Ness El-Ghiwène : De l’extase à volonté





Ils ont fait parler d’eux depuis le début des années 1970. Trente ans après, de leurs voix affirmées et leurs textes torrides, ils continuent à gagner les cœurs des Tunisiens. Le public qui s’est déplacé samedi soir pour Ness El Ghiwène au théâtre de plein-air était relativement nombreux, si on le compare bien sûr à celui qui a assisté au spectacle donné la veille par l’Egyptien Cheïkh Ahmad Al-Tûni. Ce public était composé essentiellement de jeunes venus pour découvrir le groupe de Ness El Ghiwène. Il y avait aussi les nostalgiques des années soixante-dix et quatre-vingt du siècle dernier. Et il y a surtout cette communauté marocaine qui vit chez nous. C’est devant ce public-là et pour lui que le groupe Ness El Ghiwène était à son aise et s’est donné à fond. Après un petit retard qui n’a finalement pas gâché la soirée, le groupe s’est vite rattrapé en étirant la soirée jusqu’à une heure tardive. Et pour cause : il sait qu’il a encore de l’écoute dans un pays qui a appris à l’apprécier au fil des générations. Ness El Ghiwène, fondé en 1973 par Laârbi Batma, mort en 1998, s’est déjà produit à maintes reprises en Tunisie. Le Festival de Carthage qui l’a invité en 1986, pour la première fois l’a accueilli cinq fois sur sa scène. A l’époque, les musiciens n’avaient pas encore un cheveux blanc. Depuis le groupe est souvent programmé dans nos festivals les plus prestigieux. Et, à chaque fois, il retrouve son public qui lui réserve le même accueil à la fois chaleureux et enthousiaste. * Les senteurs de la brousse africaine Ils étaient quatre sur scène : Yaâlla Allal au «banjo», Rachid Batma aux «tbilet», Hamid Batma au «cynthir» et Abdelkarim Shifa au «bendir». Ils ont tous joué magnifiquement bien, mais aussi chanté à merveille sur des textes à connotation engagée, écrits auparavant par leur «père spirituel» Laârbi Batma puis Othman Hlila et Abderrahim Batma ont pris la suite. Ils ont chanté en solo, en duo, en trio ou encore les quatre ensemble. Fidèle à son registre, le groupe qui tire ses racines de la musique des gnawa, a poussé sur le terreau marocain en s’entrelaçant avec les airs de la brousse africaine, tout comme son faux jumeau, Jil Jilala, qui s’appuie quant à lui sur la composition rythmée. Le groupe qui ne cesse de remettre au goût du jour ses textes n’a fait, ce soir-là, que nous rafraîchir les oreilles au son des accents ajustés au rythme des événements qui continuent à déboussoler les gens du monde. Ness El Ghiwène qui se caractérise par son chant à la fois soufi et engagé, a évoqué avec retenue Sabra et Chatila, Palestine, Irak et tous les pays criblés par les cartouches de l’injustice humaine. Acrobaties rythmiques, textes forts, associés à des voix aiguës qui épousent miraculeusement les sens ont retenu les auditeurs jusqu’à minuit trente. Encore une réussite à ajouter dans le répertoire de Ness El Ghiwène qui a donné le même concert à Ksibet El Mediouni, le lendemain et un troisième, le lundi à Sfax. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’y assister, ils peuvent faire un saut à Sousse le mercredi. Ca mérite le déplacement. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com