«Fleur d’oubli» : Des roses et… des épines !





Le traitement de l’homosexualité dans la récente œuvre cinématographique de Salma Baccar «Fleur d’oubli» ou «Khochkhach» semble brusquer certaines évidences sociales de toucher certaines «sensibilités». A la Maison de la culture Ibn Khaldoun, la réalisatrice et un bon nombre de comédiens ont été à l’écoute de tous les éloges mais aussi les reproches. Comment peut-on juger le succès ou l’échec d’un film ? Pour un film tunisien, il faut simplement compter le nombre des jours ou des semaines durant lesquels le film a été projeté pour tirer les conclusions. La durée de la projection d’un film dans nos salles obscures est-elle toujours, un critère fiable pour juger l’effort du réalisateur et des comédiens ? Certainement, non ! «Fleur d’oubli» est à sa 5ème semaine de projection avec quelques milliers de spectateurs. Salma Baccar a pu échapper au syndrome des salles vides ; un vrai fléau dont seul Mohamed Zran a pu échapper grâce à son «Prince». Sur un petit nuage de bonheur et d’allégresse, Salma Baccar et une brochette de comédiens comme Leïla Chebbi, Halima Daoud, Samia Rehayem, Alaeddine Ayoub, Mohamed Kouka, Hind Al-Fahem, Najoua Zouheir, Hamadi Ben Saâd... ont pu parler de ce film dans dans le cadre de cette rencontre débat, lancée par Kamel Chihaoui dans son «Club des arts dramatiques». Pour quelques jeunes étudiants de l’Institut de Presse et des Sciences de l’Information et de l’Institut Supérieur des Sciences Humaines de Tunis, «Fleur d’oubli» a bousculé certaines convictions concernant notamment la relation entre l’homme et la femme surtout dans son aspect physique. «L’homosexualité et le droit de la femme à la jouissance ne sont pas les problèmes d’actualité ni de la femme ni de la société tunisienne», note l’un. «Pourquoi avez-vous, Mme la réalisatrice, choisi de nous présenter une image très sombre d’une société déchirée, paralysée : des homosexuels, une femme droguée, un asile psychiatrique où les histoires de souffrance se croisent... A quand la réconciliation entre notre cinéma et le vécu tunisien ?», s’interroge un autre. Tant mieux si le film a dérangé et suscité la curiosité de la jeunesse poussant le débat loin des sentiers battus et des clichés. «L’art ne peut plus être une reproduction du quotidien, l’art est universel !», réplique l’animateur de cette rencontre qui a accaparé la parole jetant des roses à gauche et à droite. Au cœur de ces interrogations très légitimes — même si l’animateur semble avoir un autre avis — d’autres voix se sont élevées pour remercier Salma Baccar et toute l’équipe pour avoir osé parler de l’homosexualité et de la vie intime de la femme. Le comédien et metteur en scène Abdelhamid Gayès et l’actrice Monia Ouertani ont eu un vrai coup de foudre. «J’ai vraiment partagé avec les comédiens et surtout les comédiennes cette grande souffrance, cette douleur qui pèse lourdement sur la vie des couples. J’ai été vraiment au cœur du film comme si l’histoire se déroule aujourd’hui, comme si je suis impliquée. «Fleur d’oubli» m’a touchée au fond en tant que femme et je pense que toutes les femmes qui ont vu ce film partagent mon avis», dit Monia Ouertani en faisant part de son bonheur de voir un film qui ose débattre du non-dit des chambres à coucher. Le débat a touché presqu’à sa fin, Salma Baccar n’a pu retenir ses larmes en écoutant ces témoignages d’amour, «surtout quand ils viennent de gens sincères, des critiques honnêtes qui ont soutenu ce film made in Tunisia»... Quand j’ai fait mes premiers pas au cinéma, comme tous les réalisateurs tunisiens, l’avis de «Si» Mustapha Nagbou, ce critique qui a une carrière de plus de 40 ans, comptait beaucoup pour moi. Je suis, vraiment, émue par son témoignage», s’exprime S. Baccar avec des yeux pleins de larmes de joie en espérant que le film trouvera de bons échos à sa sortie dans les salles obscures du Maroc. Imen ABDERRAHMANI _____________________________ Flashes Absence Raouf Ben Amor et Mohamed Ali Ben Jemaâ, qui ont campé le rôle des homosexuels dans «Fleur d’oubli» n’ont pas assisté à cette rencontre. «Ben Jemaâ arrivera en retard», a espéré en vain Baccar. Eloges Rabiaâ Ben Abdallah qui a joué le rôle de Zakia, la toxicomane, n’a pas été au rendez-vous. Quant à Leïla Chebbi, cette rencontre lui a permis de sonder son compte d’amour. Elle a eu droit à des éloges tous azimuts ! I.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com