Nucléaire iranien : L’alternative russe





Une délégation iranienne a entamé hier à Moscou des entretiens à huis clos sur un plan prévoyant l'enrichissement d'uranium en Russie, mais a exclu d'emblée l'arrêt de ses activités d'enrichissement comme l'exigent les Occidentaux. Le Quotidien-Agences “Les pourparlers ont commencé. Ils sont conduits au niveau des numéros deux des conseils de sécurité des deux pays, Ali Hosseïni-Tash et Valentin Sobolev", a indiqué le service de presse du Conseil de sécurité. Aucun contact avec les médias n'est prévu. Le plan russe apparaît comme l'une des dernières chances pour l'Iran d'éviter une condamnation lors de la prochaine réunion de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), prévue à Vienne le 6 mars. Ce plan, soutenu par les Européens, vise à fournir à l'Iran le combustible nécessaire au fonctionnement de futures centrales nucléaires, tout en l'empêchant de maîtriser ce procédé. Mais avant le début de la rencontre, le chef de la délégation a souligné, dans une déclaration citée par Itar-Tass, qu'il n'existait pas de lien "entre le moratoire sur l'enrichissement d'uranium et les pourparlers sur le projet russe". "Les pourparlers avec la Russie se déroulent sans aucune condition préalable", a-t-il insisté. Vendredi encore, un haut responsable de la diplomatie russe, sous couvert de l'anonymat, assurait que Moscou comptait "appeler avec insistance les partenaires iraniens à revenir au régime de moratoire" concernant l'enrichissement. Le plan de compromis russe est destiné à rassurer les Occidentaux, et en premier lieu Washington, qui soupçonnent Téhéran de vouloir se doter de l'arme nucléaire. * Réserves Cependant, Moscou, tout en saisissant l'occasion d'affirmer son rôle de médiateur, se gardait de tout optimisme prématuré. "Notre pronostic est, pour parler ouvertement, réservé, mais nous ferons tous les efforts nécessaires pour ne pas permettre à la situation de s'aggraver et d'évoluer vers une solution de force", a dit le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, quelques heures avant le début des pourparlers. Il a dévoilé partiellement l'argumentation de Moscou face à Téhéran en indiquant que la partie russe chercherait à "exploiter la thèse sur le respect des droits de l'Iran à maîtriser le cycle complet du combustible nucléaire, lorsqu'auront été réglées, suivant les demandes des experts de l'AIEA, toutes les questions qui se sont posées dans le passé à propos du programme nucléaire iranien". "Nous mettrons une de nos usines à la disposition d'un centre international, où l'Iran pourra faire enrichir son uranium à un prix déterminé", a expliqué hier Viktor Mikhaïlov, ancien ministre russe de l'Energie atomique, aujourd'hui directeur de l'Institut de stabilité stratégique, dans un entretien au journal Vremia Novosteï. Cependant, les chances que Téhéran accepte ce compromis semblaient faibles hier, l'Iran répétant que son droit à une activité d'enrichissement "à petite échelle", dans un but de "recherche scientifique", n'était pas négociable. D'autant plus que Téhéran a annoncé sa reprise de l'enrichissement dans l'usine de Natanz (centre), une initiative jugée inacceptable par les Etats-Unis et les Européens. "L'AIEA a proposé une sortie de crise alternative, permettant à Téhéran d'enrichir son uranium sur son territoire", relève à cet égard le journal en ligne russe Gazeta.Ru, évoquant une proposition qu'aurait faite Mohamed ElBaradei, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), affirmant qu'il serait difficile de parvenir à un compromis avec l'Iran sans lui permettre d'enrichir de l'uranium à petite échelle. Cette proposition, non-officielle pour le moment, a été qualifiée samedi de "pas en avant" par Téhéran. _____________________________ Encore temps pour un compromis Le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a affirmé hier à Bruxelles que "le temps des menaces était terminé" et qu'il était "encore temps de trouver un compromis" sur le dossier nucléaire iranien. "Il est encore temps pour toutes les parties de trouver un compromis", a déclaré le chef de la diplomatie iranienne, en soulignant que le conseil de sécurité de l'Onu ne devait "pas être considéré comme un outil entre les mains de quelques pays". L'Iran veut montrer qu'il est "prêt à des négociations basées sur la justice et le compromis, pour résoudre le conflit de façon pacifique", a-t-il ajouté. Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, qui venait de s'entretenir avec Mottaki, a réaffirmé ces soupçons hier devant son homologue iranien. "Il est très difficile de ne pas croire qu'il y a une finalité militaire dans ce programme", a déclaré De Gucht. Le chef de la diplomatie iranienne a néanmoins justifié sa visite à Bruxelles par le besoin de l'Europe d'avoir "une nouvelle image" de l'Iran et de "corriger une mauvaise compréhension", assurant que "les activités nucléaires iraniennes sont pacifiques". _____________________________ Bolton : L'Iran peut résoudre la crise en suivant l'exemple libyen Le Quotidien-Agences L'Iran pourrait dissiper les craintes internationales sur son programme nucléaire en suivant l'exemple de la Libye, a déclaré l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, John Bolton. La Libye a déclaré en 2004 renoncer au développement et à la possession d'armes de destruction massive, ce qui a conduit à un rapprochement entre Tripoli et Washington après 24 ans d'isolement et de sanctions américaines. Alors que l'hebdomadaire américain "Time" lui demandait s'il était possible de résoudre la crise liée au nucléaire iranien par la diplomatie, Bolton a répondu : "Bien sûr. Je n'aurais jamais pensé que la Libye était prête à comprendre qu'elle était plus en sécurité en abandonnant la recherche d'armes nucléaires qu'en continuant à tenter d'en obtenir, et pourtant c'est ce qu'elle a fait". "Et cela a mené à des progrès substantiels dans les relations entre la Libye et les Etats-Unis. Si la Libye peut le faire, l'Iran peut le faire aussi", a déclaré le diplomate américain. "La décision est largement entre leurs mains", a-t-il ajouté, parlant des dirigeants iraniens. Bolton a averti que l'Iran subirait des pressions internationales accrues s'il ne modifiait pas son attitude.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com