Moncef Souissi : «Pas d’humanisme sans théâtre»





Le Président Zine El Abidine Ben Ali a décoré, avant-hier, à l’occasion de la Journée nationale de la Culture, l’homme de théâtre, Moncef Souissi, des insignes de l’Ordre national du mérite au titre du secteur de la culture. Impressions à chaud. * Cette grande distinction, comment l’avez-vous accueillie? — C’est une bouffée de réconfort, chargée d’une grande motivation. L’attention qui m’a été accordée par le Président Zine El Abidine Ben Ali m’aide à assumer avec plus de cœur ma responsabilité en tant qu’intervenant dans la vie culturelle du pays. Cette responsabilité qui doit contribuer à la promotion du développement national ne me fait pas oublier que nous sommes dans un pays qui s’emploie à préserver le sens critique chez tout créateur. La perte de ce sens critique est très dommageable car, sans cette disposition, le créateur perd sa raison d’être. Ce dont je suis fier, c’est que j’ai toujours bénéficié, dans l’exercice de mon art, d’une liberté d’action tout à fait remarquable, une liberté qui éloigne le spectre de l’exclusion, ce mal qui prévaut dans d’autres pays, où pour se débarrasser d’un concurrent, on n’hésite pas de l’accuser d’être à la solde de tel ou tel parti. Le grand mérite en revient à la clairvoyance du Président Ben Ali. * Vous avez eu droit à une véritable ovation de la part de vos pairs à l’annonce de la distribution. — Cela a été pour moi très encourageant et très gratifiant. J’ai été très agréablement surpris de cette chaleureuse ovation qui m’a été réservée par les hommes des médias, de la culture, des artistes et bien d’autres… Tout ce que je souhaite après cette consécration, c'est que Dieu m’accorde la santé pour que je puisse poursuivre ma contribution à l’édification de notre pays. * C’est une longue carrière que la vôtre. Quels en sont les moments forts? — Oui, une longue carrière ponctuée de moments forts: création de la Troupe Régionale du Kef, contribution à la création de la Troupe de Gafsa, création du Festival Méditerranéen du théâtre, Direction de la Troupe de la Ville de Tunis, création du Théâtre National, création des Journées Théâtrales de Carthage dont j’ai assuré la direction pendant cinq sessions, puis retour au kef de 1995 à 2000. Sans parler, bien entendu, de la Fondation Souissi Fou-noun qui œuvre actuellement. * Ce retour au Kef revêt plus d’une signification symbolique. C’est de là que tout est parti. Comment a démarré l’aventure keffoise? De quel rêve étiez-vous habité à l’époque? — Le rêve fou de changer le monde par le théâtre. Nanti d’une bourse pour aller étudier en Allemagne le Théâtre de Brecht, j’allais partir pour cette destination quand, au hasard d’une promenade, je rencontrais Ahmed Habassi qui était à ce moment-là responsable du Comité culturel du Kef et qui est aujourd’hui diplomate. Il me proposa de le rejoindre pour monter une troupe régionale. Pour moi, le Kef était le bout du monde, presqu’une terre d’oubli. Plein d’appréhension, je m’y rendis pour tâter le terrain. Et là, la beauté du paysage et le spontanéité et la gentillesse des gens me firent abandonner le projet des études, d’autant plus que j’avais souvent rêvé des exploits des fellagas du temps de la Libération nationale. * Une sorte de défi? — Oui! Un défi que j’entendais relever, poussé par la fougue de la jeunesse et la sincérité du cœur. Et cela a donné des fruits, notamment à travers une honnête mais véhémente émulation avec la grande figure du théâtre tunisien à l’époque, le regretté Aly Ben Ayed. Ensuite, sur la lancée, il y a eu la création d’autres troupes régionales. Cette dernière initiative s’inscrivait dans un ensemble de conditions objectives s’articulant autour du credo suivant: la culture est un des fondements du développement. * A qui dédiez-vous cette distinction qui vous a été accordée par le Chef de l’Etat? — Je la dédie à tous les créateurs, les journalistes et à tous ceux qui ont contribué à ma formation comme les regrettés Tahar Guiga, Mohames Agrébi, Mohamed Lahbib, Hassen Zmerli, à M.M Tahar Boussema qui était gouverneur du kef, et Abdessalem Kallel, son prédécesseur à ce poste. Que peut, d’après vous, apporter le théâtre aujourd’hui? — Il apporte l’essentiel de l’existence humaine. C’est une des pierres essentielles de l’humanisme. Et il n’y a pas d’humanisme sans l’art qui lui donne son âme, et qui consolide la notion de citoyenneté en induisant le citoyen à se remettre en question. A.C.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com