De l’Afghanistan à la Palestine, en passant par la Turquie : La fronde des Musulmans s’intensifie





Malgré les appels au calme et au dialogue, les manifestations contre les publications en Europe des caricatures du Prophète Mohamed se poursuivaient hier, un peu partout dans le monde musulman, faisant quatre morts en Afghanistan. Le Quotidien-Agences Quatre manifestants ont été tués et une vingtaine de personnes blessées hier à Qalat, dans la province de Zaboul (sud de l'Afghanistan), portant à onze le nombre de morts en Afghanistan depuis lundi. Au cinquième jour de ces manifestations qui ont touché tout le pays, quelque 400 personnes ont attaqué le quartier général de la police à Qalat, et incendié des véhicules. Mardi, l'attaque d'un camp de troupes scandinaves de l'Otan à Maïmana (nord) avait fait quatre morts et 15 blessés parmi les assaillants et six blessés parmi les soldats norvégiens du camp. * Les Palestiniens en première ligne Par ailleurs, des manifestants palestiniens en colère ont attaqué hier à coups de pierres les locaux d'observateurs internationaux à Al-Khalil, en Cisjordanie, ont indiqué des témoins. Quelque 200 écoliers ont lancé des pierres et des bouteilles sur le QG de la Présence internationale temporaire à Hébron (TIPH), brisant plusieurs vitres, selon les témoins. Un groupe de manifestants a pénétré dans l'enceinte du QG où ils ont fracassé les vitres de plusieurs voitures de la TIPH. Un petit nombre de policiers palestiniens affectés à la garde des lieux ont tenté de disperser les manifestants en tirant en l'air mais ils ont été vite débordés. Des renforts policiers ont alors été appelés et ont mis en fuite les manifestants. La porte-parole de la TIPH, Gunhild Forselv, a affirmé qu'aucun membre de la mission n'avait été blessé par les manifestants et que ceux-ci n'étaient pas entrés dans les bureaux. "Ils ont brisé un grand nombre de vitres et de pare-brises de voitures", a-t-elle affirmé. Avant la manifestation, Forselv avait indiqué que onze Danois membres de la TIPH avaient quitté la ville la semaine dernière de crainte d'être pris à partie par la population locale à la suite de l'affaire des caricatures. En Turquie, environ 500 ultra-nationalistes, selon la police, ont manifesté près de l'ambassade du Danemark à Ankara. D'importantes mesures de sécurité avaient été prises aux abords de la représentation diplomatique située dans un quartier résidentiel de la capitale. La police anti-émeutes a fermé plusieurs routes à la circulation. Les manifestants, membres de l'Organisation de jeunesse du parti de l'action nationaliste, ont lancé des slogans hostiles au Danemark. "A bas le Danemark" ou "Allah-o-Akbar (Dieu est grand)", ont scandé les manifestants, la plupart des jeunes, qui portaient des banderoles sur lesquelles on pouvait lire notamment: "Les mains qui se lèveront contre le Prophète seront brisées" ou encore "Jésus-Christ ne vous pardonnera pas". * Appel au calme Quelques manifestations se sont déroulées sans incident majeur en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, où un responsable religieux a appelé au calme. Mardi à New York, les Nations unies, l'Union européenne et l'Organisation de la conférence islamique (OCI) ont exprimé leur préoccupation devant la fureur causée dans le monde musulman par la publication des caricatures et ont appelé à la retenue et au dialogue. "Nous soutenons pleinement le droit à la liberté d'expression. Mais nous comprenons la douleur profonde et l'indignation générale ressenties dans le monde musulman", a affirmé un communiqué signé par le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère, Javier Solana, et le secrétaire général de l'OCI, Ekmeleddin Ihsanoglu. "Nous estimons que la liberté de la presse implique responsabilité et jugement et doit respecter les croyances et les principes de toutes les religions", ajoutait le texte qui soulignait aussi "les actes violents récents dépassent les limites de la protestation pacifique". En condamnant "les attaques déplorables contre les missions diplomatiques qui se sont produites à Damas, à Beyrouth et ailleurs", l'Onu, l'UE et l'OCI ont appelé les autorités de tous les pays à "protéger toutes les installations diplomatiques et les citoyens étrangers contre toute attaque illégale". Ces événements démontrent que "la nécessité d'un dialogue renouvelé, au sein et entre les communautés de différentes fois et entre les autorités de différents pays, est plus urgente que jamais". "Nous leur demandons d'appeler à la retenue et au calme, dans un esprit d'amitié et de respect mutuel", ajoutait la déclaration des trois Organisations. _____________________________ Un hebdomadaire français met de l’huile sur le feu Le Quotidien-Agences L'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo a publié hier une série de dessins du Prophète Mohamed, dont les douze caricatures parues fin septembre dans le quotidien danois Jyllands-Posten qui ont provoqué la colère dans le monde musulman. Des organisations musulmanes, dont le Conseil français du culte musulman (CFCM), plus haute instance de l'islam en France, avaient saisi mardi la justice en urgence pour demander l'interdiction de ce numéro considérant la publication des caricatures comme une "injure raciale et religieuse". Elles ont été déboutées pour vice de forme. Sous le titre "Mohamed débordé par les intégristes" accompagné d'un dessin du Prophète disant "C'est dur d'être aimé par des cons", l'hebdomadaire satirique de gauche publie les douze dessins du Jyllands-Posten en petit format, y compris le plus controversé représentant Mohamed coiffé d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée. Aussitôt après cette publication le président français Jacques Chirac a dénoncé en des termes fermes les «provocations manifestes». «Tout ce qui peut blesser les convictions d’autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d’expression doit s’exercer dans un esprit de responsabilité», a dit Chirac à l’occasion d'un Conseil des ministres. _____________________________ Poutine condamne Le Quotidien-Agences Le président russe Vladimir Poutine a "condamné" les caricatures du Prophète Mohamed qui "creusent le schisme entre confessions" et estimé que le Danemark devait "demander pardon", dans une interview publiée hier par la presse espagnole. "Nous condamnons les caricatures qui creusent le schisme entre confessions, qui provoquent et offensent les sentiments des fidèles", déclare le président russe, qui a entamé hier une visite d'Etat de deux jours en Espagne. "Quand nous condamnons la pornographie infantile, nous ne nous abritons pas derrière la liberté d'expression", ajoute-t-il dans cette interview publiée notamment par les quotidiens El Pais et El Mundo. Le président russe estime qu'"il faut y réfléchir à cent fois avant de publier ou de dessiner quelque chose", et que "si un Etat ne peut empêcher de telles publications, il doit pour le moins demander pardon".


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com