«Arba’oun» en ouverture du Festival de Carthage : La stature du commandeur





40ème anniversaire de sa disparition, 40 compositions de son cru, et nous voilà dans Arba’oun, spectacle conçu en hommage au grand Khemaïes Tarnène. Un spectacle qui tout en refaisant l’histoire de notre patrimoine n’a pas manqué d’adresser un clin d’œil à la modernité. Retour d’un commandeur qui domine de sa stature la musique tunisienne. Face à la déferlante des musiques clippantes et râpantes, des rythmes furieusement échevelés et des paroles onomatopées, le spectacle «Arba’oun», présenté samedi dernier à l’ouverture du Festival de Carthage, a constitué la plus pertinente des réponses. La réponse de ceux qui entendent conserver un sens à l’art, en faire une source d’épanouissement réel de l’être, une valeur qui se projette continuellement vers l’avenir tout en ne se départissant pas de cette nostalgie d’un bonheur perdu. * Un décor structurant Le décor planté renvoie d’ailleurs à cette double polarité. D’un côté quatre colonnes reproduisant le socle qui a permis l’éclosion de Khemaïes Ternane. La première restituant le cachet architectural de l’époque, la seconde son génie décoratif par le biais d’une faïence d’inspiration andalouse, la troisième le génie calligraphique et la dernière renvoyant aux partitions d’une musique au grand pouvoir d’envoûtement. Faisant face à ces colonnes, sur l’autre versant de la scène, quatre panneaux, de la même hauteur reçoivent les attraits et les art-ifices de la modernité. Véhiculés par des techniques de visualisation parfaitement maîtrisées, ils se présentent sur une large palette de motifs floraux, d’efflorescences, de murmures de la matière, tout en univers de formes comme prises dans un lent et inexorable mouvement brownien. Mais tout cela n’est pas gratuit: il y a correspondance, parfois lâche et parfois serrée, avec la musique développée, traduction des sentiments vécus par le compositeur au moment du jaillissement de la mélodie. Ainsi, le feu de la passion s’exprime en une éruption de lave rougeoyante... Entre les deux pôles une passerelle empruntée par les voix féminines et masculines interprétant l’œuvre du grand disparu. Cependant qu’au-dessus se déploie un écran sur lequel défilent les titres des chansons, le nom de leurs auteurs et quelques témoignages photographiques au sein desquels revient comme un lancinant leitmotiv le regard de Ternane, émouvant et plein de sensibilité, voguant vers on ne sait quel mystérieux monde intérieur. C’est réussi ! Incontestablement réussi comme décor structurant fortement le spectacle. * La cerise sur le gâteau Dès lors, il restait à l’orchestre de battre le rappel des fulgurances mélodiques du compositeur. Ce à quoi s’est employé avec beaucoup de métier et de maestria Aberrahman Ayadi. Et ce aussi à quoi se sont adonnés avec bonheur les talentueuses Dorsaf Hamdani et Olfa Ben Romdhane et les remarquables voix de Hassan Dahmani et Chokri Omar Hanachi. Une belle cerise sur le gâteau, l’inusables Choubeïla Rached dont rien ne semble entamer l’admirable capacité vocale. Le tout portant la griffe de Lassaâd Zouari maître d’œuvre de cette réalisation musicale. Entre passerelle, coulisses et devant de la scène, ces chanteurs et chanteuses ont évolué selon de sobres mouvements qui dessinent les lignes d’un exceptionnel itinéraire d’art. Un itinéraire musical que les organisateurs ont ponctué par quelques illustrations relatives à la vie du compositeur telle cette randonnée à dos de chameau à l’ombre des 40 (encore le même chiffre fétiche) siècles d’histoire, comme pour montrer le lien entre le patrimoine musical tunisien et celui du proche-Orient. A cet effet, il aurait été judicieux d’intercaler de brèves précisions biographiques en voix off, ce qui nous aurait permis de mieux entrer dans les arcanes de son art en le situant dans le contexte de son époque. Mais cela n’enlève en rien au grand mérite de cette soirée, celui d’avoir ouvert grandes les portes de la connaissance de cet artiste hors pair. Notamment à l’adresse de la jeune génération pour qui le nom de Khemaïes Ternane ne signifie pas grand-chose. Cette plongée dans notre patrimoine et particulièrement dans le répertoire de Saliha, dont une grande partie est redevable au grand compositeur, Mourad Sali la effectuée de main de maître. Une très belle soirée, magnifique et par la qualité de la musique présentée et par sa facture authentique, rare par les temps qui courent. Abdelmajid CHORFI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com