George W. Bush : L’Amérique doit diriger n’en déplaise à certains





Dans une interview exclusive de cinquante-cinq minutes accordée au Figaro, George W. Bush balaie toutes les critiques concernant sa politique au Moyen-Orient. Il défend sa gestion de la crise irakienne et se dit déterminé à concrétiser sa «vision» du Moyen-Orient. Le président américain juge que les événements correspondent aujourd'hui à ce qu'il avait prévu. Le Quotidien-Agences - Etes-vous troublé par la violence des critiques concernant votre politique en Irak et au Moyen-Orient? - George W. Bush. : Je pense que le travail d'un dirigeant est d'avoir une vision optimiste, pleine d'espoir et fondée sur un certain nombre de principes, comme la force du droit et un traitement juste et équitable pour tous. Je me refuse à abandonner ces principes, quelle que soit la pression exercée. L'Amérique doit diriger, même si cela déplaît à certains. Ceux-là mêmes qui apprécieront davantage un monde en paix, grâce à la volonté des Etats-Unis de lutter contre Al Qaida et d'œuvrer pour des sociétés libres en Irak et dans les territoires palestiniens. Ma vision est celle d'un Irak libre et démocratique, et celle d'un Etat palestinien libre et en paix qui servirait de catalyseur à un changement dans une région où sont entretenus les ressentiments. C'est dans cette région qu'étaient recrutés les terroristes qui souhaitent tuer des Américains et nous chasser de certaines parties du monde afin d'imposer leur volonté. - Votre politique n'a-t-elle pas été plus difficile à mettre en œuvre que prévu, comme semblent l'attester la poursuite des violences en Irak et l'incapacité à résoudre le conflit israélo-palestinien ? - D'autres Etats sont frappés par des troubles... Mais la principale source de violence en Irak aujourd'hui c'est que ce pays est sur le chemin de la liberté. Le combat est difficile, et je vois clairement ce que l'Amérique doit faire. En tant que Président, je suis prêt à tenir une position très ferme et à appeler les autres à se joindre à nous, que cela plaise ou non. Et si certains n'aiment pas faire le sale boulot, l'Amérique, elle, doit le faire comme elle l'a fait par le passé. J'ai rappelé qu'après la Seconde Guerre mondiale, nous aurions pu laisser l'Allemagne au milieu de ses décombres. Nous aurions pu dire «Oh ! ce travail est trop dur». Non, nous avons maintenu le cap et aujourd'hui l'Europe est libre et en paix, ce qui est conforme aux intérêts des Etats-Unis et à leur sécurité. - Les présidents américains ont-ils l'obligation de défendre l'Etat d'Israël ? - Oui, je le crois. Parce qu'Israël est à la fois un vieil ami et un pays démocratique. Je pense qu'il est de la responsabilité des Etats-Unis de défendre cet ami. - Les tensions entre Israël et ses voisins sont-elles liées à votre politique irakienne ? - Le problème des Palestiniens est un problème de territoire : ils n'ont ni Etat ni dirigeants. Les Palestiniens qui aspirent au changement devraient demander de l'aide pour la création d'une force de sécurité. Le véritable problème, c'est cette absence d'une instance dirigeante capable de dire : «Aidez-nous à développer un Etat, et nous lutterons contre la terreur et nous répondrons aux souhaits du peuple palestinien.» Je ne crois pas que cela ait quoi que ce soit à voir avec la situation en Irak. - La guerre en Irak et l'invasion de 2003 n'ont-elles pas provoqué une vague d'anti-américanisme et d'antisémitisme dans le monde entier ? - En tant que chef du monde libre, je continuerai, et les Etats-Unis continueront de dénoncer les courants antisémites qui apparaissent clairement dans différentes parties du monde. - Comment le président des Etats-Unis peut-il aider les Palestiniens ? - L'espoir des Palestiniens est d'avoir leur propre Etat où flotterait leur drapeau. Ils doivent pour cela se doter d'une bonne équipe dirigeante. Je ne peux pas le faire à leur place. - La vague de terrorisme qui frappe les personnes travaillant dans le secteur pétrolier en Arabie saoudite vous inquiète-t-elle? - Je n'aime pas voir des Américains ou quiconque se faire tuer... Je pense que le plus grand défi est de continuer à travailler avec l'Arabie Saoudite, qui est désormais en première ligne dans cette guerre contre le terrorisme pour lutter contre Al Qaida. C'est pourquoi une étroite coopération sur tous les fronts avec le gouvernement saoudien est indispensable. Nous préférons combattre ces tueurs dans des contrées étrangères plutôt qu'ici, chez nous. - Concernant la Syrie, un des pays accusés d'héberger les terroristes, vous expliquez les sanctions du 11 mai par le refus du gouvernement syrien de coopérer dans la lutte contre le terrorisme ? - Il n'y a pas lieu d'héberger des personnes qui incarnent la haine. Et si les autres s'unissaient pour combattre les organisations terroristes qui tuent des innocents, notre monde serait meilleur. Les gens civilisés ne doivent pas permettre ces tueries destinées à engendrer la peur et à ébranler notre volonté collective... - Les Etats-Unis sont-ils dans une mauvaise passe au Moyen-Orient ? - Les temps sont durs pour l'Amérique et le Moyen-Orient. Certains pensent que les raisons invoquées par mon gouvernement sont mauvaises et que les Américains ont tort. Mais c'est l'inverse qui est vrai. Mon intention est d'œuvrer pour des sociétés libres et en paix tout en garantissant la sécurité des Etats-Unis. Les Américains veulent la paix et la prospérité dans la région. Dans ma position, il est essentiel de rester concentré sur l'objectif d'un meilleur avenir. Bien sûr, j'écoute les critiques. Mais je ne les laisse pas dicter la politique définie dans le bureau ovale. Cela fait partie de mon travail et je suis parfaitement préparé à accepter la pression qui l'accompagne. En ce qui me concerne, laissez-moi vous dire ceci : je réponds aux critiques que le monde est meilleur sans Saddam Hussein. Nous sommes en Irak depuis presque seize mois et maintenant un pays libre est en train de naître, un pays où la vie sera meilleure. Vous savez, la véritable histoire de mon administration sera écrite dans une cinquantaine d'années. Et ni vous ni moi ne serons là pour la lire...


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com