Billet/ La tromperie en procès





Nombre de livres édités à comptes d’auteur garnissent les étals des libraires ou des trottoirs. Des cassettes et des clips montrent des noms de chanteurs que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam. Des œuvres plastiques peinturlurées par d’illustres inconnus se bousculent dans les galeries d’art. Apparemment, cela constitue un bon signe. De la quantité naîtra, un jour ou l’autre, un produit de qualité. Après tout, Kafka n’est pas né ex-nihilo comme on pourrait le penser, mais à partir d’une pluralité d’écrivains qui avaient essaimé dans la Prague du début du 20ème siècle et dont l’histoire n’a pas retenu le nom. Mais cela ne peut, pour autant, justifier la médiocrité des œuvres présentées. D’autant que ces œuvres relèvent d’un secteur considéré, à juste titre, comme noble et pouvant véhiculer une image positive de notre pays. Certes, le constat s’inscrit dans l’air du temps. D’un temps où tout, dans le monde, se transforme en marchandise. La musique n’est plus la musique. Hollywood a répudié l’excellence. Les gares françaises sont inondées de romans de bas étage. C’est le règne de l’argent omnipotent, omniprésent. Quand on n’a plus qu’à risquer son argent, tout se détériore, se disqualifie (dans le sens de perdre sa qualité première). Le gain de l’argent se conjugue avec le désir irrépressible du paraître pour former un redoutable couple marchand. Argent omnipotent et omniprésent, avons-nous dit! Mais aussi omniscient car il se donne le droit d’accoler le label de la qualité à tout ce qui n’en a pas. Ce n’est plus le règne de la valeur, mais celui du prix. L’argent détient le pouvoir et le savoir. Pour preuve, ceux qui éditent à compte d’auteurs peuvent consentir à ce dessein l’argent qu’il faut. La valeur culturelle du contenu importe peu. Même scénario pour les cassettes et les clips et autres produits artistiques. Combien de livres de teneur médiocre sollicitent-ils l’attention du consommateur! Combien de chansons, sidérantes de médiocrité, blessent nos tympans! Affligeant spectacle qui n’est pas sans rappeler les tromperies opérées sur certaines marchandises, tromperies qui n’échappaient pas, dans le temps, au regard vigilant et scrutateur des «amines» des souks. Il serait bon que, concernant les produits culturels on réactive des commissions d’évaluation qui officiaient, avant, dans toute maison d’édition qui se respecte. On éliminerait ainsi toute scorie, toute faute, toute maladresse et toute atteinte au bon goût. On éviterait aussi que des termes frisent le procès diffamatoire. La mesure pourrait, d’ailleurs, englober tous les secteurs de la culture. Et c’est d’autant plus impérieux que se profilent à l’horizon des perspectives d’exportation et donc de rayonnement de notre pays. Abdelmajid Chorfi


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com