Animation estivale à la rue de Marseille : Belle, belle comme le jour





Samedi soir, la rue de Marseille s’est inhabituellement drapée d’une parure de lumières. Parfums d’épices se sont généreusement mêlés aux odeurs des fritures. Le tout emporté par une brise musicale qui a chatouillé promeneurs et fins gourmets. Ravis, ils étaient nombreux à investir trottoirs et chaussées... Balade nocturne. Tunis - Le Quotidien Nous ne sommes pas à Montmartre. Nous ne sommes pas non plus aux Halles ni à l’Odéon de Paris, encore moins dans un de ces places célèbres qui animent les plus belles villes du monde. Nous sommes au cœur de Tunis, à la rue de Marseille plus précisément, qui s’étire sur un ruban venant de la grande avenue et se terminant à la Place de l’Indépendance, appelée aussi Le Passage. La rue de Marseille avait le matin une petite mine. Elle était écrasée par un soleil d’enfer, à quoi s’ajoute le gaz de combustion dégagé par les voitures. 14 heures, un 26 juin qui coïncide avec la Journée nationale du Tourisme. Quand les gens ont été surpris. Plus l’ombre d’un véhicule. La rue a renvoyé en dehors de son contour toute sorte de voitures. «On respire. Enfin, un bol d’air frais à Tunis», murmurent quelques passants, soulagés. Effectivement, la mairie de Tunis a répondu avec joie aux appels de ces restaurateurs et commerçants qui ont tiré, il y a près d’un an, la sonnette d’alarme. Comment réanimer la rue de jadis ? La rue n’a encore et heureusement pas perdu les traces du bonheur d’antan. Quand les premières vagues humaines sont venues du Sud de l’Europe. Ils étaient français, italiens, espagnols, maltais... qui ont vécu ensemble dans le respect mutuel. Ces communautés étaient musulmane, chrétienne ou juive. Elles ont tissé aussi entre elles cette belle et intelligente trame de la cohabitation heureuse. Chacun de son côté a ramené avec lui son lot d’us, coutumes et savoir-faire dont on trouve les séquelles dans l’architecture des immeubles frappés d’un trait de nostalgie. * Métamorphose subite 19h00, à l’éclipse de ce soleil de fournaise, des parasols géants, des tables et des couverts de toutes les couleurs ont, en un clin d’œil, envahi élégamment la rue. Peu ordinaire et ébouriffant l’événement. La nouvelle s’est vite ébruitée. Un monde fou, et l’offre est sans limites, à la carte ou au menu, sucré ou salé, du local ou du panaché méditerranéen. «Les Tunisiens qui ne peuvent se permettre de luxe, des quartiers aisés et des stations balnéaires trouvent enfin à côté de chez eux des spectacles spontanés, qui plus est, gratuits, et en permanence à l’instar des autres capitales du monde. Où on a droit à la musique, au théâtre, aux opérettes...», nous confie Slaheddine Bouchiba, gérant du restaurant Monte Cristo, et artiste complet. Et d’ajouter que: «Il y a près d’un an, Silvia Cavola est venue de Rome avec un autre chef-cuisinier français et autre libanais pour encadrer nos chef-cuisiniers. Chez nous, vous allez goûter les plats du pays du Cèdre». Chez Sassou, un décor de végétation, une vigne grimpante et des cactus frangeant les murs. «J’ai toujours rêvé de placer mes tables dehors. Surtout que j’ai la chance d’avoir cette impasse, et mes voisins m’ont donné leur accord depuis un an», explique Belhassen Ketari, le propriétaire, qui compte continuer à préparer sa «medfouna» et son «kabkabou», des plats bien de chez nous. A quelques pas, trône Gourmandise. Ici on offre les plus délicieux des gâteaux. «Nous n’allons investir la rue et les trottoirs que le week-end. Ceci est un test. On a eu déjà le O.K. pour Ramadan. Mais ce n’était pas encore sûr pour l’été. Nous l’espérons, surtout qu’en apparence, ça a l’air de marcher...» explique le responsable de la société, Mounir Ghaddab. Quant à Nizar Jéribi, le propriétaire du Restaurant Al Ahmadi, il était «comblé de voir rayonner cette rue qui était noyée à la fois dans le silence et dans le tumulte de la nuit depuis quinze ans. Après la grisaille, le beau temps». * Des douceurs «au gré» des goûts Dans une atmosphère décontractée, la rue de Marseille chante et danse. Entre Panorama, Al Mazar, Al Andalous, La Koucha, Le Carthage, la Huchette, la Tosca et autres Chez nous, un restaurant qui a gardé intact les atmosphères françaises, de Am Hassouna, qui a accueilli chez lui les plus grandes stars du monde, déambulent un couple se tenant tendrement la main, une femme enceinte à terme, avançant la poussette de son autre bébé, papa, maman et enfants hésitent entre plat du jour, viande ou poisson ou simplement une petite gâterie. Entre tous ces choix les cœurs balancent. «C’est beau chez-vous, vous avez de la chance d’avoir votre «Champs Elysées» des autoroutes pareilles. Vous êtes la fierté des Arabes», nous dit la compagne d’un ingénieur syrien venu en mission dans un français écorché. Elle était entourée de deux fillettes plongées dans des plats qu’elles trouvent savoureux mais piquants. Abdelhamid Ammar, lui aussi a répondu présent. Il a tapissé le pavé de portraits et centré un tabouret qu’ont occupé tour à tour des jeunes posant pour leur cliché. Le maire de la ville, escorté de tout son cortège administratif, ne savait pas où tourner la tête et n’en croyait pas ses yeux. Des vieux copains, des passants, des touristes le félicitent. «Je suis entouré de toute cette équipe, des hommes et des femmes qui ont de bonnes idées et c’est grâce à eux que tout avance», répond Abbès Mohsen à toute cette foule heureuse où trompette, tambourin, guitare offrent un air de fête bon enfant. Juste derrière, un certain Harry, venu de Hollande pour étudier un projet avec la société Bédouia et offrir 500 sites web qui seront gratuits à ces artisans et commerçants, une sorte de fenêtre ouverte sur nos offres et produits. Lui aussi était fasciné: «Very beautiful, very nice, country and people», commente-t-il. Les médias étaient aussi là pour couvrir l’événement. Cameramen, photographes, journalistes se ruaient dans tous les sens. Le décor était presque de fiction. Du coin de la rue résonne la voix d’une adolescente aux cheveux bouclés jusqu’aux épaules, habillée du dernier cri, accrochée à son portable «Viens vite Noura, avant que ça se termine, on tourne un film à la rue de Marseille». Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com