Ali Sriti et Leïla Hjaïej à Hammamet : Aux couleurs de la nostalgie





«Il est de ces œuvres au service de ceux qui les ont seulement connues, mais il y a d’autres qui resteront toujours au service de toute une communauté, une nation, une culture et même toute une civilisation». A cette assertion de Paul Eluard, on peut réduire aujourd’hui, toute l’œuvre de l’artiste septuagénaire tunisien et le grand maître du Tarab tunisien Ali Sriti qui, en compagnie d’une noble et pure voix, Leïla Hjaïej, vient de démontrer une nouvelle fois, lors d’un concert nostalgique donné samedi soir à Hammamet, qu’il reste aujourd’hui l’un des gardiens incontestés et incontournables de la musique classique arabe. A soixante dix ans, celui qu’on peut nommer aussi l’un des plus grands maestros de la musique arabe garde intact tout son dynamisme d’antan, tout son talent et son savoir-jouer au « ùd», son instrument préféré. Il a en effet démontré tout au long de cette soirée dénommée «Sahirtou» qu’il possédait une façon bien particulière à lui de faire enchanter le public en le faisant voyager dans les profondeurs du patrimoine musical classique arabe grâce aux rythmes du ton de cet instrument savamment agencé avec la voix de la perle du Tarab Leïla Hjaïej et d’autres membres de son groupe. Assis comme d’habitude sur son fauteuil doré au milieu de ses musiciens en compagnie de la princesse du Tarab Leïla Hjaïej , Ali Sriti a, comme à l’accoutumée, dirigé sa troupe tambour battant en lui insufflant le feu sacré. Ce qui, — comme ce fut toujours le cas — lui a valu une prestation digne d’une soirée de musique classique arabe d’antan donnée au bord du Nil ou dans toute autre capitale arabe. Le duo était au sommet de son art et n’a pas lésiné sur son savoir-faire et son talent pour aiguiser la soif de l’assistance du Théâtre de Hammamet, plein à craquer pour l’occasion. La soirée donnée à cet effet était donc en deux parties. Durant la première, une demi-douzaine de compositions du Tarab ont été interprétées. Parmi celles-ci, on trouve «IndamaYati el Massa» et «Maâzoufet Hobbi» deux célèbres compositions du monument égyptien de la chanson classique arabe Mohamed Abdelwahab. En plus de celles-ci, Ali Sriti a également repris des morceaux d’autres classiques arabes comme Férid El Atrach, mais aussi Atia Charara, avant de clôturer cette première partie de la soirée par «Haqablou Boukra» une chanson célèbre du trio Om Kalthoum, Ahmed Rami et Ryadh Sombati. * Toujours l’ombre de Mohamed Abdelwahab ! Le duo a interprété durant la deuxième partie de cette soirée mémorable huit autres compositions pour la plupart de Mohamed Abdelwahab. Mais le regretté maître du terroir et de la chanson classique tunisienne Ali Riahi n’a pas été non plus oublié durant cette partie. «Zahr Al banefsaj» une de ses nombreuses et célèbres chansons a été longuement chantée par Ali Sriti et Leïla. D’autres morceaux du monument de la musique Mohamed Abdelwahab ont été aussi repris durant cette partie. Il s’agit des compositions comme «Baladi El Mahboub» «Sahhartou Ellayali» entre autres. Mais le duo tunisien a préféré clôturer la soirée par le morceau «Ya Farhat Eddounia», une autre composition du regretté Ali Riahi avant de baisser les rideaux définitivement sur cet alléchant concert du Tarab par une composition hors programme du cru de Sriti et pour ainsi dire un petit commentaire qui interpelle le public et l’invite à juger la qualité de la soirée. Une soirée classique et nostalgique qui a aiguisé donc l’appétit des assoiffés et les fans de la musique classique arabe et fait revivifier l’ambiance de ces alléchants concerts d’antan. Mais objectivité oblige, de tels concerts soulèvent aujourd’hui de nombreuses interrogations sur l’avenir de la musique classique arabe. En effet, il y a d’abord lieu de s’interroger : Pourquoi un grand maestro comme Ali Sriti continue-t-il à réinterpréter les compositions des grands noms de la musique classique arabe pour la plupart connues de tous alors qu’il a ses propres compositions et qu’il a des capacités de créations indéniables qui peuvent lui permettre de composer d’autres morceaux ? Pour être plus objectif, la musique classique arabe ne possède-t-elle pas de larges perspectives d’évolution pour que les grands compositeurs d’aujourd’hui s’y déploient fortement pour la faire évoluer et la faire sortir son cocon habituel, à savoir, une musique trop attachée aux grands noms classiques ? Ces interrogations méritent une large réflexion et interpellent tous ceux qui sont soucieux de sauver la musique classique arabe de la stagnation. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com