Balade dans la vieille médina : Une sieste au parfum de Tunis





La médina de Tunis, vieille d’une dizaine de siècles, moule dans son creux quelques centaines d’hectares. Il y a de la dentelle dans son bois, des frises dans sa pierre et beaucoup à dire sur son style mosaïque. Un panorama commercial à couper le souffle. Balade dans une de ses rues. Tunis - Le Quotidien Il est 15h00, un soleil lourd écrase le tout Tunis. Nous sommes à deux pas de la fameuse Porte de France appelée aussi Bab Bhar. Une porte qui sépare la vieille ville de la ville européenne d’antan. Colossale, de couleur verte, ouverte à jamais, elle endosse les clous d’une longue histoire. Restaurée à maintes reprises, notamment par Ahmed Pacha I au 19ème siècle et récemment, en décembre 1985, elle constitue un symbole comme toutes les portes qui contournent la médina. Nous suivons curieusement la trace d’un cortège de touristes à la peau fraîchement dorée qui vient de débarquer d’un grand bus garé en face de la cathédrale. Nous sommes à la Place de la Victoire. Ici, l’indication est très timide. Nous aurions aimé voir davantage de détails sur le symbole de la victoire. Il y a quelques années seulement, la place était dotée d’une grande fontaine au doux clapotis. Aujourd’hui, on l’a remplacée par un carrelage marbré avec des losanges noir et blanc à l’ombre de deux palmiers et à la lumière d’une série de réverbères joliment incrustés à côté de l'ancienne bâtisse de l’ambassade d’Angleterre, transférée récemment aux Berges du Lac. Depuis, la place est grande ouverte au public. Nous avons laissé derrière nous le Tunis moderne faire sa douce sieste. Devant nous, des ruelles qui se coupent et s’entrecoupent, serpentent gracieusement et qui ne connaissent pas de sieste. Ici, les bâtiments et demeures sont blottis dans l’ombre et la fraîcheur. La vie est rythmée au tumulte d’un commerce permanent du lever au coucher du soleil. Ce qui explique cette foule qui se bouscule dès l’entrée dans l’ ancienne ville, précisément à la rue Jamaâ Ezzitouna. Face à face, à trois mètres d’intervalle, des boutiques bordent des artères pavées, délicatement tortueuses qui vous conduisent à contempler les vestiges du passé flanqués dans des colonnes, des arcs et des murs empierrés qui mêlent la douleur et le plaisir de l’histoire. * Une affluence hétéroclite Tenant par la main gauche une bouteille d’eau en plastique et de la droite la main de son compagnon, cette grande Russe demande à un commerçant le prix d’un petit souvenir qui lui semble original et exotique et qu’elle désire ramener chez elle, au pays du froid et de la Vodka. Le petit Kaïs Labiadh, âgé de 13 ans, en huitième année de base et passant le plus clair de son temps dans cette boutique à côté de chez lui, lui répond en russe écorché que cet objet est magnifique à offrir à sa “Babouchi”. Les yeux de la blonde se promènent sur les étalages qui offrent à perte de mémoire de l’argenterie, de la bijouterie et toute une gamme d’articles d’artisanat confectionnés avec amour et passion et qui respirent le spontané et l’art brut, pétri avec bonheur, avec un brin de recherche. A quelques mètres, un homme agglutiné à côté d’un tas de roses de sable disposées au pied d’un grand bâtiment estampillé d’un presbytère de la Sainte-La Croix qui sera dans les années à venir le Centre méditerranéen des Arts appliqués. Nous guettons discrètement cet enfant potelé qui, d’après ses gestes, prie sa mère de lui acheter une boisson de la pâtisserie d’en face qui offre grenadine, sirop de menthe, citronnade et autres délices et gourmandises de”baklawa”, “makroudh”.... La maman lui tourne le dos, éprise de la noble architecture des murs qui renferment légendes et petites histoires à imaginer en pointillées dans un bloc-notes ou dans un carnet de voyage. Notre promenade continue mais parmi un autre groupe français. Ca on le devine rapidement à travers cette langue qui nous est familière. Avec un guide, ces Français se sont rués vers un antiquaire qui renferme dans ses quatre murs des trésors. * Parfums d’ambre et de jasmin La ruelle continue à lézarder où de temps en temps se dérobe une étroite allée qui valse en longueur. Des chants populaires résonnent des cafés, mêlés à un bruit saccadé de quelques artisans qui gravent sur une assiette ou un cendrier en cuivre des croquis et des noms. Nous dépassons la bibliothèque nationale, le café M’rabet aux couleurs marabout accueille des jeunes touristes allemands attirés par ces nattes qu’on voit de l’extérieur. Et c’est à découvrir, les “mestabas”... Des odeurs nous viennent de part et d’autre. De l’encens, des parfums d’ambre et de jasmin confinés dans des flacons de fabrication artisanale. D’autres odeurs qui fleurent la végétation aromatique grillée par le soleil ardent de Tunis, nous parviennent d’un peu plus loin, du restaurant Mahdaoui, réputé pour son méchoui de poisson, de Souk El Attarine et Souk “El Blat” où sont étalées à volonté des feuilles, des fleurs et des épices séchées. Nous sommes devant sa majesté Jemaâ Ezzitouna. A l’ombre, sur ses marches, des Italiens, Roumains, Japonais et autres Grecs se reposent assis, tout en humant un brin d’odeur de chez nous qui exalte des noms d’érudits ayant fait des études dans cette enceinte et qui ont fabriqué et continuent à marquer par leur savoir notre histoire. De l’autre côté, par la porte de derrière, un cortège d’hommes sort épanoui après la belle prière d’un jour béni du vendredi. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com