Le Tunisien et la Lecture Estivale : Le polar en pôle position !





Que lisent les Tunisiens en été ? Une question lancinante que nous avons posé à des libraires et des lecteurs. Les réponses des uns et autres se recoupent sur plusieurs points. Il y a surtout ceux qui affectionnent les lectures faciles et qui sont généralement des femmes. Les hommes, eux, semblent plus portés sur les ouvrages d’actualité politique. Et ils sont de toute façon peu nombreux. * Enquête menée par Zohra Abid Certains parents achètent eux-mêmes les livres pour leurs enfants, lesquels sont portés aujourd’hui sur les nouvelles technologies comme l’Internet, les «game-boy» et autres jeux interactifs. Plusieurs libraires affirment aussi que l’essentiel de leur clientèle est constitué d’étrangers qui sont à l’affût de tout ouvrage décrivant tel ou tel aspect de notre pays. Pour le reste, tous ceux que nous avons interviewés pensent qu’il n’y a pas en Tunisie de lecture traditionnelle liée à la saison estivale, comme cela est le cas en Europe, en Amérique et au Japon. Les best-sellers de janvier sont souvent ceux de juillet et août. Nos interlocuteurs admettent cependant que l’été, avec ses longues journées caniculaires et ses nuits de veilles interminables, est propice à des lectures plutôt légères, c’est-à-dire qu’elles n’exigent pas une grande concentration. D’ailleurs, certains libraires profitent de la baisse de la fréquentation de leur commerce pour donner des congés à leurs employés, entamer des travaux de réfection et mettre de l’ordre dans leurs stocks via les inventaires. Les éditeurs eux-mêmes entrent pour ainsi dire en hibernation. Ils sortent peu (ou pas) de nouveautés. Et ils considèrent l’été comme une «saison morte». L’été, il est vrai, est synonyme de baignades, de sorties et de fêtes... Les principaux acteurs du secteur, les professionnels en l’occurrence confirment d’ailleurs ces constats. _____________ Impressions : * Mohamed M’Rabet(patron de l’espace Caliga) «L’art en fête» «Les livres qu’on vend le plus en été sont les ouvrages d’art. Il y a des gens qui veulent se mettre à la peinture soit pour copier soit tout simplement pour avoir des idées. Viennent ensuite les livres de détente, polars ou d’histoire. Le roman lui aussi est très demandé. Pendant cette période, la fiction connaît quelques moments gloire. Quelques livres pour enfants sont très demandés par les parents qui veulent profiter de cette période de détente pour encadrer leurs «mômes». Mais avant les vacances, nous avons remarqué que beaucoup d’étudiants qui attendent leurs résultats universitaires, nous fréquentent. Et ils achètent généralement des livres de fiction qui ne sont pas très abordables. Il faut le signaler aussi». * Lotfi Hafiène (libraire et galeriste de Millefeuille) «Cher livre» «Puisque j’ai la galerie d’art en haut, les gens passent systématiquement par la librairie où ils glanent les beaux livres d’art. Mais, généralement, ils sont accrochés par les livres légers. Mais il fut un temps où nos librairies grouillaient d’étudiants en quête de livres scientifiques, philosophiques ou sociologiques. On n’a plus aussi ce lecteur fidèle d’antan. Aujourd’hui, le lecteur n’est pas assidu. Ce qui rend difficile notre métier. J’exerce ce métier depuis quatorze ans, j’ouvre du matin au soir et c’est aléatoire. Donc, je peux fermer mon «commerce» à tout moment. On a eu quelques beaux moments avec des rencontres littéraires, des séances de dédicace. Ceci a fait légèrement bouger les choses. Car, après la dévaluation du dinar tunisien, une flambée dans les prix s’est installée et a, entre autres facteurs, éloigné les Tunisiens de l’univers du livre». * Mohamed Bennani (propriétaire de la bibliothèque de Beït Al-Bennani) «Le livre d’histoire en tête de liste» «Les gens évitent pendant cette période de toucher à tout ce qui est académique. Ils sont plutôt attirés par le moins formel, le léger, le romantique, le gai. Le livre ayant trait au patrimoine les magnétise. Peut-être par nostalgie. Ils veulent tout ce qui flatte notre Tunisie, notre ego. Les étrangers, comme les Français, les Espagnols et les Italiens viennent aussi nombreux pour rafler tout ce qui est écrit sur notre pays. Les jeunes aussi, mais ce sont les filles qui viennent le plus souvent. Et la Tunisie du 19ème siècle attire toujours les lecteurs qui veulent en savoir plus sur cette période. En août, je préfère fermer. Et pour cause : le public est moins nombreux. Quant au mois de juillet, j’ouvre de 07h30 du matin à 19h00 et il y a du monde». * M. Daldoul (gérant de Claire Fontaine) «Saison quasi morte» «Les parents ont déjà commencé à s’organiser. Ils viennent faire leurs achats : les enfants trouvent leur petit bonheur. Les «passeports» et les parascolaires se vendent très bien, malgré leur prix qui reste tout de même très élevé pour le citoyen ordinaire qu’on voit rarement fouler nos librairies. Quant aux éditeurs, ils refusent formellement de lancer leurs nouveautés. Car ils qualifient cette période de «basse saison». Et ceux qui viennent acheter, ce sont les gens à la fois aisés et des vrais dinosaures qui font de la résistance. Car ces fidèles, dès leur prime enfance, ont appris à aimer la lecture. Ce fut un temps». * Radhia Bouden (institutrice) «Seul le bouquiniste est grand» «En hiver, je suis très prise et je profite des vacances d’été pour me réfugier dans n’importe quel ouvrage. C’est le roman qui m’attire le plus mais il est très cher. Vu mon maigre budget ne dépassant pas les vingt dinars, je n’ai qu’un seul coin qui peut me fournir plus ou moins ce que je cherche : le bouquiniste. Heureusement qu’il existe, sinon adieu la lecture du moins pour moi. Les nouveautés, tant pis...». * Awatef Bahroun (conservatrice de musée à Nabeul) «Les livres académiques sont rares» «En train de préparer mon master, je ne suis portée ni sur le polar ni sur le roman, mais sur les documents et ouvrages utiles pour mon diplôme. Une chose que je ne trouve que dans les bibliothèques. Chez les libraires, ces ouvrages sont soit trop chers soit n’existent jamais. Je suis donc condamnée à aller tous les après-midi de l’été à la bibliothèque nationale pour consulter les livres qu’il me faut». * Hamida Bekri (fonctionnaire) «Pas de romans !» «Je ne trouve mon plaisir que dans les magazines de mode, de cuisine, de beauté. Les romans, ce n’est pas ma tasse de thé. Je les laisse à ceux qui ont le souffle. Moi, j’aime les couleurs et les froufrous. Ca m’épanouit et je suis heureuse comme ça. Quant aux journaux, ils manquent aujourd’hui de critique, hélas ! Il m’arrive d’acheter un journal français une fois par semaine. Et j’ai l’essentiel dans l’information».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com