Jeunes Virtuoses : Sur les traces des génies





La soirée clôturale de la 2ème édition de Jeunes Virtuoses d’Ennejma Ezzahra (11-18 février 2006) était tuniso-germanique. Que des moments de bonheur!… Comme toutes les précédentes soirées, la salle d’Ennejma Ezzahra de Sidi Bou Saïd était, samedi dernier, pleine à craquer et c’est le moins que l’on puisse dire. Le public -nous avons vu les mêmes têtes (ou presque) depuis l’ouverture sauf le jeudi, jour de récréation-, composé surtout des diplomates accrédités à Tunis, d’universitaires et autres étudiants à l’Institut Supérieur de Musique (ISM), a été épaté une semaine durant par la virtuosité de jeunes musiciens venus de quatorze pays différents grâce notamment au soutien des ambassades (Pologne, Pays-Bas), de l’Institut français de Coopération, l’Institut Cervantès, le Goethe Institut et autres Délégation Wallonie-Bruxelles. Le musc de la fin était de l’Allemagne avec Julian Steckel au violoncelle, qui était accompagné au piano par son compatriote fétiche Stephan Rahn. En duo ou en solo, les deux musiciens ont revisité le répertoire occidental des siècles derniers avec les “monuments” de la musique classique. A en juger par la qualité de jeu, les Beethoven, Schubert, Schumann, Paganini et de Falla peuvent reposer en paix. A aucun moment, le public n’a imaginé être devant des jeunes de vingt ans et quelques printemps. Les deux Allemands ont tout des maîtres légendaires. Un langage intense, une expression mélodieuse, un rythme vigoureux et des variations hautes en couleur ont enveloppé la salle. Et les notes d’être à la fois douces et légères, chatouillantes et nerveuses à nous réveiller la sensibilité. Qui arrive au fil des minutes à fleur de peau. Et on oublie qu’on est en face de deux jeunes à peine sortis de l’adolescence. Comme s’ils avaient tété dans leurs biberons sonates, mélodies, variations, adagios, allegros, suites, clés et autres solfèges et ingrédients de la symphonie. * Il y a de quoi! Mais, au final, on se dit que c’est normal quand on voit un Julian Steckel (22 ans) et son parcours grandement garni. Dès l’âge de 4 ans, il a commencé à tripoter le violoncelle et depuis son entourage ne le lâche plus d’une semelle en le confiant à la dynastie des grands. Il a donc fait les classes des ténors à Sarrebruck avec Gustave Rivinius, ensuite à Berlin avec Boris. Plus tard, il sera à Vienne où il continue à suivre actuellement les cours de Heinrich Schiff. Avec un tel encadrement, il n’y a plus de doute pour s’interroger sur la virtuosité de ce grand blond. Comme lui aussi, au piano, Stephan Rahn, a fait presque le même parcours entre Cologne et Berlin. D’ailleurs, à son âge, il se produit régulièrement comme soliste avec les orchestres les plus prestigieux, mais aussi comme chambriste. Et pas seulement. Stephan donne aujourd’hui des cours à la Hochschule für Musik Hanns Eisher, après avoir séjourné au Cambodge au Royal University of Fine Arts. L’autre surprise était au bon “souffle” de Samar Ben Amara, qui s’est embellie pour l’occasion avec une série de “rihana” (sautoirs) autour du cou garnis de pendentifs (poisson, khomsa, et autres gris-gris d’amour au charme de chez nous), sans oublier de se brocher sur l’oreille droite une fleur à la manière de notre “zakkar”. Il faut dire qu’on n’a pas l’habitude de voir sur scène une femme jouer du “nay” ou de la “zokra”. Ce genre d’instrument est réservé habituellement à la gent masculine. Mais ce petit bout de femme qui n’a que 22 ans (et très branchée) étudie à l’Institut supérieur de Musique (spécialité nay) et a le mérite de “s’attaquer” à cet instrument à vent qui demande beaucoup d’effort et de souffle. Ainsi, elle a fait entorse aux traditions populaires et s’est démenée comme elle a pu. Comme un garçon manqué. Et de se planter vers la fin quand sa “zokra” a manqué de quelques degré d’humidité et n’a pas été au point. Mais Samar de combler cette légère chute avec une pointe d’humour, soutenue à la contrebasse par Chawki Kifaya et à la percussion (tabla, tar…) par Mohamed Ali Bel Haj Kacem. N’empêche que Samar nous a offert un éventail de semaï, taqsim, longa et autres ben yuryrum yane yane et nous a régalés avec du pur jus tunisien. Le public a aimé, encouragé et beaucoup applaudi. Bravo Samar pour ce courage. Zohra ABID ________________________________ Avis de pro“fs” Ils se sont mis en cercle, le temps de l’entracte, et ont donné libre cours à leurs rituels commentaires, observations et évaluations. Chaque professeur avait quelque chose à dire. Ils étaient tous sensibles au “décalage” entre nos jeunes et ceux de l’autre rive. En voici un extrait qu’on a dérobé en douce de leurs discussions. “Vous avez vu la virtuosité de ces Allemands. Comme le furent auparavant l’Italien -qui était devant nous comme un miracle-, le Polonais, le Hollandais, la Française, l’Ukrainien, l’Espagnole…. Ils ont acquis leur répertoire. Ils le possèdent. Quant à nos jeunes et même nous les profs, il nous est difficile d’atteindre ce niveau et de jouer notre répertoire avec autant de maîtrise et de sensibilité”, a dit le violoncelliste Naoufel Ben Aïssa qui n’a pas caché son pessimisme. Quant à Mourad Sakli , le directeur du Centre des Musiques arabes et méditerranéennes et organisateur de cette manifestation, il a affiché un brin d’enthousiasme et de cette rencontre-découverte, il ne cesse de s’enorgueillir. Et pour cause. “Certes, il y a un long chemin à faire et c’est l’intérêt de Jeunes Virtuoses. C’est une occasion pour nous comparer et pour voir où nous en sommes exactement. Ca va nous pousser à travailler davantage et surtout à mettre le doigt sur la plaie”, s’explique le professeur Sakli. Et ils étaient presque tous d’accord sur le système d’enseignement de musique qui va plutôt mal et qui n’adopte pas les jeunes talents comme il se doit. Et l’exemple de Yasmine Azaïez -formée à Yehudi Menuhin à Londres (école prestigieuse)- qui vole assez haut est à prendre comme référence pour que nos autres étudiants aillent dans le même sillage. “Nos professeurs sont-ils crédibles. Qui sont-ils tout d’abord? Après le départ de Hamadi ben Othman, le Conservatoire de Tunis cherche désespérément un directeur, n’a-t-on pas pensé à Rachid Qobaâ par exemple? Lui seul serait capable de reprendre en main l’Institut et mettre les pendules à l’heure…”, a notamment dit le professeur Zouari. Une foule de questions continue à “irriter” nos professeurs… (Et c’est à prendre au sérieux). ne sont-ils pas les premiers concernés et les mieux placés? Faut-il penser à une consultation générale pour revoir notre système éducatif. Pourquoi pas! Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com