Dossier/ Percussions méditerranéennes et d’ailleurs : Djembé, Darbouka… ou la chaleur des rythmes





S’il existe un son ou un rythme musical ayant suscité peu d’intérêt en Tunisie, c’est la percussion. Mais force est de reconnaître, en effet, que ce rythme aux multiples facettes est à la musique ce que le son est à la voix ou la syntaxe à la langue. Bien qu’en Tunisie il n’existe pas une tradition de percussion polyrythmique, les percussionnistes ont leur place marquée d’une pierre blanche dans les différents groupes musicaux. Un festival dédié à la percussion, à l’instar de celui qui vient de naître en Tunisie, ne représente-t-il pas une occasion idoine pour donner à ce genre musical la place qui lui revient de droit sur l’échiquier musical national? Eclairage - Dossier Réalisé par Ousmane Wagué Un festival international de la percussion, on en parlait dans les coulisses et voilà que sa première édition voit le jour. Ceux qui ont lu les dépliants et les affichages annonçant cette manifestation n’ont pas cessé de s’interroger sur sa portée et sa signification. Pourtant, ce nouveau festival, à l’instar de ses aînés, a sa raison d’être et a des perspectives prometteuses devant lui. Outre l’originalité de son concept (la promotion de la percussion dans ses multiples facettes civilisationnelles) la manifestation a de beaux jours devant elle car le champ des artistes jouant à la percussion est encore inexploité. En effet, cette première édition initiée par les Jeunes Chambres Economiques de Hammamet et de Mégrine en collaboration avec les municipalités des deux villes respectives est une première en Tunisie. Elle vient enrichir le champ culturel qui comprend déjà d’autres manifestations musicales spécialisées. «Nous l’avons créée pour instaurer en Tunisie une tradition originale qui n’existait pas. A travers cette manifestation, nous avons aussi voulu marier la musique à la peinture, en organisant également un vernissage pour rendre l’animation complète», précise Amir Taoufik, consultant en tourisme culturel et Secrétaire général des manifestations nationales et internationales. * Tendre l’oreille à d’autres Le responsable culturel explique, d’autre part, qu’un des objectifs de ce festival est également une invitation à l’amélioration de l’écoute musicale du public tunisien. «Cela pourra se faire grâce à l’invitation d’autres artistes, des Africains par exemple, ayant opéré des synthèses de plusieurs autres genres et utilisé d'autres instruments comme le «Djembé», le «Balafon», instruments de percussion pas très connus en Tunisie», note Amir Taoufik. Et d’ajouter que «le Festival de la percussion permet d’avoir une perception de l’influence des autres musiques ainsi que d’autres instruments de percussion, de l’Amérique Latine et d’Europe sur la zone méditerranéenne, elle-même riche en instruments de percussion». Toujours selon le responsable culturel, ce jeune festival permettra, par ailleurs, au public tunisien de découvrir les différentes musiques notamment celles de l’Afrique, sans se déplacer jusque vers les profondeurs du continent noir. En plus de cette vocation, ce festival s’inscrit dans le cadre du développement du tourisme régional. Selon Moncef Nefoussi, membre de la JCF, sur le plan national, et un des initiateurs de ce projet, «les prochaines phases de la manifestation mettront l’accent sur les spécificités de la percussion en Afrique. mais le Festival vient essentiellement compléter le maillon manquant, à savoir une manifestation axée uniquement sur un genre particulier: la percussion», a-t-il conclu. ______________ * Abdessatar Amamou (chercheur-historien): «La vie de tous les jours» «Le but de l’organisation du festival de la percussion est de montrer qu’en Tunisie, il existe un genre spécial de la percussion qui dérive de plusieurs cultures africaines, orientales et européennes. La Tunisie est un carrefour de civilisations et cela se manifeste dans la percussion qui n’est pas seulement une musique mais un genre qui produit aussi des rythmes interprétant la vie de tous les jours. De ce brassage des civilisations, les artistes tunisiens ont retenu la manière de jouer des instruments et notamment au niveau du «Bendir» qu’on trouvait aussi chez les anciens Egyptiens. Il en est de même pour le tam-tam (Douf) qui est un instrument connu en Europe médiévale. Le «Gombri», un autre instrument, d’origine africaine, témoigne aussi des liens culturels de la Tunisie avec l’Afrique. Le séminaire organisé dans le cadre de ce festival, cherche à définir les différents courants qui ont influencé les percussions tunisiennes». ________________ * Habib Samandi (percussionniste): «Un rapport spontané entre les artistes» «Nous n’avons pas de tradition de percussion polyrythmique comme il en existe en Afrique, même si la percussion fait partie de nos genres musicaux depuis belle lurette. Ce Festival a permis, donc, aux percussionnistes tunisiens de s’inspirer de leurs homologues africains et de leurs techniques. En effet, la manière de composer le slow ou de jouer à la «Darbouka», ainsi que la sonorité de nos différents instruments musicaux, peuvent être enrichies grâce à l’interfécondation des différentes techniques. Il existe, d’ailleurs, beaucoup de similitudes entre les percussions tunisiennes et celles d’Afrique. La manière de jouer au «Djembé» dans le Continent noir en est une illustration éclatante. Chez les artistes du «Djembé», on constate une symétrie des mouvements dans la manière de jouer au tam-tam, où la main gauche joue seulement un rôle de régulateur, et la main droite fait le gros travail, tandis que chez les artistes de la «Darbouka», la main gauche fait des ornements alors que la main droite exécute les temps forts du mouvement. Une similitude parmi tant d'autres qui témoigne du rapport spontané entre les différents artistes dans la manière de jouer aux différents instruments de percussion».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com