Chamseddine Al Ouni : Les silences musicaux





Avec son quatrième recueil de poèmes en langue arabe, «Sayakounou hounaka sabab» (Il y aura une raison) publié récemment à compte d’auteur, ce poète plein de tendresse nous offre 150 pages de pur bonheur. On ne présente plus ce grand garçon doux et timide, qui se nourrit de poésie comme d’autres des nourritures terrestres. Poète secret, il ne déclame pas ses poèmes à voix haute, mais préfère les murmurer et faire ainsi voler ses mots comme des ailes de papillons : colorés, légers, imperceptibles. Dans ce nouveau recueil, plus minimalistes que les précédents, ses poèmes sont déclinés comme des haïkus japonais, souvent constitués de trois, quatre ou cinq vers, composés de quelques mots, légers mais denses, simples mais profonds, la surface lisse de la page renvoyant à une profondeur sémantique et philosophique que le lecteur est invité à interroger. «Il s’en est allé dans son superbe silence, retirant le voile des chagrins, sur les enfants de la terre brûlée», lit-on dans «Le plaisir du silence», l’un des plus beaux poèmes de ce recueil. Ou encore, deux pages plus loin : «L’enfant grandit et se lève dans son silence Les tambours ne l’émeuvent point... Quand il se couche sur ses rêves sublimes». Chez Al-Ouni, on l’a compris, la poésie est moins les mots que leur silence, moins la réalité finie que le rêve interminable, moins la lumière des apparences qui emprisonnent la raison que les ombres des essences qui la libèrent. Ne cherchons donc pas de sens. Car, le poète ne dit rien, à moins qu’il ne se dise le néant qui habite chaque être, chaque parole et que les mots déclinent sans cesse en une infinité d’images fortuites. Ce nouveau recueil annonce le début d’accomplissement d’une expérience (et d’une voix) qui prend de l’ampleur et gagne en originalité. Al-Ouni a déjà publié «Ward Al-Ramad» («Roses des Cendres», éditions de la Maison arabe du Livre, Tunis 1994), «Oumajidou hadha al Hadhayane» («Je Chante la louange de ce délire», éditions Sotepa, Tunis 2001), «Attourabou Alladhi Fawqahou Sama» («La Poussière que surplombe un ciel», éditions Sotepa, Tunis 2002). Il est aussi l’auteur d’un essai sur le poète Youssef Rezouga. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com