Les plumes du Paon : L’habit fait l’artiste





Le Salon des expositions de l’Institut culturel italien abrite, depuis avant-hier et jusqu’au 20 mars 2006, une collection de vêtements, bijoux et autres accessoires qui traduisent l’évolution de la mode masculine italienne depuis le «boom» économique des années 1950 jusqu’à nos jours. Giorgio Forni, conservateur de musée a une passion. Celle de dénicher des objets d’art dans le domaine de la mode et de l’habillement. Et de les biens conserver. Mais aussi, et l’idée est géniale, de les trimbaler d’un pays à un autre. Ainsi ces collections privées sortent-elles de l’enceinte sacrée du musée classique immobile et de se déplacer même au-delà des frontières pour permettre au plus grand nombre de gens de voir le legs de leurs ancêtres de plus près. Il y a trois ans, Giorgio Fornia exposé au Musée du Bardo une collection de joaillerie qu’il a tirée des murs de Sartirana en Italie. Ces mêmes coffrets n’ont pas encore rebroussé chemin et ils «voyagent» encore entre New Delhi, Sidney et autres villes du monde. Décembre 2005, l’espace Sophonisbe de Carthage et toujours à l’initiative de Giorgio Forni, a offert l’heureuse occasion aux Tunisiens de découvrir l’art graphique de la Botte italienne. Il n’y a même pas deux ans et en collaboration avec la Fondation Sartirana Arte de Pavie, comme à l’accoutumée, Giorgio Forni nous a fait découvrir la mode au féminin dans une exposition à l’Acropolium de la ville punique. Lundi dernier, ce même Giorgio Forni récidive avec une autre collection d’un genre particulier de la mode masculine qu’il a tirée d’un autre pavillon du musée italien. «Comme les oiseaux à la recherche d’accouplement qui s’habillent de plumages multicolores, ainsi le mâle humain a utilisé en règle générale dès l’aube de l’histoire des peintures et des tatouages cutanés ou des ornements rudimentaires en plumes, os ou coquillages, pour communiquer de manière évidente à l’extérieur ses propres attitudes et ses disponibilités du moment... Ce que notre Fondation s’est proposé à nouveau, c’est justement l’objectif de systématiser et illustrer «l’état actuel de l’art», raconte le conservateur Giorgio Forni qui compte exposer cette collection qui nous vient déjà du Maroc, au château de Sartirana du 9 au 19 septembre prochain dans le cadre de la 24ème Exposition Vente d’Art et des Antiquaires. Mais auparavant la même collection a été à Istambul, Ankara, Izmir et même en Biélorussie. Le Salon des expositions de l’Institut culturel italien s’est métamorphosé pour l’occasion en un petit musée où il y a de toutes les couleurs, fibres et autres matériaux qui en disent long sur le vêtement de l’homme moderne. On y trouve des chemises, peignoirs, parkas, complets, gilets, cravates, bracelets, colliers broches, valises, parapluies, lunettes, sous-vêtements et autres accessoires. Cette collection qui date des années 1950-60-70 et 1980 est de tous les styles. «Ce sont plutôt les recherches des jeunes «lions» destinés à devenir sous peu des figures de premier ordre même sur la scène internationale, quelquefois encore de simples employés en tant que «stylistes» pour les industries de la confection déjà naissantes ou celles déjà affirmées, à créer de nouveaux scénarios», écrit Giorgio Forni sur le savoir et la créativité des jeunes et grand couturiers qui ont fait le Paris-Milan, comme Cerruti, Fallani, Legnaghi, Ken Scott, Armani, Versace, Missona, Besostri, Lodola, Ferré, Rinaldi, Derrico, Giorgi, Bylos... Ces dieux de la mode où «lions» comme aime les appeler Giorgio n’ont rien à voir avec les «tigres» asiatiques qui «surgissent» aujourd’hui d’un autre temple de recherche artistique et qui nous rendent compte de l’invasion actuelle de la «main jaune» de l’Extrême-Orient. L’habillement devient aujourd’hui-même un objet de musée qui intéresse les historiens de l’art ou même les historiens tout court, et nous permet de voyager à travers le temps, la société et le vêtement de devenir un témoin, presque un document de mémoire où on lit l’esprit, la sensibilité, l’intuition et la sensualité de chaque époque, de chaque personne. Puis le vêtement est une œuvre d’art où il y a toutes les conditions pour être un moyen d’expression. L’art est avant tout un matériau qu’on touche, puis un dessin (design), c’est ensuite une forme, une coupe particulière avec un mariage de motifs, de couleurs... qu’on observe avec enthousiasme. Il y a cette touche de l’artiste-peintre, du couturier, mise sur un tissu synthétique ou organique, nous donnant une idée sur l’évolution industrielle et économique dans le monde. Tous les artistes-peintres qui ont prêté leurs sensibilités à des couturiers ne sont pas partis de rien. Mais ils sont partis d’une société qui bouge, qui évolue. Quand on voit cette série de bijoux masculins de Legnaghi ou autres de Bice d’Errico (réalisés, avec un fil doré et une aiguille à crochet, seulement en janvier dernier), on s’interroge sur la recherche et l’imaginaire. Jusqu’où pouvons-nous pousser l’inimaginable? Mais ça nous donne à réfléchir sur un phénomène social traduit par l’art dans toutes les étapes de métamorphose. Sans limites. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com