. On le comprend! Comment, en effet, ne pas nourrir un fort sentiment pour un instrument dont la ligne, mariant harmonieusement le volume du ventre avec l’élégance d’un manche comme cette Vénus callipyge aux rondeurs bien charnues et aux bras potelés, mais pas trop. Sur cette ligne se greffe une sonorité au timbre d’une grande séduction. Et Mohamed Majeri de chanter la dimension de cet instrument. Un instrument qui a bénéficié d’un développement technique de bon aloi tant au niveau de la facture instrumentale qu’au niveau de l’exécution. «Des études relatives à l’acoustique, au bois, à la précision de la mensuration ont permis de faire faire au Oûd un bond de qualité». Mohamed Majeri n’a pas manqué non plus de parler des recherches effectuées au niveau des cordes qui ont permis de mieux accorder l’instrument et d’en amplifier le son, notamment par l’emploi du nylon rectifié. «De tels instruments sont bien entendu plus chers, six fois même plus chers. mais il faut ce qu’il faut». D’ailleurs, qu’ils soient nouveaux ou anciens, Majeri en possède une belle moisson, venus de partout, du Machreq, de Turquie, d’Irak etc… Assouvissant ainsi une irrépressible soif de collectionneur qui se croise avec sa passion pour la musique. Il n’est pas donc étonnant que ce volcanisme qui bouillonne intérieurement autour de cet instrument quasi mythique nous vaille, pour bientôt, deux CD de compositions concertantes, c’est-à-dire à base d’interactivité entre le Oûd et l’orchestre. Une véritable promesse d’enchantement. Abdelmajid chorfi


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com