Rjim Maâtoug : Quand les hommes apprivoisent le désert





Aux confins du sahara, le village de Rjim Maâtoug se dresse en obstacle contre l’avancée inexorable du désert. Des hommes intrépides et engagés n’ont pas hésité à croiser le fer avec la nature pour l’empêcher de grignoter des parcelles immenses de terre que les habitants ont entrepris de rendre vert . Reportage. Tunis - Le Quotidien Je ne sais par quel miracle, les minuscules particules de sable parviennent à s’incruster au fond du palais, bien que toutes les précautions avaient été prises pour éviter ce désagrément. Le foulard saharien enveloppant nos visages selon des techniques ancestrales n’a pas permis d’atténuer l’effet de la tempête de sable, si fréquente en cette période du mois. Pourtant l’accompagnateur nous avait averti : «le temps sera particulièrement clément aujourd’hui». Nous sommes aux portes du Sahara, à Douz, située à une centaine de kilomètres du village frontalier de Rjim Maâtoug. Depuis des années, le Sahara ne semble pas vouloir renoncer à ses revendications expansionnistes, en grignotant au fil des ans sur l’espace du commun des mortels. De l’autre côté de la barrière, il y a des gens d’une race intrépide et déterminée qui ont compris l’enjeu et qui ont décidé d’engager une bataille sans merci contre la désertification. Le village de Rjim Maâtoug, situé aux confins du désert, donne la plus belle leçon de courage et d’abnégation en affrontant une nature particulièrement hostile et agressive. Tout au long de la route menant vers le village, l’on constate aisément que le sable ne cesse de «manger» le goudronné, obligeant de temps à autre le conducteur à ralentir et à traverser lentement les minuscules dunes de sable envahissantes. * Une lutte au quotidien Ce village revêt une importance géo-stratégique pour la Tunisie. Il se situe au sud-ouest de notre pays, longeant la frontière algérienne à l’ouest et se juxtaposant au grand erg oriental, un vaste Sahara rude et infranchissable. La domestication de ce tronçon de désert constitue une étape cruciale dans la lutte contre la désertification. Le programme de mise en valeur de la région est confié à l’Office du développement de Rjim Maâtoug. Ce programme a été attribué à l’Armée nationale pour diverses raisons dont la plus importante concerne la maîtrise des coûts, l’efficacité et la célérité dans l’exécution des tâches. La découverte d’une gigantesque nappe phréatique a permis de creuser trois puits artésiens d’une capacité de 2000 litres par seconde. L’eau puisée a été utilisée pour irriguer près de 3000 ha d’oasis en trois étapes. L’opération a commencé en 1990 et des lots de terrains de plus d’un hectare ont été attribués à des habitants du gouvernorat de Kébili. Toutes les facilités ont été accordées aux divers candidats dont l’attribution d’un logement et l’octroi de facilités financières pour permettre leur installation. * Une stratégie ambitieuse Le colonel Salah Sebaï, directeur général de l’Office de développement de Rjim Maâtoug, explique que cette première étape a permis de cerner les lacunes et de revoir certaines pratiques empêchant le projet d’évoluer dans les meilleures conditions. Certains lots n’ont pas été développés convenablement pour de nombreuses raisons : les bénéficiaires n’avaient pas les moyens nécessaires pour subsister en attendant la maturité des palmiers et des arbres fruitiers plantés, le système d’irrigation a présenté quelques lacunes favorisant parfois l’évaporation de l’eau, empêchant ainsi les plantes de pousser normalement. Certains bénéficiaires n’avaient pas les prédispositions nécessaires pour gérer à bon escient un pareil projet. Pour toutes ces raisons l’Office a décidé d’observer un temps de réflexion pour revoir la stratégie à suivre. La nouvelle conception de l’octroi des lots de terrain sera basée sur un système de cahier des charges. Des sources de revenus à titre provisoire seront octroyées aux bénéficiaires en attendant que le lot devienne rentable. Désormais, les bénéficiaires seront considérés comme des élèves agriculteurs ayant pour mission de réaliser durant sept années les principales conditions fixées par le cahier des charges. Ce n’est qu’à la fin de cette période qu’ils pourront devenir propriétaires des lieux. Des primes seront en outre accordées aux bénéficiaires au prorata de l’avancement des travaux. Un comité de suivi réunissant tous les bénéficiaires a été créé pour permettre de trouver les solutions appropriées quand des problèmes surgissent. Abdallah, l’un des agriculteurs ayant bénéficié d’un lot de la première tranche, témoigne: «j’étais travailleur à l’étranger, mais me suis résolu à m’installer dans mon pays et à contribuer à la réussite de ce projet». Marié et père de quatre enfants, Abdallah met en exergue toute sa bonne volonté pour gagner le pari malgré les difficultés de parcours. Rjim Maâtoug forme aujourd’hui un véritable écran empêchant l’avancée du désert, et offrant à des centaines de citoyens un travail honorable et une source de revenus appréciable. Le désert qui a perdu la bataille et perdra assurément la guerre grâce à la volonté tenace des hommes. Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com