Hommage posthume à Lotfi Lahouar-Gamra : Et le rêve prend enfin forme





La Galerie d’Art Essaâdi abrite depuis le 4 février et jusqu’au 23 du mois, 23 tableaux de divers formats de l’artiste peintre feu Lotfi Lahouar-Gamra. Sa famille a organisé sa première exposition tunisienne, une année et quelques poussières après sa mort. Il aurait aimé qu’on l’invite un jour à son pays natal pour exposer ses peintures, ses photographies et ses dessins. C’était son souhait le plus ardent. Or aucun de nos galeristes ne s’est pressé pour le contacter. «J’attends que l’un d’eux me contacte... avec impatience», a-t-il dit un jour dans une interview avec notre confrère Rafik Darragi... Et le destin de décider autrement et la mort de se pointer un peu plus tôt que prévu. Sans rendez-vous. C’était au mois d’avril 2004 suite à un arrêt cardiaque, alors qu’il rendait visite à sa sœur Sihem qui travaille à la mairie de Vienne dans la région lyonnaise (France). Lui aussi habitait à l’étranger depuis l’âge de 18 ans. Il est allé à Paris pour faire ses études en architecture, il y a une vingtaine d’années. De l’Ecole municipale supérieure des Arts et techniques de la Ville de Paris à l’Ecole d’architecture Paris - La Villette, jusqu’aux écoles d’arts plastiques où il s’est finalement chevillé. Il s’est aussi fixé de rester dans Paris et environs. Car il s’y plaisait et s’était adapté au tumulte estudiantin et plus tard professionnel. En parallèle de son travail comme dessinateur dans les cabinets d’architecture et de décoration, Lotfi Lahouar-Gamra était présent dans la scène artistique parisienne. Il s’est toujours trimballé avec ses œuvres dans les espaces les plus réputés de la capitale française, comme Arc En Ciel, Galerie Destination, Energie Euroform, Energie et Création dans les 10ème et 19ème arrondissements et dans d’autres à Villeneuve La Garenne (dans la banlieue). Toutes ces galeries ont aimé ses acryliques et ses couleurs bleues, orange ou autres dérivés tirant sur la grisaille dans des lumières entre le voilé et le tamisé illustrant des ensembles en mouvement, qui finissent en cours de route par s’effriter, se fragmenter et devenir un élément noyé dans son ombre, dans l’ombre de sa solitude bien aimée. Exactement comme lui. Qui tout au début s’est détaché volontiers de sa famille à Sousse pour se fondre dans la foule parisienne. Et enfin de se détacher de ses nombreux ami(es) français, américains, allemands et marocains. Il s’est détaché aussi et définitivement de ses désirs, de ses rêves d’artiste et de toutes les escapades de son imaginaire le plus délirant. Quant à ses photographies, elles sont là et témoignent de l’instant, composées et décomposées en noir et blanc, deux couleurs sans couleur. De la vie et de la mort. Pour lui rendre un hommage posthume, sa famille s’est déplacée jusqu’à Paris et a ramassé tout ce que son garçon unique a possédé et entassé dans son appartement sis au 20ème arrondissement. Les 23 tableaux exposés à la galerie carthaginoise s’articulent autour de son africanité. Les gens qui peuplent ses toiles décrivent le quotidien dansant, imprégné dans des vagues de poésie et qui nous rendent compte du talent du défunt. Qui était le seul absent, le jour où son rêve a pris forme à Tunis. «Dans chaque objet, beau ou laid, protégé ou délaissé même dans la rue, mon frère trouvait son bonheur et son support, pour mettre dessus son grain de beauté», se rappelle la petite sœur Sondess qu’on a croisée à la galerie d’Art Essaâdi. Puis à la Maison de la Culture Ibn Khaldoun, en train de déposer un tableau de grand format. Elle avait les yeux embués de larmes. L’Union des Artistes Plasticiens compte lui rendre hommage dans son Exposition annuelle qui se tiendra dans les prochains jours. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com