Le célibat en Tunisie : Entre choix délibéré et obligation





Le phénomène du célibat en Tunisie qui gagne du terrain est la résultante des mutations socioculturelles que connaît notre pays. Comment certains de nos concitoyens vivent-ils leur statut de célibataire? S’agit-il d’un choix délibéré ou au contraire d’une obligation? Les spécialistes répondent à ces troublantes interrogations. Tunis - Le Quotidien Une enquête réalisée par le Centre de recherche, d’information et de documentation sur la femme (CREDIF) sur le phénomène du célibat révèle que les jeunes tunisiens, garçons et filles, se marient de plus en plus tard. Les résultats de cette enquête sont corroborés par une étude effectuée par l’Office national de la famille et de la population (ONFP) qui montre que le célibat dans la tranche d’âge 25-29 ans en 2001 touche 85% des hommes et 50% des femmes. Pour la tranche d’âge 30-34 ans, ce taux est de l’ordre de 50% chez le gent masculine contre 30% pour le sexe opposé. Ces statistiques prouvent que le célibat est devenu un vrai phénomène de société en Tunisie. Mais au-delà des chiffres et des pourcentages, le phénomène trouve ses origines dans les mutations socioculturelles que connaît la population tunisienne. C’est justement pour mieux comprendre ce phénomène qu’une rencontre a été organisée mardi dernier à l’espace Sophonisbe à Carthage par l’ONFP. Une rencontre-débat sur un sujet d’actualité dont le thème est fort évocateur : «Célibat» : Maktoub ou choix?. Animée par M. Mohamed Karrou, sociologue à l’université tunisienne, cette rencontre a porté sur les résultats d’une étude qualitative du célibat menée dans la région du Grand-Tunis touchant un échantillon d’une cinquantaine de célibataires (25 hommes et 25 femmes). A travers des entretiens semi-directs, l'étude a tenté de cerner les caractéristiques sociologues de ces individus et la façon avec laquelle il vivent leur célibat. * Plus dur pour les femmes Les résultats de ces entretiens présentés par M. Mohamed Karrou révèlent qu’à partir de l’âge de 35 ans les femmes célibataires se sentent de plus en plus angoissées et commencent à vivre mal leur célibat. Un célibat prolongé qui peut aller jusqu’au stade du célibat définitif qui, même s’il reste rare, devient angoissant pour ces femmes à partir de l’âge de 40 ans. En 1994, seulement 1,8% des femmes âgées de 50 à 54 étaient célibataires contre 2,4 pour les hommes de la même tranche d’âge concernée par le célibat définitif. Les hommes assument mieux leur situation. «Ils justifient cela par le fait qu'ils ont toujours l’occasion de se marier et d’avoir des enfants et peu importe l’âge», souligne M. Karrou. * Un célibat-sanction Une hypothèse prévoit que la préparation des longues études ou l’accumulation d’une suite de diplômes conduit plus fréquemment au célibat. Ce phénomène tend à concerner en grande partie les femmes plutôt que les hommes. Ces femmes archi-diplômées risquent d’amoindrir leurs chances de se placer sur le marché matrimonial à mesure qu’elles gravissent l’échelle de la promotion professionnelle. «Ce qui attire l’attention», note M. Karrou, «c’est que la perception du mariage par la femme reste quasi identique chez toutes les femmes interviewées qui disposent de niveaux d’instruction très variés et relèvent de classes socio-professionnelles différentes». Par ailleurs, les données ont montré que le célibat féminin est assimilée à une représentation sociale négative. La célibataire en est généralement stigmatisée et condamnée par son entourage. Cette situation fait augmenter la pression sociale et familiale sur les femmes célibataires. Une majorité écrasante de celles-ci reste soumise à un contrôle familial. D’ailleurs, pour plusieurs d’entre-elles, les relations avec leurs parents sont de plus en plus dominées par des négociations autour de leurs indépendance. * La peur de finir en solo ! Frôlant le stade du célibat définitif, l’homme, contrairement à ce que l’on imaginait est plus angoissé que la femme de finir le reste de sa vie dans le célibat. Les hommes célibataires interviewés à cet effet manifestent généralement une crainte de plonger dans le célibat définitif. Le gent féminine tend par contre à accepter cette donne. L’observation a montré que la majorité des célibataires parmi les femmes acceptent l’idée de terminer leurs jours en solo. Hassen Ghédiri


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com