Le Fait/ Le parent pauvre





Deux cents personnes tout au plus, la plupart venues sur invitation, ont assisté à la représentation d’Antigone de Samir Ayadi et Mounir Argui, lundi dernier au théâtre de plein air de Hammamet. Deux jours auparavant, le même théâtre était archiplein pour le one man show de Kamel Touati «Ahna Hakka». Bien entendu le nombre de spectateurs n’est pas le critère d’évaluation de la qualité d’un spectacle, surtout quand il s’agit de théâtre. Mais le constat mérite d’être relevé. Aujourd’hui, le public, le grande public, le public lambda préfère les one man shows des humoristes aux pièces de théâtre proprement dites, celles qui sont construites autour d’un texte d’auteur, d’une mise en scène élaborée et d’un jeu de comédie étudié. Est-ce un bon signe ? Nous ne le pensons pas, car la pente est douce et la dérive dangereuse. La vogue des one man shows encouragée par les organisateurs des spectacles, le public et même les médias, risque de tuer tout simplement le théâtre, le vrai, qui est une création collective et une réflexion scénique sur la vie, la mort et la condition humaine. Il fut un temps pourtant où les festivals de Hammamet et Carthage dédiaient leur ouverture à des créations théâtrale d’envergure. Cela a permis à feu Aly Ben Ayed, à Moncef Souissi, à Mohamed Driss, à Fadhel Jaïbi, à Fadhel Jaziri, à Taoufik Jebali et à la plupart de nos grands hommes de théâtre actuels de donner certaines de leurs plus importantes créations. Cela a permis aussi à des auteurs de théâtre comme Ezzeddine Madani, Samir Ayadi et Mustapha Fersi d’enrichir le répertoire du théâtre tunisien de certains des plus importants textes de ces quarante dernières années («Al Hallaj», «Atchan ya Sabaya», «Salut l’Instit», «L’Instruction»...). Que cela nous semble lointain ! Et c’est dommage. Pourquoi tous ces auteurs, ces metteurs en scène sont-ils aujourd’hui oubliés des festivals et festivaliers ? Si la relève de ces pionniers du théâtre tunisien tarde à se dessiner, c’est peut-être à cause de cette marginalistion du théâtre et cet appauvrissement des goûts du public. Un jour, sans aucun doute, nous le regretterons et il serait sûrement trop tard pour redresser la barre. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com