Livres/ Un regard en coulisse





Derrière un livre, toute une histoire. Pas uniquement des idées, des auteurs, des imprimeurs et des diffuseurs, mais tout un enchaînement, toute une industrie et tant de calculs qui n’arrangent pas tous les acteurs. Chacun de son côté cherche à défendre ses intérêts. Le Quotidien a contacté deux figures du monde des lettres, l’écrivain Massoûda Abou Bahr et l’éditeur et écrivain Abdelaziz Belkhodja, qui se sont librement exprimés. - Massoûda Abou Bakr : «Manque de transparence» «L’écrivain donne son manuscrit à l’éditeur. Ce dernier, qui n’a pas toujours un sens artistique, néglige l’aspect esthétique qui peut affecter la qualité de l’ouvrage une fois publié. Il ne s’agit pas de faire pression sur le coût d’impression, mais de réaliser des livres que les gens aimeraient regarder, toucher, puis lire. Nous n’avons pas de véritables traditions de promotion de livres comme cela existe partout dans le monde. Certains éditeurs font un effort pour rapprocher leur produit du public, mais ils sont rares. Il y a aussi un problème qui empoisonne les relations entre les auteurs et les éditeurs : c’est le manque de transparence. Les premiers ne savent exactement pas combien ils ont pu vendre de leurs ouvrages. Ils ne peuvent pas en tout cas vérifier les chiffres avancés par les seconds. Comme les ventes déclarées sont souvent très faibles, les droits d’auteurs sont tout autant. Cela n’encourage pas les écrivains à se consacrer entièrement à l’écriture. Ils sont donc obligés de faire des travaux alimentaires. Dernier problème que je souhaite poser : nous n’avons pas une vraie tradition de critique littéraire dans la presse tunisienne. Les journalistes reçoivent les livres au service de presse. Mais, ils lisent rarement, et lorsqu’ils en rendent compte, c’est en quelques lignes expéditives». - Abdelaziz Belkhodja : «Promouvoir une Tunisie multiculturelle» Romancier, Prix Découvertes Comar 2004 pour son roman «Le Retour de l'Eléphant», Abdelaziz Belkhodja est aussi le patron de la maison d’édition Apollonia, spécialisée dans la publication d’ouvrages de bande dessinée. Il nous parle, ici, des deux principaux problèmes auxquels il fait face en tant qu’éditeur. «En tant qu’éditeur, les problèmes que je rencontre sont de deux sortes. En matière de distribution, il nous faut une nouvelle génération de libraires qui relaye les informations de nos médias et qui sait présenter le livre tunisien, souvent relégué au fin fond des libraires. Il y a un manque évident et sérieux à ce niveau. Les livres tunisiens de qualité sont légion, le ministère de la culture nous offre un cadre de travail efficace, mais nos livres restent introuvables. Solution : que les libraires qui veulent travailler, se fassent connaître de nos distributeurs. Ces derniers souffrent souvent d’impayés et finissent par travailler avec une poignée de libraires sérieux, une trentaine au maximum. Au niveau international, nous avons besoin d’une politique ambitieuse. Nous sommes prêts à prendre des risques. L’Etat a mis en place un plan qui doit être mis en application. Des solutions existent, il faut désormais rechercher la formule idoine et s’investir, avec les autorités publiques pour la concrétiser. La distribution des livres tunisiens en Europe ne peut réussir sans l’établissement d’une base. Les tentatives qui ont réussi, en France par exemple, sont celles des libraires spécialisés. Nous avons besoin, à Paris, d’une librairie tunisienne. L’Etat doit nous aider dans un premier temps et pour une durée déterminée, le temps de prendre notre envol. En ce qui concerne l’information, nous avons besoin d’une émission télévisée francophone hebdomadaire pour présenter les auteurs et leurs livres et ce d’une manière ludique. Nous espérons que les télévisions privées vont combler ce vide. La production culturelle tunisienne en français est assez consistante. Le manque d’émission télévisée en français limite l’impact de la culture tunisienne. Si nous voulons conquérir les marchés européens, il faut assurer la médiatisation de cette production qui puise très souvent ses sources dans notre histoire qui, ne l’oublions pas, a façonné la Méditerranée. Promouvoir médiatiquement la culture tunisienne en langue étrangère, c’est promouvoir une Tunisie multiculturelle». Propos recueillis par Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com