Ben Ali au Sommet de l’Union africaine : L’instauration de la paix, condition fondamentale pour le progrès du continent





Le Président Zine El Abidine Ben Ali s'est adressé aux Chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Addis-Abéba, à l'occasion du troisième Sommet de l'Union africaine dont les travaux ont débuté hier par un discours prononcé en son nom par M. Mohamed Ghannouchi, Premier ministre. Voici le texte intégral de ce discours : Il m'est agréable d'adresser mes plus chaleureuses salutations et mes meilleurs remerciements à Son Excellence le Président Girma Woldegiorgis, Président de la République Fédérale d'Ethiopie, et à Son Excellence Monsieur Meles Zenawi, Chef du Gouvernement d'Ethiopie, pour toutes les marques d'attention dont a été entourée la délégation tunisienne, depuis son arrivée sur le sol de l'Ethiopie sœur, qui abrite aujourd'hui l'Union Africaine, cet édifice qui incarne notre volonté collective de réaliser les objectifs de développement, de progrès et de prospérité de notre continent. Il me plaît également d'exprimer ma profonde considération à Son Excellence Monsieur le Président Joaquim Alberto Chissano, Président de la République du Mozambique, pour les efforts louables qu'il a déployés durant son mandat à la présidence de notre Union, qui a aujourd'hui dépassé l'étape transitoire par la mise en place de ses structures et de ses mécanismes d'action. Je voudrais saisir en outre cette occasion pour exprimer nos meilleurs vœux à Son Excellence Monsieur le Président Olusegun Obasango, Président de la République Fédérale du Nigeria, ainsi que nos souhaits de plein succès durant sa prochaine présidence de l'Union Africaine. Nous sommes confiants qu'il sera à même de renforcer la marche de l'Union, compte tenu de ses hautes qualités, de sa sagesse et de son expérience, en l'assurant de l'attachement de tous nos Etats à promouvoir l'action africaine commune et à la hisser aux plus hauts niveaux. Il me plaît aussi de rendre hommage à Monsieur Alpha Oumar Konaré, Président de la Commission de l'Union Africaine, et à ses collaborateurs, pour leur dévouement dans le développement des activités de l'Union et la promotion de ses méthodes de travail. Trois années se sont écoulées depuis la fondation de l'Union Africaine. Il s'agit d'une période fort courte qui nous permet d'être fiers du bilan positif que nous avons pu réaliser en si peu de temps, ainsi que des étapes importantes que nous avons pu parcourir sur la voie de la modernisation des mécanismes de l'action africaine commune. Ce qui ne manquera pas d'aider notre continent à s'insérer dans le processus de développement et d'évolution, sur des bases nouvelles, et à occuper la place qu'il mérite sur la scène internationale. La création du Conseil de paix et de sécurité et du Parlement panafricain représentent, à cet égard, un acquis précieux dans le cadre du parachèvement de la mise en place des structures politiques de l'Union. Nous sommes déterminés, pour notre part, à œuvrer en vue de poursuivre le processus de complémentarité entre nos pays, dans le sens de la concrétisation de la dignité et de l'invulnérabilité de nos peuples et de nos Etats, et tenons à réaffirmer notre foi en notre capacité de gagner les paris engagés et de relever les défis existants. Dans ce contexte, nous souhaitons que notre Sommet soit une nouvelle occasion propice pour approfondir nos consultations sur les problèmes du continent et, en premier lieu, les problèmes de sécurité, de stabilité et de développement. Bien qu'elle ait connu une évolution positive dans certains domaines, la situation en Afrique continue de souffrir de la persistance de foyers de tension et de conflits dans certaines zones. Aussi sommes-nous appelés à intensifier nos efforts tendant à la recherche des moyens permettant de résoudre ces conflits d'une manière efficace et durable et de remédier à leurs causes, afin de prévenir le gaspillage de nos ressources et de nos potentialités. Nous nous félicitons, dans ce contexte, des étapes franchies pour l'organisation d'une Conférence internationale sur la région des Grands Lacs dont nous avions préconisé la convocation dans l'espoir de parvenir, à la faveur de la conjonction des efforts de la communauté internationale, à réaliser des résultats concrets qui permettraient à la République Démocratique du Congo de retrouver sa stabilité, et aideraient à l'instauration de la sécurité et d'une paix durable dans tous les pays de la région, afin qu'ils puissent se consacrer à l'œuvre de développement. Partant de son souci constant d'aider les pays frères à surmonter les crises, la Tunisie exprime sa satisfaction et son soutien à l'accord de paix entre le Gouvernement soudanais et le Mouvement populaire de libération du Soudan, accord qui est de nature à mettre un terme à de longues décennies de déchirements entre les enfants d'un seul et même peuple. Tout en saluant les résultats encourageants qui ont été réalisés sur la voie du règlement et de la réconciliation nationale au Burundi, au Liberia, aux Comores et en Somalie, nous formons l'espoir que toutes les parties en conflit en Côte d'Ivoire, en Ethiopie et en Erythrée répondront positivement aux efforts de paix déployés, afin que la sécurité et la paix s'installent partout sur notre continent africain. Dans ce contexte, nous appelons à la nécessité de faire prévaloir les valeurs de modération et de tolérance, d'opter pour le dialogue en tant que voie conduisant à la solution des différends, et de répandre la culture de la paix partout en Afrique, tant nous sommes convaincus que l'instauration de la sécurité, de la paix et de la stabilité constitue l'une des conditions fondamentales pour la réalisation du progrès et de la prospérité auxquels nous aspirons. Ce sont là des objectifs qui ne peuvent être atteints qu'en remédiant aux causes profondes des conflits; à savoir les phénomènes d'exclusion et de marginalisation, qui génèrent les sentiments de désespoir qu'exploitent les mouvements extrémistes et terroristes pour attiser les différends et accroître les actes de violence qui entravent le processus de développement dans certaines régions de notre continent. Aussi la Tunisie a-t-elle préconisé, à travers son initiative en faveur de la création d'un Fonds Mondial de Solidarité, la préparation des fondements d'un monde plus juste, plus équilibré et plus solidaire dans lequel la communauté internationale jouerait un rôle actif dans l'éradication du fléau de la pauvreté et l'élimination des phénomènes de misère et de privation. Dans ce même cadre, nous avons appelé à l'établissement d'un Code de conduite international pour la lutte contre le terrorisme, qui prenne en considération tous les aspects de ce dangereux phénomène qui prend pour cible l'humanité tout entière et transgresse les valeurs consacrées par les différentes civilisations et religions. Parmi les priorités les plus urgentes de notre action commune figure la nécessité de remédier à une conjoncture économique difficile, de trouver une solution au problème de l'endettement et d'instaurer une coopération fructueuse, sur la base du partenariat et du développement solidaire. Nous nous devons aujourd'hui de mobiliser toutes nos potentialités et tous nos efforts pour promouvoir le processus de complémentarité de nos économies et poursuivre l'action d'intégration économique que nous avions préparée, en 1981, lorsque nous avions adopté le Plan de Lagos, puis le Traité d'Abuja, les Statuts de l'Union Africaine et le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD), qui représente, à nos yeux, une stratégie économique cohérente susceptible de contribuer à l'établissement d'un partenariat authentique avec les autres pays du Monde, sur la base des intérêts communs et des intérêts réciproques, loin de toute notion sélective et sans dévier de sa vocation purement économique et de développement. Je voudrais souligner, à cet égard, la nécessité de respecter les plans que nous avons adoptés pour l'intégration de nos économies dans le système mondial, et leur donner l'impulsion nécessaire à la réalisation du développement et de la complémentarité à l'échelle du continent, de manière à mettre nos Etats et nos peuples à l'abri des effets pervers de la mondialisation et à leur conférer la capacité de réagir aux changements qui se produisent sur la scène internationale et au sein des grands ensembles économiques. Aussi la Tunisie attache-t-elle une grande importance à la coopération arabo-africaine, compte tenu des solides liens historiques, civilisationnels et politiques et des intérêts réciproques dans différents domaines qui unissent ces deux espaces. Le Sommet arabe, tenu dernièrement à Tunis, a souligné l'importance de cette coopération en préconisant la nécessité de dynamiser les mécanismes de la coopération arabo-africaine et de consacrer celle-ci dans la réalité concrète. Nous sommes persuadés que le moment est venu de réfléchir sur la concrétisation de ces objectifs, à travers l'organisation d'un Sommet arabo-africain. D'un autre côté, la Tunisie s'emploie à dynamiser le processus de l'Union du Maghreb Arabe, et à poursuivre ses efforts en faveur de la réalisation d'une complémentarité économique qui soit à la mesure des aspirations des peuples maghrébins et dans l'intérêt commun des pays de la région. L'adhésion au processus de modernisation et l'assimilation des sciences et de la technologie modernes nous commandent d'apporter une participation active dans les diverses instances internationales, afin d'y exprimer nos préoccupations et nos approches sur les moyens de réduire le fossé numérique qui ne cesse de s'élargir entre pays développés et pays en développement, notamment africains. Le Sommet Mondial sur la Société de l'Information dont la Tunisie abritera la deuxième phase, du 16 au 18 novembre 2005, constituera une occasion importante qu'il faudra mettre à profit pour élaborer une position africaine unifiée concernant les problèmes et défis existants, et œuvrer en faveur de l'adoption de décisions pratiques et concrètes garantissant le soutien des pays riches à nos efforts en la matière. La conjoncture internationale continue d'être marquée par la tension et l'instabilité; ce qui représente un obstacle pour les aspirations légitimes de nos peuples africains et de l'ensemble des peuples du monde à l'instauration de relations internationales plus équitables et plus équilibrées, dans le contexte du dialogue, de la solidarité et du respect mutuel. Le problème palestinien vient au premier rang des problèmes en suspens qui menacent la sécurité, la stabilité et la paix dans la région du Moyen-Orient et dans le monde. Il constitue une source de préoccupation profonde pour tous les pays attachés aux principes de la paix et de l'égalité internationales et, en premier lieu, pour les pays de notre continent qui soutiennent les causes de droit, de justice et de liberté. La situation dangereuse qui prévaut dans les territoires palestiniens occupés commande la mise en place, sans retard, d'une protection internationale au peuple palestinien, et la mise en œuvre de la feuille de route, qui offre une opportunité pour la reprise des négociations de paix, sur la base des résolutions pertinentes de la légalité internationale, de manière à rétablir le peuple palestinien dans ses droits nationaux légitimes, à lui permettre de créer un Etat indépendant sur son sol national, et à favoriser l'instauration d'une paix juste, globale et durable pour tous les peuples de la région. La conjonction des efforts de la communauté internationale et de l'Organisation des Nations Unies en vue d'aider le peuple irakien à consolider les attributs de sa pleine souveraineté et à se consacrer à la reconstruction de son pays, dans un contexte de sécurité, de stabilité, de consensus national et de sauvegarde de son intégrité territoriale, représente par ailleurs l'un des fondements pour la paix et la stabilité dans la région du Moyen-Orient. La complexité de la conjoncture mondiale actuelle nous commande d'œuvrer davantage en vue d'harmoniser nos efforts et de consolider notre coopération dans les divers domaines et à tous les niveaux, afin que nos peuples puissent concrétiser leurs aspirations au progrès, à la prospérité et au bien-être. Je tiens enfin à réitérer mes vœux de pleine réussite aux travaux de cette troisième session de notre Sommet. Merci de votre attention.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com