Livre Technique : Un manuel dans la toile d’araignée





L’édition du livre technique constitue un paramètre éloquent sur le degré scientifique atteint par un pays donné. Il est donc indispensable que ce genre d’ouvrages trouve sa juste place dans le monde du savoir. Ce qui n’est pas le cas d’un manuel de saisie dactylographique fait pourtant dans les règles de l’art. Peu de sociologues l’ont souligné: le livre technique constitue avec le livre scientifique l’un des critères qui reflètent le mieux l’état d’avancement d’un pays en matière de développement technologique. C’est un signe qui ne trompe pas. Les Etats-Unis en sont la preuve éclatante: si la moitié des prix Nobel sont de nationalité américaine c’est que la planète science repose aux USA sur un formidable socle de savoir technique, un peu comme dans la mythologie le géant Atlas soutenant sur ses épaules la voûte du ciel. Et ce n’est pas sans raison que le Nouveau Monde sert de suprême référence à la production de livres techniques dans les autres pays du monde qui se contentent souvent de traduire les originaux venus d’outre-Atlantique. Il n’est donc pas étonnant que dans le Tiers-Monde, faute de pouvoir compter sur une production du cru, les enseignants du technique aient recours à des ouvrages étrangers dont ils s’ingénient à tirer des copies qu’ils distribuent ensuite à leurs élèves. Dans quelque domaine que ce soit, le bâtiment ou le génie électrique, l’informatique ou la mécanique, on ne vit que d’emprunts ou de plagiats, délits, soit dit en passant, peu graves. Et c’est d’autant plus étrange que le Tiers-Monde ne manque pas de compétences. En Tunisie, on est conscient de cette urgence et on fait tout pour réduire cette dépendance culturelle. C’est la mobilisation des compétences, certes nombreuses mais éparpillées sur le terrain, et souvent méconnues. Ce qui suppose aussi un soutien incessant, notamment de la part des maisons d’édition, du Centre national pédagogique et des autres organismes concernés par la question. Un produit pur-sang Il me souvient, à ce propos, d’un cas qui a eu à pâtir de ce désintérêt. Il y a quelques années un formateur du Centre de formation professionnelle et un professeur de lettres françaises avaient conçu un ouvrage intitulé «Nouvelle technique de la saisie en traitement de textes». Sachant que tous les livres de ce genre étaient dûs à des plumes étrangères, ce produit est tunisien chair et sang comme on dit dans notre parler. Son élaboration, sa confection et son impression ont été menées selon des critères scientifiques et fonctionnels avérés. Ainsi, et à titre d’exemple, il a été tenu compte de la technique de l’extension du doigt, technique qui contribue à la fois à accentuer la rapidité d’exécution et à réduire la fatigue des doigts. Cet ouvrage fait pendant à un ouvrage similaire mais destiné à la manipulation en arabe, édité en 1973. Il est lui de la cuvée 1993. C’est-à-dire qu’il moisit depuis plus d’une dizaine d’années dans les cartons de ses co-auteurs. Il y moisit nonobstant la qualité technique qui lui avait été reconnue par des instances françaises ainsi que son caractère innovant sur le plan pédagogique. Pis encore, des photocopies ont été faites qui ont été ensuite distribuées un peu partout dans les sphères de l’enseignement de cette technique, sous forme de feuilles volantes. Résultat, le tirage des 1200 exemplaires de l’ouvrage a été fait en pure perte. Des pertes qui se chiffrent en espèces sonnantes et trébuchantes. Sentiment de frustration Est-ce normal, quand on lit dans le rapport d’évaluation établi par une commission technique réunie pour la circonstance des commentaires élogieux de passer sous silence un tel «oubli»? Il est en effet écrit dans ledit rapport ceci: «Le manuel présenté sous une forme très agréable, est caractérisé par une une progression pédagogique bien étudiée». Plus loin le rapport d'évaluation parle d’un des avantages de la nouvelle technique de saisie en insistant sur le respect de l’harmonie du geste et de la synchronisation entre les différents doigts. Pour terminer, la commission recommande le soutien du manuel par sa vulgarisation dans les centres de formation professionnelle publics et privés. Le sentiment de frustration n’a pas eu raison, pour autant, de la ténacité de l’auteur de cet ouvrage qui vient d’élaborer son pendant en arabe (voir couverture). Les mêmes qualités pédagogiques et didactiques se vérifient dans ce nouveau-né de la production technique locale, au grand bonheur des apprenants de cette discipline de plus en plus prisée. Pour peu qu’ils l’aient palpablement entre les mains pour pouvoir apprécier sa teneur qualitative. A.C.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com