Edition en Tunisie/ Revoir la copie





Le secteur de l’édition en Tunisie est assez jeune, mais dynamique et parfois même brouillon. Le pays compte une soixantaine d’éditeurs privés dont une poignée honore réellement leur métier. Les autres sont en train d’apprendre. Laissons le temps au temps. Le monde arabe compte 280 millions d’habitants. Il représente 5% de la population mondiale, mais ne produit que 1% des livres édités dans le monde. Le degré de développement d’une nation ne se mesure pas seulement au nombre d’ouvrages écrits, mais aussi au nombre de livres traduits des autres langues. Or, le nombre d’ouvrages traduits en arabe à partir de langues étrangères reste l’un des faibles au monde. Les Arabes ont traduit en 15 siècles un peu plus sinon autant que l’Espagne en un an. Ces données et tant d’autres ont été présentes dans deux rapports récents du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) sur l’état du monde arabe, qui ont tiré la sonnette d’alarme et incité les décideurs de la région à revoir leurs politiques éducative et culturelle. La Tunisie est membre de la Ligue Arabe. Elle est donc concernée par le résultat de cette étude autant que les autres membres de la Ligue Arabe. mais, la situation y est plus encourageante que dans les autres pays. L’accès à l’éducation obligatoire a permis de réduire le taux d’analphabétisation et de permettre à une majorité de la population d’accéder à la culture et au savoir. Sur le plan de la production intellectuelle et artistique, la Tunisie appartient aujourd’hui aux cinq ou six nations arabes les mieux placées dans les divers classements. * Mi-figue, mi-raisin Le domaine de l’édition, qui est assez jeune dans notre pays (Cérès Editions, la plus vieille maison d’édition tunisienne, célébrera cette année son quarantième anniversaire), a évolué assez lentement au cours des années 1970-1980, mais il connaît depuis le milieu des années 1990 un essor considérable aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif. Certains de nos éditeurs ont atteint un degré de professionnalisme comme les maison Simpact, Sahar, Apollonia, l’Or du temps… et la dernière née, Claire Fontaine, qui les a habilités à devenir des exportateurs sur les marchés maghrébin et africain. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. L’activité éditoriale étant balbutiante dans notre pays, nous comptons aussi un certain nombre de petits éditeurs qui manquent d’expérience et de savoir-faire et dont les produits laissent beaucoup à désirer. Quand on parle d’édition, on parle aussi de diffusion. Or, les libraires existants manquent eux aussi d’expérience. Les bibliothèques publiques gérées par le ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs remplissent un tant soit peu le vide laissé par les librairies et elles attirent bon nombre de lecteurs issus du monde scolaire. Des foires de livre sont organisées ça et là à travers la République, qui aident à rapprocher le livre des lecteurs potentiels partout où ils sont. Les télévisions, les radios, la presse écrite, les maisons de culture aident à promouvoir les ouvrages publiés par des auteurs tunisiens. Mais en dépit de cet effort collectif, il reste encore beaucoup à faire pour que les Tunisiens deviennent des grands lecteurs. * La concurrence des autres supports Nous n’avons pas de statistiques précises sur le taux de pénétration du livre et de la lecture dans la population tunisienne, mais les tirages très limités de livres tunisiens (1000 à 3000 exemplaires en moyenne) traduisent un certain désintérêt des Tunisiens vis-à-vis de ce support. Il faut ajouter aussi que les autres supports de diffusion culturels concurrencent aujourd’hui sérieusement le livre et le privent d’un grand nombre de consommateurs potentiels. La plupart des éditeurs et écrivains que nous avons interrogés se sont plaints de la concurrence insurmontable de la télévision, de la vidéo et des nouvelles technologies de la communication. D’autres pensent, au contraire, que l’âge d’or du livre est encore à venir, car, tous ces moyens modernes de consommation peuvent aider à la promotion du livre et non à le concurrencer. Ils citent à cet égard l’exemple des pays européens où le livre, malgré cette grande pénétration des nouvelles technologies dans la population, le livre et l’édition affichent une santé insolente. En fait, les habitudes du public ne sont pas stables et constantes; elles évoluent sans cesse et s’adaptent à l’état de l'offre. Il reste à espérer que chacun des acteurs fasse de son mieux pour que le livre et la culture restent une pratique familière et populaire. Les acteurs ce sont: — Les pouvoirs publics, qui multiplient les mesures en faveur de ce secteur pour, à la fois, le protéger et l’aider à se développer. — Les éditeurs, qui doivent faire preuve de rigueur dans le choix des livres à éditer et identifier les attentes réelles du public. — Les libraires, qui doivent cesser d’être de vulgaires commerçants pour devenir des conseillers, voire des militants en faveur du bon livre. — Et enfin, les écrivains, qui doivent cesser de se lamenter sur leur sort et de déplorer l’absence des lecteurs pour prendre leur destin en main, notamment en écrivant des ouvrages qui intéressent la lecture, et non des textes obscurs voire alambiqués qui font fuir les gens. Zohra Abid


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com