Harcèlement sexuel : Briser la loi du silence





L’adoption du projet de loi relatif au harcèlement sexuel par les députés est la bienvenue dans le milieu des jeunes. Cette loi est considérée dissuasive à l’unanimité et permettra aux victimes de rompre le silence. Tunis-Le Quotidien «Six mois de prison et une amende de mille dinars pour toute personne qui use publiquement des enregistrements ou des SMS à des fins perverses. Et une année de prison et une amende de trois mille dinars pour harcèlement sexuel». C’est ainsi que le projet de loi relatif à l’atteinte aux bonnes mœurs et harcèlement sexuel, a été adoptée vendredi 30 juillet 2004 par les députés. En ce qui concerne le harcèlement sexuel, d’aucuns condamnent cet acte immoral dont plusieurs victimes se sont retrouvées nanties de séquelles psychologiques, parfois très graves. La jeune gent qu’elle soit insérée dans le milieu professionnel ou qu’elle soit encore sur les bancs de l’école et de l’université, se joint à ces voix qui se sont élevées pour faire respecter un fondement de la liberté: toute liberté se termine là où commence celle de l’autre! De prime abord, Hédi Charki, qui est enseignant de gestion résident à l’étranger, met l’accent sur l’aspect préventif d’une telle loi. «Elle va sans doute dissuader plus d’une personne et l’obliger à calmer ses impulsions». Ensuite, il va de soi que le harcèlement doit être sanctionné d’une façon indiscutable «notamment dans une société arabo-musulmane telle que la nôtre». Mais en point d’orgue de son idée, Hédi précise qu’il faut bien tenir compte d’un fait très important à son avis; «c’est que le harcèlement peut avoir lieu aussi bien du côté féminin que du côté masculin». Professant la même condamnation à l’adresse du harcèlement, Jamel Jemili pense que les expériences vécues par les victimes sont de véritables drames. de par son travail dans une caisse sociale, Jamel a eu l’occasion de rencontrer ces cas de figure. «C’est pourquoi, je suis très content qu’une telle loi soit promulguée et puisse ainsi décourager les pervers». Jamel saisit cette occasion aussi pour fustiger la réaction des familles à chaque fois qu’elles sont confrontées à une affaire de harcèlement. Dans de nombreux cas, en effet, on a tendance à minimiser une expérience pareille qui peut pourtant se révéler lourde de conséquences psychologiques. Soumaya Sassi qui s’apprête à regagner les bancs de l’université , imagine qu’une personne harcelée «ne sera plus normale par la suite et en gardera des traces indélébiles». Afin d’atténuer les dégâts, cette jeune bachelière conseille à toute personne victime de harcèlement de rompre le silence et d’en parlers dès le début. «Il ne faut pas laisser le temps passer». L’importance de la nouvelle loi d’après Soumaya c’est que dorénavant tout victime quel que soit son sexe, se sentira en sécurité, protégée et pourra donc «cracher le morceau. En effet «c’est la justice qui s’en occupera désormais», souligne Imed Ben Ahmed. «C’est immoral et cela va tout à fait à l’encontre de toutes nos valeurs. Par conséquent, il faut recourir à la justice et lui confie l’affaire dans tous les cas». * Abus de pouvoir Et Monia Ben Yedder de continuer sur cette même lancée. Fraîchement diplômée de l’Institut Supérieur de Gestion, elle n’hésite pas non plus à condamner d’emblée le harcèlement. «C’est horrible !» D’autant que Monia avoue qu’elle entend parler d’histoires de chantage. «Des filles sont soumises au chantage en ces termes : donnant - donnant !». D’ailleurs, les exemples selon notre interlocutrice ne manquent pas. Elle a, en l’occurrence, une amie qui a été récemment victime d’une tentative d’abus de pouvoir. «Elle s’est présentée pour un concours de recrutement. Le responsable lui a dit franchement qu’elle pouvait lui rendre service et qu’il pourrait de son côté lui manifester sa gratitude». * Et comment ?! Cette candidate à l’emploi a été ainsi obligée de renoncer au concours. Et ce n’est pas la première ni la dernière à être la victime d’un pouvoir mal perçu par un pervers. Monia n’arrive pas à comprendre une demande de recrutement qu’elle a vue dimanche sur un journal. «Recrutement de secrétaire sans exigences professionnelles. Ce qui est demandé c’est qu’elle soit tout simplement d’une disponibilité totale pour des voyages à l’étranger. Force est de se poser plus d’une question !». Cette jeune interlocutrice vient en fait de mettre le doigt sur le phénomène révoltant l’abus de pouvoir. Car, dans toutes les expériences de harcèlement, c’est toujours un supérieur qui tente d'user de son statut pour des fins bassement perverses. Le silence de la victime par la suite risque très souvent de lui coûter cher sur plus d’un plan. Avec la mise en application de la nouvelle loi relative au harcèlement, les langues se délieront permettant à la justice de rendre justice. M.K. ______________ * Les hommes aussi ! Il n’est presque jamais de harcèlement sexuel sans répercussions sur la psychologie. Dans les différentes affaires qui ont défilé dans les télévisions ou sur les colonnes des journaux, les victimes crient «c’est horrible !». Dr Nacef Fethi, psychiatre, confirme ce fait. Il affirme tout d’abord que la psychologie de la victime du harcèlement est sans doute affectée après une telle pression. Au bout du chemin, c’est une série de troubles anxieux variables. Cela peut aller de l’insomnie à la tentative de suicide. En effet, lorsque quelqu’un est harcelé, il peut avoir du mal à dormir. Il peut devenir irritable comme il risque de ne plus supporter la lumière ou de ne plus avoir envie de parler aux gens. Car ces troubles anxieux sont généralement placés sous le signe de la peur. C’est de cette façon qu’on se retrouve face à une désadaptation en milieu familial mais aussi professionnel et social. D’ailleurs, petit à petit, cet état est susceptible de s’étendre à tous les milieux de la vie. «J’ai déjà examiné des cas de femmes harcelées ainsi que d’hommes ayant souffert de ce mal», explique Dr Nacef. A préciser que les hommes ne représentent que 20% des victimes harcelées. M.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com