Massaouda Abou Bakr : La plume de la douleur et de l’exclusion





Le Club de la narration, Don Quichotte, de l’Union des Ecrivains a placé la barre assez haut. En organisant une rencontre avec l’écrivain Massaouda Abou Bakr. Le fait d’inviter un auteur de la trempe de Massaouda Abou Bakr traduit le sérieux (enfin!) de ce club littéraire que chapeaute depuis peu le jeune écrivain Kamel Riahi. Avant-hier, au siège de l’Union des écrivains, il y a eu affluence et nous avons senti une certaine réconciliation dans l’air qui promet des jours meilleurs. Entre les essayistes, poètes, nouvellistes, romanciers et autres universitaires et hommes de lettres et les membres de l’Union des Ecrivains, récemment élus. On a eu l'impression donc qu’une page noire a été tournée avec toutes les frictions et tous les différends. Quand on a vu le niveau du débat animé par les Bou Jah, Ben Ammou, Al Jaziri, Néji Rebiî… nous avons été franchement soulagés (croisons les doigts!) et la rencontre de nous accrocher. Il a été question de parler de l’œuvre de Massaouda Abou Bakr sous tous ses plissages et de décortiquer écaille par écaille le genre de ses écrits: le style, le thème et les dessous de la douleur et de la romance. Cette rencontre a été annoncée, d’après Kamel Riahi, par au moins une cinquante de journaux dans le monde arabe. Sans oublier les interventions par Internet des écrivains de l’Algérie, du Maroc, de l’Arabie Saoudite, etc. De quoi parle cette auteur? “Je pars d’une folie qui m’habite. Et je tire les contes de mes souvenirs qui ont un espace et un temps”, explique Massaouda Abou Bakr qui continue à écrire dans un genre particulier. Pour les pauvres, les marginaux, les écrasés de la société. Mais aussi des gens infirmes, des prisonniers et des rebelles. Sans oublier ces enfants de la pierre et ces malmenés de l’Irak et d’ailleurs. Massaouda Abou Bakr trouve un réel plaisir en exhibant les strates de la société et mettant à nu tout le corps. Entre les lignes, il y a ces gémissements, ces râles, cette souffrance. En farfouillant entre les pages, la voix de la douleur vous donne un vertige et vous tire vers le bas, l’abîme. Et vous reprenez le texte qui vous retient par son parfum amer, sa musicalité, ses couleurs acides, ses mots émouvants et la mouvance des idées, des personnages qui peuplent ses différents écrits. Massaouda Abou Bakr est une auteur qui sait où elle va, qui dit son mot et qui grave dans la mémoire sa position. Car pour elle, écrire c’est avoir une position dans chaque acte de création. Il y a cette souffrance, ces battements de cœur qui font rythmer les chapitres avant la délivrance, le jet et le rejet définitif. Peut-on classer Massaouda Abou Bakr dans le “clan” des féministes? Réponse de l’écrivain: “Non. La femme est un élément dans un ensemble. Tout comme l’enfant, le vieillard, le handicapé ou tout autre”. Et elle s’acharne, car elle n’appartient pas à ce faux courant de déguisement ou de faiblesse. Elle qui sort d’un milieu animé par les hommes. Un environnement villageois qui connaît l’amertume de la vérité, loin d’être embellie par des couleurs factices. “Je suis encore à mes premiers pas et je ne fais qu’essayer”, raconte-t-elle avec une rare éloquence. Madame a écrit dans la nouvelle —“Le goût de l’Ananas” (1994), “Un festin très privé” (2004), dans la poésie “Les perles de l’éloquence”—, dans la littérature pour enfants, dans le théâtre, dans les essais. Mais surtout dans le roman. Comme “Tochkana”, “Adieu Hamou Rabi” (Comar d’Or 2003). Paraîtra dans une semaine ou deux “Joumam wa âmbre”. Et c’est toujours dans le même sillon d’écrit. Sans oublier ses activités au sein de plusieurs clubs littéraires et autres contributions dans des revues culturelles. Avec la même sensibilité, la même fluidité et une mixture de poésie, théâtre, cinéma, musique, assaisonnée d’une noisette de révolte. Mais aussi avec une pincée de ses émotions d’écrivain avant-gardiste. C’est ainsi qu’elle s’affiche, “Je veux ainsi continuer”, a-t-elle décidé pour ne pas tromper et se tromper sur ce qui fait l’honnêteté dans l’écriture. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com