STARS D’ANTAN/ Hommage à Mohieddine Seguir (Ex-S.T. et E.N.) : «Moha» repose en paix, on ne t’oubliera jamais





Il était l’un des très rares joueurs qui ont marqué leur époque et que la mémoire sportive ne peut oublier. Mohieddine Seguir et non Sghaïer comme certains l’appellent a été un modèle dans son genre. Joueur doué, fin technicien et très intelligent dans son jeu «Moha» était tout simplement un grand joueur. Côté humain, les témoignages parlent d'eux-mêmes car le Bekenbauer des années soixante était un homme modeste, disponible et toujours souriant. Pour l’avoir connu alors que j’étais encore un petit gosse puis pour l’avoir connu plus profondément grâce à mon métier de journaliste, je ne l’ai jamais vu râler mais ici je vais me référer au témoignage de l’un de ses anciens coéquipiers en l’occurrence Rachid Aïssat qui affirme: «»Moha» était très généreux à notre époque, il refusait d’empocher ses primes de victoire, d’abord il a demandé aux dirigeants de les ajouter à mon compte ensuite lorsque j’ai trouvé un emploi il avait fait de même avec Ali Hammami…». Ce témoignage atteste à lui seul toute la générosité de Mohieddine et certainement il y en a plein de témoignages de ce genre du côté du Bardo et de Bab El Khadra où il a passé toute sa vie. Mohieddine nous quitté pour l’au-delà mais son souvenir restera à jamais gravé dans notre mémoire et il appartient au S.T, son club de toujours, de faire un geste de reconnaissance pour perpétuer sa mémoire car feu «Moha» mérite tous les éloges. Mohamed Ali Ferchichi _____________ Digest Mohieddine Seguir, né le 4 février 1936, a débuté à la J.S Metouienne, au S.T de la saison 1958/59 jusqu’à la saison 1970/71. Equipe nationale: de 1957 à 1963, 49 sélections. Palmarès: 4 coupes de Tunisie: 58-60-62-66 3 championnats: 61-62-65. 1 doublé: 1962. ______________ - Laâroussi Seguir : «Mon père était fier de sa carrière» Loin des terrains, feu Mohieddine Seguir a mené une vie de famille des plus heureuses. Son fils Laâroussi, avocat installé à Tunis, revient sur le côté paternel d’un footballeur qui s’est fait toujours respecter. «Malheureusement, je n’ai pas vu mon père jouer sauf dans quelques matches de vétérans. Il était passionné de football et un supporter inconditionnel du Stade Tunisien. Il m’emmenait avec lui au stade lorsqu’il était l’adjoint de Nagy au S.T et je le voyais faire son boulot avec une grande passion même s’il ne recevait aucune contre-partie matérielle. A la maison et dans les cafés du quartier, il aimait parler aux jeunes. Il les écoutait attentivement et n’essayait jamais de leur imposer ses idées. Lors de ces discussions, il ne cachait pas son admiration pour les meilleurs joueurs de sa génération (Noureddine Diwa, Brahim Kerrit, Taïeb Jébali et Taoufik Ben Othman en particulier) et ceux de la période actuelle (Ben Yahia, El Ouaer, J. Limam et Saber El Ghoul…). * Mohieddine Seguir a-t-il influé sur ses trois fils pour qu’ils suivent une carrière de footballeur? «Il n’a jamais insisté sur ce point car il trouvait qu’une telle carrière exigeait avant tout de la passion. Nous avons tous joué dans les catégories des jeunes. J’ai opté pour l’E.S.T avant de tout laisser tomber à cause de mes études. Mon frère Zied était un bon ailier gauche au S.T alors que Tahar a fait un plus long parcours avec l’E.S.T puis le S.T au poste d’inter-gauche. Il n’a jamais forcé ses fils à s’investir en football et c’est ce qui fait davantage notre fierté car il respectait l’avis des autres». * Que pensait le défunt de sa propre carrière et comment il en parlait à ses fils? «Il a toujours considéré qu’il avait réussi une belle carrière. Il a contribué aux succès historiques du S.T et a servi avec abnégation l’E.N. Honoré par le Président de la République à deux reprises, il a été très content de figurer parmi les dix meilleurs joueurs tunisiens du siècle. Son seul regret? C’est de Kamel zaïem ______________ Témoignages: - Taoufik Ben Othman «Un immortel» Ils ont joué longtemps ensemble au sein de l’Equipe nationale tunisienne au cours des années soixante. Et par conséquent ils se connaissent à merveille car leur amitié a dépassé le seuil des terrains. Taoufik était trop ému par la mort d’un ami et ancien coéquipier à propos duquel il affirme: «Mohieddine était un grand joueur, il avait donné de nouvelles dimensions au rôle de libero grâce à sa technique raffinée, son placement et son intelligence dans le jeu. «Moha» était un modèle de fair-play. En dehors du terrain c’était un vrai copain et un homme de principe, il aimait tout le monde et était toujours souriant et disponible. Je ne saurai quoi dire sauf que Dieu ait son âme, et qu’il repose en paix car les hommes comme lui sont immortels». - Ahmed M’ghirbi «Grand joueur et grand homme» Il avait joué aux côtés de Mohieddine d’abord comme latéral gauche ensuite comme stoppeur avant de lui succéder au poste de libero et capitaine. M’ghirbi est donc bien placé pour émettre un jugement à propos du joueur et de l’homme. «Que dire à propos de Mohieddine sauf que c’était un très grand joueur au côté duquel j’ai beaucoup appris, mais surtout c’était un grand homme qui imposait le respect. «Moha» est incomparable et on ne peut donc l’oublier…». - Wahid Smaoui «Moha, Sder Ellouha» «Je n'étais pas plus haut que trois pommes quand je succombai, un jour, au charme renversant du S.T des années 1960. C’était une sublime et féérique équipe qui, tout au long d’une légendaire et glorieuse décennie (1956-1966). Pour se retrouver ainsi au pinacle, il fallait compter sur des joueurs d’exception. Et le S.T d’alors en recelait à foison: Brahim Kerrit, l’artificier, Abdelwahab Lahmar, l’artiste, Moncef Chérif, le goleador, Diwa, la magicien… et un certain Mohieddine Seguir dit Seghaïer, surnommé «Moha Sder Ellouha». Il devait ce qualificatif à son exceptionnelle faculté de contrôler la balle de la poitrine. Quelle élégance dans le geste! C’est qu’on voyait le cuir se blottir carrément sur sa poitrine. C’était en fait un contrôle en trois temps: poitrine, cuisse, plat (ou plante, selon la situation) du pied. A lui seul, il s’apparentait à une forteresse inexpugnable. C’était l’époque où le football se pratiquait avec dilettantisme et dandysme. Repose en paix «Moha», les puristes n’oublieront pas de sitôt ton immense talent». - Rafik Essaïed «Le pionnier» «Mohieddine Seguir dit Sghaïer n’est plus! Le magnétophone de la mémoire se replonge dans un passé proche pour ressusciter en grande partie l’épopée de la geste «Mohieddine» car à lui seul il représentait une véritable école d’humanisme et de football. Bien avant Beckenbauer et Khaled Ben Yahia, «Moha» avait donné ses lettres de noblesse au poste de libero en le transformant en Kaiser de la défense. Régnant sur sa zone il a développé au fil des ans une vision prodigieuse du jeu, une présence intraitable et une élégance phénoménale dans les interventions. Sa relance et ses contacts d’homme à homme sous le double signe de l’estime et du fair play étaient légendaires car «Moha» était immunisé contre le jeu dur et l’antijeu. «Moha était réputé sur tous les terrains par l’élégance de son style qui restait néanmoins sobre mais efficace. A lui seul il constituait une tour infranchissable devant les attaquants adverses. Le «Stade» était alors intraitable, balayant tout sur son passage tel un ouragan, et Moha étalait sa clairvoyance et son jeu académique. Jeune reporter sportif, je me souviens de son ascendant sur toute l’équipe, veillant à la bonne marche sur le terrain des trois compartiments du jeu et dirigeant des gestes et des paroles tous les joueurs. De 1956 à 1966, le «Stade» a connu les dix années les plus belles de son histoire. Cette période a coïncidé avec la pleine maturité de «Moha». «Moha» demeurera présent dans nos mémoires car on ne pourra jamais oublier ce fantastique joueur et ce sportif de haut niveau aux valeurs morales exemplaires.».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com