Souk El Blat/ «Désherbage» et oubli





Alors que le mois du patrimoine touche à son terme, d’aucuns ne cessent de s’interroger encore sur la place du patrimoine herboristique et de la pharmacopée traditionnelle aujourd’hui en Tunisie. Une simple balade dans les dédales de Souk El Blat, endroit-symbole des plantes médicinales nous a permis de jeter un éclairage sur la question. Après plus de six siècles d’existence, Souk El Blat garde toujours la même vocation, à savoir un endroit où le citoyen peut se procurer des espèces de plantes médicinales utilisées encore dans la pharmacopée. Mais ce souk ne bénéficie plus de l’aura d’antan. Le nombre de vendeurs de ces plantes médicinales s’est considérablement réduit, notamment, avec le rétrécissement du patrimoine herboristique et l’engouement limité des citoyens pour la pharmacopée. «De Souk El Blat, il ne reste plus que le nom», nous lance Hadj Abdessattar Fourati dès l’entrée dans cet endroit. Isolé et enclavé au Sud-Ouest de la mosquée de La Zitouna, Souk El Blat, traversé par une grande allée sur laquelle débouchent plusieurs ruelles serpentées, continue d’abriter quand même quelques boutiques qui gardent encore l’architecture arabe au style purement oriental. Mais ces éléments architecturaux restent cachés par les plantes médicinales exposées dont la quantité, aux dires de Badreddine Fourati, a considérablement diminué, mais reste suffisante pour satisfaire la maigre demande de rares citoyens qui recherchent encore ces plantes. Malgré ce fléchissement de la demande, Souk El Blat reste toujours ce lieu où les guérisseurs et médecins traditionnels peuvent trouver les espaces de plantes menacées de disparition. Hétérogènes et variées, on trouve parmi ces espèces, le poirier (Anjass). Cette plante est destinée aux soins de plusieurs maladies liées aux fièvres du sang. Le matricaire discoïde, appelé localement «Baboug» est également utilisé dans le traitement de plusieurs fièvres, ainsi que d’autres maladies comme la migraine, les troubles gynécologiques, et aussi les hémorroïdes de toutes sortes. Outre ces nombreuses espèces, d’autres, plus ou moins connues, continuent d’égayer les vieilles étagères des quelques boutiques de Souk El Blat. Parmi ces plantes, on trouve, entre autres, le chou-fleur appelé «Brouclou», le fenouil «Besbès», la violette odorante «Bnafsaj», le coquelicot, connu localement sous le nom de «Bougarône», la coriandre dénommée «Tabil» et la verveine appelée «Tronjia». «Chacune de ces espèces est destinée à soigner une maladie. Mais de nombreuses autres plantes destinées aussi à soigner les mêmes maladies ont également disparu», reconnaît Badreddine Fourati. Malgré la rareté de nombreuses plantes médicinales, et le recours peu fréquent des citoyens à la pharmacopée traditionnelle, évolution de la médecine moderne oblige, Souk El Blat subsiste. Mais cet endroit-symbole perd d’un jour à l’autre sa vocation, puisque les jeunes marchands se convertissent progressivement à d’autres activités commerciales. Ousmane Wagué _______________ * Le mystère du nom L’origine de Souk El Blat nourrit de nombreuses controverses. D’aucuns attribuent la création de ce souk aux Aghlabides du neuvième siècle, tandis que pour d’autres, ce Souk a été fondé au douzième siècle par le corps d’armée des Beni-Khorassane. Plusieurs interprétations tournent en effet autour de sa dénomination. Parmi les plus illustres, celui de Charles Lallemand qui attribue le nom de ce Souk à une espèce de plante appelée «Blata» qui foisonnait, à l’époque, dans ce endroit autrefois proche du palais de la dynastie des Khorassane, tandis que d’autres font remonter l’origine de ce souk à l’époque de Husseïn Bey qui s’était illustré pendant son règne par la construction de nombreux édifices commerciaux et souks spécialisés dans la Médina.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com