Les étudiants en théâtre/ Entre pantoufles et bohème





En entreprenant des études théâtrales, les jeunes comptent-ils faire une carrière d’enseignant peinard, bénéficiant de la sécurité matérielle? Ou est-ce l’aventure de l’artiste qui est au rendez-vous? Tunis-Le Quotidien Ils n’atterrissent pas ici par hasard. Bien au contraire. C’est un choix délibéré qui leur permet l’espace de quatre années ou plus, d’entretenir un rêve et de préserver une passion. Aujourd’hui, par cette journée de mai, les étudiants de l’Institut Supérieur des Arts Dramatiques (ISAD), puisque c’est d’eux qu’il s’agit, ne sont pas nombreux. C’est la fin de l’année et ils vont, presque tous, mettre la clé sous le paillasson. Quelques-uns sont, quand même, là. Que ce soit chez ceux qui viennent pour le dernier souffle d’une révision de la dernière chance, ou ceux qui mettent les dernières retouches sur leur projet, le théâtre est dans les cœurs. Mais dans des études pareilles qui consacrent l’art par excellence, on se demande si ces jeunes étudiants cherchent une carrière peinarde en sécurité? Ou s’ils optent plutôt pour l’aventure de tout artiste qui se lance à ses risques et périls? A peine provoquée, Jamila Tlili ne peut cacher sa passion pour l’aventure. C’est une véritable aventurière. «Je ne pourrai jamais me sentir à l’aise dans un parcours d’enseignante. Sauf si l’échec sera au bout de mon chemin d’artiste». Oui à ce moment-là, Jamila jouera une dernière carte, celle de l’enseignement. Elle, qui est vouée dès le départ à la bohème, est profondément convaincue que l’artiste épouse incontournablement «la découverte, l’apprentissage et le non-conformisme». Et Jamila d’ajouter que si elle était une personne «normale», elle n’aurait jamais choisi des études théâtrales. «Je serais plutôt mariée, avec peut-être des enfants». C’est aussi l’intention de Wajdi Gaidi. Après avoir fait ce choix personnel, il compte poursuivre l’expérience et travailler dans le domaine de la mise en scène. «Je voudrais, si possible, monter un projet avec un groupe qui partage mes idées». La carrière d’artiste dont rêve Wajdi est son seul objectif. «Il y a déjà beaucoup de choses que j’ai envie de faire. Je vais donc essayer de batailler pour les réaliser». Les ressources financières ne sont pas assurées d’une façon continue dans ce genre d’entreprise. Qu’à cela ne tienne. Wajdi tient absolument à faire cette carrière. «Même si l’enseignement peut résoudre ce problème matériel, je préfère la bohème pour être maître de moi-même et de ma liberté». * Entre le marteau et l’enclume Dans un coin à l’arrière de l’Institut, il est studieusement installé aux côtés de sa camarade et d’un enseignant coréen qui l’aide à réaliser son projet. C’est Badr Bouraoui qui est en train de préparer son projet pour le début du mois de juin. De prime abord, ce fou du théâtre avoue que ses semblables sont souvent partagés entre le marteau des contraintes matérielles et l’enclume de la passion artistique. «Ceci ne m’a empêché de choisir de travailler sur le théâtre de l’ombre chinoise qui requiert énormément d’efforts académiques». D’ailleurs, Badr projette d’exploiter l’héritage culturel arabo-musulman dans une création théâtrale d’ombre, dans laquelle il y aura de l’âme tunisienne. Finalement, une carrière peinarde, sans grande exaltation pourrait intéresser certains. Mais, pour la plupart, il semble qu’ils prennent le cap de la bohème, et ce, pour le meilleur et pour le pire… M.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com