Important Site Archéologique : Lamta lente à se dépoussiérer





Important Site Archéologique : Lamta lente à se dépoussiérer * Dossier réalisé par Ousmane wagué Le Mois du patrimoine vient de prendre fin. Cette manifestation, devenue une tradition bien ancrée depuis quelques années, a constitué une belle occasion pour les différentes instances du patrimoine national et de la culture de mettre en valeur les potentialités archéologiques, les rites et les survivances religieuses que la Tunisie a héritées des civilisations qui se sont succédé sur son sol. Témoin significatif et expressif de ce passé, le site archéologique de la ville de Lamta qui a été l’objet d’une grande sollicitude à l’occasion du Mois du patrimoine. Le Festival de la Bsissa qui s’y est tenu en a été une éclatante illustration. Mais Lamta, jadis appelée Leptiminus, n’est pas seulement un carrefour pour la Bsissa et autres recettes culinaires héritées du passé. Cette ville recèle, en effet, l’un des plus importants sites archéologiques du Sahel et de la Tunisie. Son musée qui porte d’ailleurs le nom de Leptiminus est construit sur un site ouvert où encore des centaines de pièces et de monuments archéologiques restent enfouis sous le sol. La plupart de ces pièces archéologiques remontent à l’époque romaine pendant laquelle Lamta portait le nom de Leptiminus-Magna, le Grand Leptiminus, par opposition au «Leptiminus-Major» ou «Leptiminus-Mineur», qui était à cette période une cité libyque. Diverses et variées, ces pièces et monuments dont l’extraction est en cours depuis quelques années, témoignent de l’importance politique, économique et civilisationnelle de cette ville de par le passé, notamment, pendant la guerre civile romaine, en 46 avant J.C, puis sous le règne de Tarajan, au début du 2ème siècle après J.C. Après la conquête islamique, un «ribat» fut érigé par les Aghlabides à l’extrémité Est de la ville et, aux 12ème et 13ème siècles, la ville est mentionnée sous le nom de Lamta par les voyageurs arabes. Le musée de Lamta, abritant des centaines de pièces de mosaïques rares mais aussi des objets archéologiques, retrace de façon percutante l’itinéraire et/ou la succession de ces différentes civilisations qui ont brillé jadis sur le sol de Lamta et dans toute cette région shaélienne. Certes, des fouilles sont en cours pour enrichir et mettre davantage en valeur le patrimoine archéologique de cette ville et aussi dans le but de décrypter l’histoire «lointaine» de la région, mais de nombreuses autres contraintes entravent ces initiatives. Parmi celles-ci, les problèmes fonciers, le manque d’archéologues spécialisés sur la région sahélienne, mais aussi, et surtout, quelques contraintes financières et le manque d’intérêt accordé au site archéologique de Lamta en question, peu fréquenté, de nos jours, par les nationaux et les touristes. Quelles solutions faut-il donc envisager pour rendre ce site archéologique plus attrayant durant toute l’année et lui donner la place qui lui revient de droit, et ce, en dehors du seul Mois du patrimoine? Les archéologues rencontrés sur le site tentent d’apporter une réponse à cette interrogation. ______________ * Najib Ben Lajreg (Responsable du site archéologique de Leptiminus) : Le problème Foncier «Le site archéologique de Lamta s’étend sur une superficie de 100 hectares. Il était un port punique et romain. Si ce site était connu depuis longtemps, les fouilles archéologiques n’en restent pas moins limitées. Certains des monuments sont enfouis sous les oliveraies. Rien qu’en contemplant le sol, on se rend compte qu’il est riche en terre cuite, ce qui prouve qu’il a été habitué dans le passé lointain. A partir de 1990, sous l'égide de l’INP, les vrais travaux de fouilles ont commencé. Ceux-ci ont permis de découvrir des vestiges puniques, romains, chrétiens et des mosaïques de toutes sortes provenant des nécropoles. Le site comporte aussi des tombes et de nombreuses autres pièces archéologiques. Mais, les fouilles rencontrent aujourd’hui de nombreux obstacles parmi lesquels, des contraintes foncières, puisque certains vestiges restent enfouis sous des terres habitées ou des oliveraies. Il existe aussi des contraintes humaines liées particulièrement au manque de spécialistes qualifiés dans la fouille des sites des régions sahéliennes. Nous faisons, le plus souvent, d’autres grandes découvertes, mais techniquement, certains objets archéologiques ne peuvent pas être complètement extraits à cause du problème foncier. Outre le site de la ville de Leptiminus, de nombreuses autres localités font l’objet de fouilles menées conjointement par des archéologues tunisiens et canadiens. Déjà, des pièces et des mosaïques remontant à plus d’un siècle avant J.C et à deux siècle après l’ère chrétienne, ont été localisées dans le site». * Habib Ben Hassen (Archéologue) : «Rendre le site plus attractif» «Notre institution finance des projets de mise en valeur des sites archéologiques. Des avantages sont, en effet, accordés aux fouilleurs ainsi que des fonds pour le toilettage des musées, à l’instar de celui de Lamta. L’ANMP aidera prochainement aussi le musée à publier un guide, en vue de faire connaître les pièces et les monuments découverts dans la région. Des dizaines de milliers de dinars ont en effet été débloqués pour rendre le musée de Lamta attractif, mais il faut lui trouver un autre circuit pour rendre ce site plus attractif. Ce musée qui se trouve aussi sur un site ouvert peut, à la fois, attirer de nombreux visiteurs et être un grand complexe de tourisme culturel dans la région». ______________ * Ibrahim Douggui (Contre-maître des fouilles) : «Un nouveau musée à Tapsis» «Afin de mettre en valeur le patrimoine archéologique dans le Sahel, il est prévu prochainement la création d’un musée à Tapsis dans le gouvernorat de Monastir. Ce futur musée, dispose déjà de 3000 pièces puniques. Outre ce projet, une équipe d’archéologues tunisiens continue de mener des fouilles dans la région. La dernière importante découverte est celle d’une grande mosaïque de 800 m2 qui montre 18 athlètes et qui remonte à l’époque romaine. Mais la plus belle pièce découverte c’est celle du baptistère. Outre ces pièces, un grand amphithéâtre et des thermes de 1000 m2 ont également été localisés près de Tapsis. Ces découvertes remontent jusqu’à la période lybique. D’autres monuments ont aussi été découverts sur un espace de 150 ha, auprès du port punique romain. Il s’agit, entre autres, d’une grande citerne publique de 2 ha, d’un amphithéâtre, de tombes puniques remontant aussi à la période romaine. Mais le plus grand problème des fouilles, reste la délimitation du site archéologique qui est immense. Cela constitue une grande entrave à la conservation de toutes les pièces découvertes depuis les fouilles entreprises dans la région en 1986».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com