Affaires des caricatures blasphématoires : Les raisons de la colère





La cabale abjecte et scandaleuse contre l’Islam orchestrée depuis quelque temps par des âmes en peine servant des intérêts occultes gagne du terrain et se propage comme une traînée de poudre en Occident. Cette campagne de dénigrement sournoise qui puise ses arguments dans les bas-fonds d’une misère intellectuelle tendancieuse prend pour cible la religion musulmane, ses préceptes, ses valeurs et ses symboles à travers un harcèlement systématique où l’ignominie le dispute à la provocation gratuite. Effet de contagion aidant, l’islamophobie est devenue le “bourricot” de bataille de prédilection enfourché sans vergogne par certains médias européens en quête de sensationnalisme qui y ont trouvé une source d’inspiration éhontée pour arrondir leurs fins de mois difficiles, au nom d’une prétendue liberté d’expression. L’affaire des 12 caricatures portant atteinte à la noble personne du Prophète Mohamed publiées récemment par un quotidien danois et reproduites par d’autres médias européens confirme ce constat. Cette affaire répugnante qui a choqué et indigné l’ensemble du monde arabo-musulman constitue, à bien des égards, un nouvel épisode tragique d’un anti-islamisme à tout crin qui fait école en Europe au mépris du bon sens, de l’éthique et de la morale. Traités comme des parias et considérés comme des terroristes potentiels ou à tout le moins des fauteurs de trouble, les Arabes et les Musulmans sont attaqués jusque dans leur appartenance et leurs convictions religieuses, sans que l’Europe des valeurs n’y trouve rien à redire. La réaction de la Commission européenne à ce sujet est pour le moins troublante. En prenant fait et partie pour le Danemark et en considérant le boycott par certains pays arabes des produits danois comme un acte de représailles qui vise toute l’Europe, Bruxelles fait preuve d’une légèreté déconcertante dans la gestion de la crise. Cette réaction surprenante justifiée par un souci de défendre la “liberté d’expression” révèle tout ce qu’il y a de plus inique, enfoui et révoltant dans les nouveaux rapports qui régissent les peuples et les nations. Une réaction qui dégage les relents des deux poids, deux mesures. Car autant l’Europe est prompte à réagir avec fermeté quand d’autres symboles religieux, juifs notamment, sont pris pour cible, autant elle fait preuve d’une nonchalance ahurissante et d’un flegme tendancieux quand d’autres icônes religieuses sont littéralement traînées dans la boue. Comble d’ironie et de paradoxe, il a suffi qu’un certain Dieudonné tourne en dérision de manière loquace dans un de ses sketches des religieux juifs pour que les politiciens européens se lèvent comme un seul homme et stigmatisent l’auteur de cet outrage qui y a laissé des plumes et perdu son gagne-pain. Mieux encore, un texte de loi a été promulgué et toute personne capable d’acte antisémite, fut-il verbal, est désormais passible d’une peine de prison. Ennemi fictif En fait, l’actualité européenne de ces derniers mois donne l’impression que dans la plupart des pays membres, l’Islam est devenu sinon un ennemi du moins un problème commun. Un ennemi fictif créé de toutes pièces mais devenu par la force des choses un bouc-émissaire désigné et un souffre-douleur idoine pour cimenter une unité européenne défaillante après la disparition de “l'ogre soviétique”. L’affaire des caricatures qui constitue une agression caractérisée et délibérée reflète en tout cas une montée dangereuse de l’intolérance et du rejet de l’autre en Europe. Une montée qui fait peser une lourde menace sur la cohabitation entre les cultures et les religions sur le Vieux Continent. La sacralité des symboles religieux ne peut être sacrifiée à l’évidence sur l’autel de la liberté de la presse. Si tout le monde adhère sans réserve et milite en faveur d’une presse libre, il y a des limites à ne pas dépasser au risque d’exacerber les passions et de devoir gérer des tensions inutiles dont on se serait volontiers passé. Raison pour laquelle il est éminemment impératif aujourd’hui d’instaurer des garde-fous non point institutionnels mais moraux afin d’éviter à l’avenir que ne se reproduisent de tels dérapages et couper ainsi l’herbe sous les pieds de tous les apôtres malintentionnés de la guerre des civilisations qui ne lésinent pas sur les moyens pour précipiter son avènement. L’anti-islamisme rampant relève, on ne le répétera jamais assez, d’une ignorance et une méconnaissance lamentables de la religion musulmane qui prône la tolérance, la justice et la cohabitation heureuse entre les cultures, les civilisations, les peuples et les nations. Il est temps d’arrêter l’hémorragie et donner à César ce qui lui revient de droit, pour jeter les bases d’un monde où toutes les religions peuvent cohabiter en harmonie et en paix. Chokri Baccouche ------------------------------------------------------------------------------ Mohamed Ben Ahmed (Professeur Emérite) : Arrêtons l’hypocrisie La publication par le journal danois «Jyllands-Posten», il y a quelques mois de caricatures du Prophète Mohammed et de l’Islam, n’est pas fortuite. Il s’agit bien d’un acte délibéré s’inscrivant pleinement dans la vague déferlante d’islamophobie menée par les Nouveaux Croisés. Au nom de la liberté de la presse et face à la vague de protestations suscitée par ces publications, les responsables des pays incriminés (Danemark et Norvège) en attendant ceux qui vont les suivre (de l’Espagne aux Pays-Pays en passant par la Suisse), avancent l’argument de l’indépendance de la presse. Pourtant s’agissant de convictions intimes et de croyances religieuses, toutes les libertés se doivent de les respecter et doivent être garanties par tout Etat, sinon la liberté se mue en licence. Ceux qui, face aux foudres protestataires affirment, tout en présentant leurs excuses, leur ignorance de l’Islam, nous savons qu’ils sont au mieux des hypocrites sinon de fieffés menteurs. Ils savent pertinemment ce qu’ils font et pourquoi ils le font ! Au nom de la pensée unique et de l’occidentalocentrisme, les hérauts de l’islamophobie savent que leur salut réside dans le refus de reconnaître l’Autre et encore moins de le respecter. C’est pourquoi toutes leurs thèses se basent sur l’amalgame de la spiritualité et du fondamentalisme; du terrorisme et de la lutte contre toutes les formes de domination et d’aliénation. C’est dire que le chemin menant au dialogue entre les civilisations est encore long, très long! Quant à l’alliance entre les civilisations, elle est de l’ordre de l’utopie. Propos recueillis par Walid KHEFIFI ------------------------------------------------------------------------------ Abdallah Labidi : «La destruction des valeurs, un suicide pour l’humanité» Mac Luhan, éminent théoricien de la communication, a dans ses écrits parlé de l’information et des réactions qu’elle provoque. «Ceux qui sont derrière la publication de ce genre de caricatures ont pour but de provoquer des réactions. Or la liberté d’expression ne doit pas aboutir à la provocation surtout quand il s’agit d’une question aussi sensible. C’est une agression gratuite. L’on craint que cette affaire navrante ne provoque un effet boule de neige. Plusieurs journaux européens se sont d’ailleurs engouffrés dans la brèche et ont repris la publication des caricatures incriminées. La BBC a de son côté choisi de les diffuser en direct à la télévision. Je pense que les politiciens doivent agir pour calmer leurs peuples et le jeu et défendre les causes sacrées. Cette intervention revêt une importance particulière car elle permet de calmer tous ceux qui se sentent blessés dans leur amour-propre. Cette affaire suscite par ailleurs des interrogations légitimes sur la pratique de la politique de deux poids et deux mesures à l’égard d’autres questions touchant les valeurs de l’humanité. Quoi qu’il en soit, il faut garder la tête froide dans la gestion de cette crise et se rendre à l’évidence que l’Occident connaît une vague de montée de phénomènes contraires aux valeurs communément admises par l’humanité. Je cite à titre d’exemple l’homosexualité et les mariages entre des êtres de même sexe. Cela s’inscrit dans le sillage de la désacralisation de toutes les valeurs. Dans ce contexte, l’Islam reste le dernier rempart contre lequel on s’attaque. Cependant la destruction des valeurs constitue un suicide pour l’humanité. Les acquis de la civilisation risquent d’être jetés à la poubelle. L’humanité doit s’interroger réellement si elle a des valeurs qui méritent d’être défendues ou pas. Il faut arrêter cette escalade tendancieuse qui ne sert en définitive l’intérêt de personne, si ce n’est qu’elle alimente les sentiments de haine et de mépris, sources de toutes les dérives». Propos recueillis par L.T. ------------------------------------------------------------------------------ Abdelkarim Hizaoui (Universitaire) : «Un fantasme anti-musulman» Les Musulmans sont révoltés en général par la politique des deux poids deux mesures prônée par les pays occidentaux. Ces pays estiment que les insultes contre l’Islam relèvent de la liberté d’expression alors que les critiques contre les Juifs ou même contre le sionisme sont des délits sanctionnés par la loi pénale sur l’anti-sémitisme. Par ailleurs, il est évident que depuis le 11 septembre 2001 voire bien avant si on remonte jusqu’à la révolution iranienne ou la première Intifadha, l’Islam est devenu une matière d’écriture à sensation pour beaucoup d’auteurs et de scénaristes qui exploitent souvent pour des raisons commerciales le fantasme anti-musulman de l’opinion publique occidentale afin de réaliser des best-sellers. Le Monde Musulman représente dans l’imaginaire collectif occidental le péril communiste. Pour ce qui est de la France, il faut s’attendre à ce que cette politique de deux poids deux mesures revienne dans le public. Car de plus en plus, des intellectuels réclament la révision de la loi Gayssot pénalisant les historiens qui remettent en question la version courante de l’Holocauste». Propos recueillis par M.K. ----------------------------------------------------------------------------- Noureddine Hached : Nécessité de cadrer la liberté d’expression Il est vrai que nous sommes là devant un problème qui ne date pas d’hier. C’est un problème né avec l’avènement de la démocratie et de la liberté d’expression. La question se pose encore et toujours. A quel stade devrait s’arrêter la liberté d’expression. L’adage très connu “ma liberté s’arrête là où commence celle des autres” n’a pas résolu le problème. Au cours des dernières décennies, la question de la liberté de penser, d’écrire et de faire part aux autres de sa propre lecture des événements et des choses qui va de l’étude scientifique quand on parle de la création ou de Darwin jusqu’à l’expression par la caricature, la poésie, voire la bande dessinée, pose de plus en plus de problèmes. C’est pourquoi, il faudrait mettre en place quelques règles pour cadrer la liberté d’expression. Plus cette liberté s’élargit plus il est nécessaire de la cadrer. Dans ce monde mondialisé, on ne touche plus par sa caricature, son livre ou son article une ville ou un pays. On touche tout le monde. Raison pour laquelle plusieurs pays se “protègent” contre les “aléas et les fourvoiements” de la liberté elle même. Les exemples sont là puisque ces encadrements législatifs souvent ont été pris par des pays en raison de leurs expériences historiques et des événements qui les ont secoués. Il s’agit de lois relatives à l’esclavagisme, à l’holocauste et au racisme dans toutes ses formes. En France, une loi sur l’antisémitisme et toutes les formes de racisme existe. De telles caricatures sont tout à fait éligibles à la sanction par cette loi sur le racisme et la discrimination car il s’agit d’un acte de dérision. Les caricatures publiées par les journaux danois norvégiens et français touchent, en effet, au plus grand symbole et la plus importante référence pour des millions de musulmans en France et en Europe et ailleurs qui se sentent concernés au plus haut niveau. La Ligue des Etats arabes en concertation avec l’organisation de la Conférence islamique et beaucoup de pays non-alignés qui ne sont pas des Etats musulmans s’apprêtent à présenter aux Nations Unies le projet d’un texte qui soit un référant à l’échelle internationale pour le respect des sentiments et de croyances des millions de gens sur cette terre. A titre personnel, je suis tout à fait frappé par “l'illetrisme, la méconnaissance totale et l’analphabétisme malheureux” de beaucoup de journalistes et de certains organes de presse qui confondent la liberté d’expression légitime, nécessaire et indispensable pour laquelle des dizaines de journalistes paient de leur vie sa défense car volontariste, positive et respectueuse de l’autre et une liberté d’expression provocatrice et de nature à mettre en danger l’ordre social entre les communautés. C’est un moment très dur pour la liberté d’expression qui pousse à la confusion et ne profite qu’à ceux qui cherchent le choc perpétuel des uns contre les autres. Nous attendons un réveil au nord de la Méditerranée dans cette Europe partenaire du monde arabe pour qu’elle soit vigilante sur de sujets qui ne peuvent être, somme toute, considérés comme des sujets de détail. W.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com