Festival de la Musique : IM-PRES-SION-NANT!





Il y a eu des couleurs et des lumières, samedi dernier à Halfaouine à l’occasion de la Fête de la musique. Mais aussi, une grappe de rythmes tirés du fin fond de la brousse ou autres terres berbères. Et comme le spectacle était gratuit, pareille invitation ne se refuse pas: les nostalgiques et les mélomanes, venus en grand nombre, étaient comblés…, et la place a fait peau neuve. Nous avions eu chaud ce soir-là, de crainte qu’on annule le «concert-événement», tant attendu de Gnawa Diffusion. Un spectacle organisé sous la houlette du ministère de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs en partenariat avec l’Institut français de coopération (IFC) et le Théâtre National de Tunis, et qui a été choisi pour inaugurer la Fête de la Musique. Une manifestation qui a vu le jour en Tunisie en 1999, dans le village de Sidi Bou Saïd. Aujourd’hui, elle est célébrée dans la plupart des villes du pays. Nous sommes à Halfaouine-Center, au milieu des cafés, petits commerces, pas très loin du hammam et de la mosquée Saheb Tabaâ et du souk couvert. Il est presque 20h00, quand éclairs et tonnerres se sont alliés pour crever le ciel bleuté de l’après-midi. D’où la pluie torrentielle qui s’est abattue sur Tunis, sans merci. Le petit monde, entièrement trempé, qui a envahi de bonne heure la place était peu réjoui. Les organisateurs ne savent plus quoi faire, harcèlent par téléphone les agents de la météo qui les rassurent: «Ce n’est que passager». Sur cette aire, bénie des siècles durant, il ne reste à ces mélomanes anxieux que brin d’espoir sur grand fond de prière. Car, si le mauvais temps persiste, tous les préparatifs risquent de tomber à l’eau, au sens propre et figuré. L’attente était cruciale. Tout d’un coup, et comme par miracle: les nuages se sont dissipés. L’inquiétude aussi et la brume se sont évoquées. Les étoiles réapparaissent, scintillantes, projetant leur aura sur ce vieux quartier qui a vu naître les pépites de notre univers artistique comme le chanteur Lotfi Bouchnaq, aujourd’hui alité et à qui on souhaite prompt rétablissement, et autres Farid Boughdir, notre cinéaste national qui a fait de Halfaouine «His Story» à défiler d’un festival à un autre et d’un écran à un autre, petits et grands. Le spectacle de plein-air est donc devenu possible au bonheur de la foule impatiente, des organisateurs qui ont parié sur une réussite du tonnerre, des artistes venus enthousisastes, tout en flamme, tout en passion pour résumer une voix et hisser un emblème, et enfin de ces quelques journalistes qui, bon gré, mal gré, et qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve, ils continuent à résister aux diverses intempéries et faire leur boulot comme il se doit. * Après le déluge, le vol au vent Le «poids lourd» de la scène, Mohamed Driss, le directeur du Théâtre National de Tunis, était heureux et pleinement satisfait. Et pour cause: son rêve qui a pris du temps pour prendre forme est sur les planches. La première Ecole Nationale des Arts de cirque de Tunis qui a ouvert ses portes en septembre 2003, donne pour la première fois pour le grand public son mini-spectacle, en prélude du concert de Gnawa Diffusion. Les élèves dotés d’un talent quasi inégalé, ont esquissé dans l’espace un tableau vivant d’une vingtaine de minutes, haut en acrobaties, danses et émotions. La réaction de l’assistance a rendu immédiatement fière cette première promotion qui œuvre avec l’Ecole nationale des arts de cirque de Rosny-Sous-Bois (France), et toute l’armada technique dernière. Bravo, les jeunes. * Enfants de tous pays Dans ce cadre enchanteur où les pierres ont des choses à nous murmurer, le groupe Gnawa Diffusion apparaît, lui aussi, armé d’un message à nous transmettre: l’engagement. En tenues richement bariolées, des Berbères blancs, Arabes, Africains et autres Européens ont enthousiasmé les jeunes et moins jeunes. Ils étaient tous énergiques autour de l’Amazigh Kateb (chant et gombri), fils de l’écrivain algérien Kateb Yacine, Amar Chaouir, percussionniste, Mohamed Abdennour aux mandol, banjo, Kerkab, Philippe Bonnet à la batterie, Abdelaziz Maysoun au gombri, Pierre Bonnet à la basse, Salah Meguiba (claviers, percussions orientales) et Pierre Ferijier à la guitare et au kerkab. Tous, inités aux musiques traditionnelles afro-cubaines, sud-américaines, au jazz…, regroupés à Grenoble, en France, proches de ce qu’on appelle les quartiers chauds, ont été remarquables et émouvants. Dans leur musique, il y a un mélange de rap, raï, chaâbi, reggae et toutes les musiques festives du monde. Dans leurs textes en anglais, français ou arabe, il y a cette tonalité rebelle qui se dégage des mots. Car, chez ce groupe le mot, le rythme et l’instrument ont une signification. Gnawa Diffusion porte dans ses entrailles un message à l’humanité. Ces jeunes de tous pays (Algérie, Maroc, France…) incarnent avant tout une philosophie contestataire contre le monde d’aujourd’hui qui bafoue les valeurs propres à l’homme et adopte les instincts d’animaux féroces. La soirée a été truffée de mysticisme, exotisme, que seule la musique peut émettre sur un tapis festif, entre provocation et enjôlement, le message de l’amour, la paix et contre les inégalités est passé. Impressionnant. Zohra abid ______________ * Un ralliement massif et bigarré A partir de la terrasse du temple du théâtre appelé jadis Palais Khaznadar, on voit le tout Tunis et sa proche banlieue. Ca brille à éblouir, sur un voile au bleu-nuit. Tantôt généreusement, tantôt chichement. Les panneaux et guirlandes publicitaires ajoutent une certaine aura impressionnante. Diplomates, politiques et invités d’honneur ont été au rendez-vous inaugural. Ceux qui ont brillé par leur absence, ce sont les hommes de théâtre. Nous n’avons croisé que quelques uns dont notamment Mounir Argui. «Je vous félicite pour tous ces efforts, c’est très beau ce que vous faites et vous nous fascinez…», dit Kamel Sassi, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Culture, de la Jeunesse et des loisirs au directeur du théâtre National, Mohamed Driss. Qui fait aussi comprendre à ce dernier que notre théâtre manque de quelques petites «attentions» de grande utilité, comme une bibliothèque contenant cassettes, enregistrements et documents de notre mémoire théâtrale. Et d’ajouter: «Aujourd’hui, nous avons besoin d’une école de magie. Nous avons besoin de cet art. Il faut y penser sérieusement. La magie joue un rôle important dans l’animation des cités et des hôtels…». Cette suggestion n’a pas laissé indifférents quelques invités qui ont aussitôt répliqué: «Nous rêvons d’un siège polyvalent, fonctionnel où les hommes du théâtre et les mordus du Quatrième art peuvent s’adonner en toute quiétude à leur passion». Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com