Ce soir à Carthage : Habouba et les 80 musiciens





Les roulements de la «darbouka» et la danse dégagée et déliée de Habouba n’avaient pas jadis droit de cité. Trop populiste pour être assimilé à un chanteur populaire, il a pourtant, jusqu’ici, épanché la mesure du «mezoued» et traduit la vie d’une société qui se délitait dans les années 60. Le parcours de presque 40 ans, on le verra incarné en un spectacle nommé «Zomyati». Et c’est ce soir à Carthage. Qui n’a jamais suivi le tempo ou simplement entendu «Raoueh Messoug Ammar», «Lila Wel Mezoued Khaddem», «Zinet Echebah», ou encore «Tih Eltali»? Il faut être un soi-disant élitiste «endurci» pour considérer que le chant populaire est la simple prérogative de «chipies», ou de «cabotins». Peu importe, ce chant a toujours du bon. Véritable défouloir du peuple, il remplit la bourse des musiciens. Hédi Habouba est sans conteste de ceux-là. L’enfant des faubourgs tunisiens a toujours été bercé par le chant populaire pour commencer à le pratiquer au milieu des années 60. Il avait alors 17 ans. A l’époque il connut Zina et Aziza, Ismaïl El Hattab et bien d’autres artistes pour créer autour du chant populaire la notion du spectacle. Avec lui, la «darbouka» s’est introduite comme instrument de base dans l’orchestre de la musique populaire. Il a aussi créé une ornementation dans le rythme appelé «Tawrik». Ambassadeur de l’art populaire en Tunisie, il a visité plusieurs pays du monde accompagné de sa troupe de musiciens et de danseurs. Danse populaire Il fit connaître alors la danse du «oukkez» (zgara), la danse de la taille réservée aux femmes et celle qui sollicite jambes et épaules, la préférée des hommes. Des danses qu’on a vues, rappelez-vous, en 1991 à Carthage dans le spectacle d’ «Ennouba». Aujourd’hui, le spectacle «Zomyati» serait une sorte de mosaïque qui joindra les bribes éparses du chant populaire entonné en Tunisie depuis l’ère du temps. Ils seront alors quatre-vingts musiciens entre instrumentistes, chanteurs d’art populaire, formés par Habouba, et danseurs qui, ce soir, se détacheront du gris des pierres, et donneront leurs prestations dans un hola de lumières que le Festival réserve cette année aux chants populaires. Le Ali Baba de la chanson populaire -et ses 80 musiciens- prouvera encore une fois, à qui veut le savoir, que la créativité jaillit de la base et du peuple… de ces artistes, à l’image de «Habouba», pour avoir connu le ciel et l’enfer. C’est ce qui fait les étoiles. Des étoiles qui n’ont pas à s’embarrasser de fioritures. Mona Ben Gamra


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com