Irak/ Une alternative politique est-elles envisageable ?





L’enseignement majeur qu’on peut retenir des mouvements de résistance à l’occupation coloniale et de la clairvoyance de leurs stratèges est incontestablement l’alternance entre l’action militaire et l’initiative politique. Dans le cas concret de l’Irak, une telle démarche pourrait-elle aboutir à une alternative politique à la résolution américaine? Si l’on se suffit d’une lecture simpliste du développement du contexte irakien actuel, on ne peut aucunement percevoir de nouveaux éléments susceptibles de modifier l’appréciation d’ensemble sur le conflit armé et donc d’agir sur la stratégie de la résistance armée qui demeurait la plus à même de contraindre l’occupant à battre en retraite. Toutefois, en se penchant de plus près sur la situation irakienne et en saisissant la réalité dans sa complexité on pourrait dégager certaines données qui aideraient à faire fructifier politiquement les succès que la résistance armée est parvenu jusqu’ici à obtenir sur le terrain. A la une de ces données figure bien évidemment l’enlisement militaire des Etats-Unis doublé d’une véritable crise politique, morale et psychologique due essentiellement aux scandales des sévices de la prison d’Abou Gharib. Il va sans dire que dans leur marasme actuel les Etats-Unis n’ont gagné qu’à s’isoler davantage sur la scène internationale et à voir les coalisés s’effriter autour d’eux. Ainsi, après l’Espagne, c’est maintenant au tour du Danemark d’exprimer toute son exaspération de la politique américaine. Ceci sans compte bien sûr les grands acteurs internationaux qui continuent à s’opposer à la politique du fait accompli de Washington en l’occurrence la France, l’Allemagne, la Russie et la Chine. A ces éléments il faudrait ajouter le retour sur la scène irakienne de l’ONU qui requiert actuellement une importance particulière puisque ce sont les Etats-Unis eux-mêmes qui ont fait appel à cette organisation pour les aider à sortir du bourbier irakien. Toute la question est donc de savoir aujourd’hui si la résistance irakienne par une initiative politique parviendrait à conjuguer ces éléments tant favorables pour mettre davantage de pression sur les occupants en vue d’un retrait définitif du pays. Pour ce faire, il conviendrait que la résistance irakienne fasse preuve d’unité effective devant le monde entier et transcende ainsi les disparités entre ses composantes religieuses et ethniques. Car, jusqu’ici, tout porte à croire que tout en ayant pour seul cible les forces de l’occupation en Irak chacune des factions de la Résistance (sunnite et chiite) agit séparément. Il semble même qu’à l’intérieur de la mouvance chiite il y a des divergences dont on ne peut mesurer l’importance. Une telle disparité et de telles divergences facilitent les manœuvres militaires et politiques de l’adversaire, en s’attaquant séparément à diverses composantes de la résistance et en manœuvrant pour obtenir des arrangements politiques unilatéraux avec les factions au détriment de l’ensemble. Mais en œuvrant à construire son unité dans les délais les plus brefs, la résistance gagnerait à rassurer derrière elle l’ensemble du peuple irakien sans distinction d’appartenance à une communauté religieuse ou à une autre et parviendrait à élaborer un plan transitoire de recouvrement de la souveraineté irakienne. Une pareille unité permettrait également à la résistance irakienne de soumettre à rude épreuve les prétentions américaines de redonner la souveraineté aux Irakiens en imposant ses conditions. L’unité étant décisive dans la modification des rapports de forces politiques en faveur de la résistance, celle-ci pourrait d’abord intervenir efficacement dans la composition et la délimitation des prérogatives du futur gouvernement provisoire irakien. Elle pourrait ensuite rejeter tous les préalables américains visant à désarmer la résistance irakienne. Elle pourrait enfin imposer aux forces de l’occupation un calendrier de retrait du territoire irakien dans les délais les plus brefs. Au demeurant, dans la réalisation de ces objectifs, la résistance irakienne devrait compter sur le soutien implicite et explicite de l’ONU, mais surtout d’une autre coalition internationale anti-américaine qui devrait voir le jour sur les décombres de celle fomentée par Washington qui est actuellement dans le désarroi total. Abdelmajid HAOUACHI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com