Cheikha Rimiti : Un siècle de maux et de mots





Elle est la mamie des chanteurs de Raï. La Cheikha Rimiti, en dépit de ses 81 ans, continue sa résistance. C’est lors de la 3ème édition du Festival International de la musique Raï qu’elle a ouvert son cœur pour nous raconter son histoire. Témoin de presque un siècle, Cheikha Rimiti a vu le jour en 1923. Elle est actuellement au summum de sa carrière artistique qui a démarré presque avec la fin de la Seconde guerre mondiale «C’était une période de misère et de souffrance. Les hommes et les femmes portaient des guenilles. Tout le monde crevait de faim. Les épidémies tuaient des milliers d’Algériens. Nous avons beaucoup souffert sous l’occupation française ; nous en avons vu de toutes les couleurs», a souligné la Cheikha qui avait à cette époque-là 16 printemps. Et d’ajouter «C’est parce que j’ai vécu cette période difficile de l’histoire de l’Algérie, de l’histoire de cette chère terre à quelle je suis fière d’appartenir, que je sais maintenant la valeur de la liberté et de l’indépendance». Portant les stigmates de la guerre d’Algérie, la Cheikha Rimiti est l’une des chanteuses de Raï qui ont choisi de défier la douleur et la mort par le chant. Une autre manière de résistance à toutes les formes d’aliénation identitaire. L’Algérie musicale La Cheikha Rimiti est un phénomène artistique au sens propre comme au figuré. Elle est la mémoire vivante de l’Algérie dans sa facette artistique. A elle, aussi bien qu’à d’autres, on doit la naissance de plusieurs générations de chanteurs de Raï. «Ghrayria» est son vrai nom en référence à une bourgade algérienne. Rimiti n’est qu’un surnom qu’on lui a attribué en allusion à une tournée réussie organisée dans un bar d’Alger. Rimiti est la déformation de l’expression «Remettez-ça». «J’ai commencé dans les fêtes de mariages : je chante des airs bédouins et je danse. Cette période a connu l’avènement des «Cheikhas», chanteuses et interprètes de la musique traditionnelle. A cette époque, j’ai découvert de près un peu de la musique occidentale dans les fêtes organisées par les armées d’occupation. Dans les années cinquante, j’ai quitté l’Algérie pour m’installer en France et c’est en 1954 que mon premier album «Nouar» a vu le jour», raconte la Cheikha Rimiti qui a réussi à imposer son talent et à inciter les producteurs à s’investir dans l’enregistrement de ses albums. Auteur et compositrice de ses chansons, la «Cheikha» du Raï n’a pas caché son mécontentement concernant quelques noms de la nouvelle génération qui ont exploité ses chansons sans en citer la source «Par exemple, Cheb Khaled a chanté «la Kamel» qui est ma chanson sans me citer. Khaled n’est pas le seul, il y en a d’autres. Je n’ai rien contre eux car je les considère mes enfants». Peut-on espérer un jour voir un documentaire qui retrace sa vie ? La Cheikha a rejeté cette idée car elle cherche l’originalité et elle ne veut pas qu’on fasse un film tiré par les cheveux. Ses fans attendent le mois d’octobre pour déguster d’autres saveurs dans son nouvel album, encore au stade de l’enregistrement. Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com