Les jeunes se projettent : Et si l’on se mettait dans la peau d’un adulte !





Les jeunes reprochent aux adultes de les avoir tout le temps à l’œil. Ils jugent que ces derniers poussent parfois le bouchon un peu loin sous prétexte de la bonne éducation... Témoignages. Tunis - Le Quotidien Fais ceci, ne fais pas cela ! Change de tenue ! Arrête d’être pendu au téléphone ! Fais tes devoirs ! Eteins la télé ! !Tu es interdit de sortie ... Il est difficile à des adolescents de se plier aux instructions des adultes alors qu’ils sont au cœur de l’âge de la remise en cause et de la contestation. Abdallah Jémiî, 21 ans, a toujours du mal à se retrouver sur la même longueur d’onde avec un adulte. «Le mot fétiche de mes parents est le fameux «non». Et dire qu’on nous accuse de tout refuser ! Je pense que le refus vient toujours de l’autre partie. Ils sont contre le fait que je sorte tard le soir et contre le fait de m’accorder une responsabilité. Cela dit, même les professeurs et tous les adultes qui nous entourent nous critiquent tout le temps...», confie-t-il. Abdallah pense que c’est, quelque part, une question de pouvoir. Pour lui, les adultes sont en position de force et c’est pour cette raison qu’ils dépassent les limites en nous assenant une liste d’interdits : «Ils sont adultes, indépendants et nous dépendons d’eux que ce soit, à la maison, à l’école ou en société. Pour eux tout est permis. Pour nous au contraire, il ne faut jamais protester. J’ai hâte d’être adulte à mon tour pour donner une marge de liberté aux jeunes. Je ne suis pas contre la discipline, et je crois à l’utilité de la morale. Une fois adulte, je saurais agir avec juste mesure sans excès et avec beaucoup de modération», ajoute Abdallah. Mohamed Ghazi El Gharbi, élève en 6ème année, attribue le conflit entre jeunes et adultes à la différence des mentalités entre les générations : «C’est un problème d’époque. Les jeunes d’aujourd’hui, n’ont pas les mêmes tendances que les jeunes des années 60. Ils nous critiquent tout le temps à propos de nos habits, nos coiffures, nos tendances à voir un programme télé, nos goûts musicaux... C’est ce genre de critique que je n’accepte pas parce que la mode impose sa loi. Toutefois, je ne suis pas contre le fait que mes parents me remettent à l’ordre, je ne suis pas contre le fait qu’ils limitent mon droit de sortir et je ne suis pas non plus contre le fait que mes professeurs me punissent si je ne remplis pas mes devoirs... Je ne leur demande qu’une seule chose : accepter ma propre façon de vivre», dit-il. Le jour où il sera adulte Ghazi s’est juré de ne pas tomber dans ce piège conflictuel : «Je dois être compréhensif, si j’accédais à l’âge adulte, là, maintenant, je prouverais à mes parents qu’en dépit de mes tendances hard et hip-hop, je suis capable d’assumer des responsabilités», ajoute-t-il. Concernant les filles, le problème peut prendre un autre aspect parfois plus délicat. Mayssa Fakfakh, élève en 6ème année souffre d’incompréhension : «Je reproche à mes parents d’être trop sévères. Ils me disent toujours que je n’ai aucun droit à la liberté puisque je suis de sexe féminin... Parfois j’ai l’impression de vivre dans une grande prison où tout est contrôlé jusqu’au moindre détail. Jamais, je n’agirai de même avec mes enfants. Je leur épargnerai ce mal d’être sous ma coupe 24 heures/24. J’en ressentirais un grand bonheur». * Et si les parents n’avaient pas tort ! Assurés que les parents n’agissent que pour leur bien, certains, essayent de comprendre le sérieux des adultes. Amine Ben Sédrine, 17 ans, témoigne d’un sens aigu de compréhension et de responsabilité en dépit de son jeune âge. Le jeune élève trouve que ce sont les jeunes qui vont parfois un peu trop loin. «Tout est récupérable avec le dialogue et les discussions. Mes parents ne m’imposent jamais rien, ils m’expliquent les choses et me poussent à réfléchir et je trouve que c’est le meilleur moyen pour résoudre les conflits. En outre, les jeunes d’aujourd’hui se sentent parfois déracinés et sans repères. Il faut bien que quelqu’un les remette sur les rails ! Notre société reproche surtout aux jeunes d’être surtout des clones d’Occidentaux... A présent, si je me mettrais dans la peau d’un adulte, j’agirais avec beaucoup de tact et de compréhension avec les jeunes... Mais qui sait, peut être qu’à 40 ans, je serai moi aussi différent de la future génération... Tout est en mutation et la génération future sera sûrement encore plus rude que celle d’aujourd’hui et d’autrefois !», confie-t-il. Une fois la crise d’adolescence passée, certains jeunes retrouvent leur calme et regardent les choses différemment. Samah Bel Arbi, 28 ans, professeur donne, à présent, raison à ses parents. «Mon adolescence s’est passée sans trop de dégâts. Cela ne m’empêche pas de donner aujourd’hui quelque part raison à mes parents et aux adultes en général. Quand on est fille, l’on nous couve trop mais avec du recul, je comprends que ce n’était que pour nous protéger des imprévus. En côtoyant de près mes élèves adolescents, j’ai remarqué que les jeunes sont obstinés et discernent mal leurs intérêts. Si j’avais des enfants, je ne serais pas aussi cool que je le croyais avant mais je serais sûrement beaucoup plus ouverte au dialogue que mes parents», dit-elle. Facile de s’imaginer dans la peau d’un adulte mais qui sait, quand l’heure sonne, comment ces jeunes d’aujourd’hui se conduiraient réellement ! Abir Chemli OUESLATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com