Férid Ben Belgacem : «Si l’on ne nous paie pas, je m’en vais !»





Alarme. El Gaouafel de Gafsa vient de vivre un début de trêve agité. L’ambiance est morose et les caisses crient famine, ce qui a poussé l’entraîneur Férid Ben Belgacem à menacer de démissionner. Il va attendre jusqu’à demain, date fixée pour la reprise, des entraînements avant de décider s’il va finalement rester ou partir. Il s’explique dans cet entretien sur une décision qu’il trouve «logique et à la fois douloureuse». La nouvelle a surpris les milieux sportifs à Gafsa tant rien ne laissait présager un tel départ précipité. Vous avez donc profité de la trêve observée par la compétition nationale pour annoncer votre départ. Pourquoi ? Cela fait bien longtemps que la situation financière d’El Gaouafel Sport de Gafsa était alarmante. Et cela fait quatre mois que je n’ai pas été payé. Il y a aussi un retard monstre dans le paiement des salaires des joueurs de leurs primes de rendement, de leurs primes de match. Et vous comprenez bien dans quel embarras se retrouvent des joueurs professionnels qui ne touchent pas leurs salaires. C’est très dur... Est-ce-à-dire que vous défendez là les intérêts des joueurs d’El Gaouafel et, qu’autrement dit, votre départ se justifie aussi par leur situation devenue intenable? Effectivement. Résoudre le problème revient à assurer mon salaire et mes arriérés impayés mais aussi et surtout ceux des joueurs appartenant à El Gaouafel. Ceux-ci ont assurément le droit de s’inquiéter pour leur situation financière. Ils ont longtemps réclamé leur dû. Eh bien, comptant sur l’énorme capital de confiance qui me lie à eux, j’ai réussi à les faire patienter. Et aujourd’hui que la patience a des limites, je me trouve un peu en porte-à-faux, discrédité à leur endroit. Lorsqu’il s’agissait de travailler dur, de suer, de donner le maximum, de vider les tripes, ils ont toujours répondu présent. Leurs résultats sont là: El Gaouafel est aujourd’hui sixième malgré un tas de contrariétés et de vicissitudes: blessures en cascade, obligation d’aller «recevoir» nos adversaires hors de notre stade, aucun carton rouge pris. Il y eut assurément beaucoup de choses positives. Cette trêve doit permettre de tirer dès à présent certaines choses au clair. La pression que je mets devrait, à mon sens, éviter de s’enliser dans la crise car, dès la reprise, juste après la Coupe d’Afrique des nations, les choses vont s’accélérer. Personne n’aura le temps de réfléchir sur quoi que ce soit ou de s’attarder sur un quelconque litige. En deux mois et demi, on en aura terminé avec la saison et on pliera bagages. Je crois par conséquent que c’est aujourd’hui le moment idéal pour mettre à plat ces histoires de salaires afin de se concentrer sur le jeu et sur l’opération maintien qui me paraît bien engagée. Avez-vous donné des délais à vos employeurs pour régler ce litige? Oui. Nous devons reprendre les entraînements demain lundi. J’attends que la situation se débloque avant cette reprise, quitte à ce que moi et mes joueurs soyons payés partiellement. Mais j’attends des actions concrètes, pas uniquement des promesses. Les gens à Gafsa risquent pourtant de mal comprendre ces revendications. Je crois avoir été honnête avec moi-même jusqu’au bout. Vous ne maîtrisons plus vraiment la situation financière du club. J’ai dû appliquer, depuis six mois, une politique de self-contrôle, l’auto-discipline. Je ne peux plus patienter et faire patienter avec moi davantage mes joueurs. Peut-être viendront après nous un entraîneur et des joueurs qui travailleront sans être payés... Tout compte fait, mon plus grand tort aura été d’agir ainsi, de témoigner d’autant de patience et de s’engager à faire épouser aux joueurs semblable attitude... Et M. Faouzi Gtari, le président du club dans tout cela? C’est tout simplement un grand Monsieur. Je n’ai pas peur d’affirmer que, sans sa présence à la tête d’El Gaouafel, celui-ci n’existerait peut-être pas aujourd’hui ou serait, du moins, au fond du trou. D’ailleurs, je garde les meilleures relations avec lui. Il a fait le maximum mais ne peut plus aller au-delà. Ici, à Gafsa, les supporters n’aident pas financièrement leur club favori. De plus, il n’y eut pas de véritables recettes puisque nous avons dû disputer 15 sur 18 matches à l’extérieur. D’ailleurs, j’ai assuré M. Gtari que je ne démissionne pas d’EGSG pour aller exercer dans un autre club. Si le litige financier n’était pas réglé dans les meilleurs délais, soit avant la reprise demain, et s’il était écrit que je dois réellement partir, rassurez-vous, on ne me reverra pas cette saison sur le banc d’un autre club. Que fait M. Gtari dans la vie ? C’est un pharmacien et il n’a pas les moyens financiers pour maintenir sur pied un club professionnel qui bouffe beaucoup d’argent. Pourtant, il est habité par une folle passion pour le club de sa ville et il y a de quoi faire d’El Gaouafel un des cinq ou six ténors de la Ligue 1. Nous avons un public fidèle et pouvons drainer régulièrement cinq à six mille spectateurs par rencontre. Malheureusement, les appuis financiers et les fameux mécènes manquent à l’appel. Pourtant, El Gaouafel n’est ni l’association de Faouzi Gtari, ni celle de Férid Ben Belgacem. Le club-phare de Gafsa appartient à tous les supporters du Sud-Ouest, et de Tunisie plus généralement. Qu’attendez-vous donc concrètement? Que nous soyons, moi-même et mes joueurs, payés ne serait-ce qu’à raison de 60 ou 70 % de nos dûs. Ce serait déjà un geste concret. Impayé, le joueur perd de sa concentration et de sa motivation sur le terrain. Moi, je pourrai à la rigueur attendre encore. Mais dans le cas des joueurs, cela me paraît impossible. Et le problème est sérieux. Et ma volonté de partir l’est également si une solution satisfaisante n’est pas apportée avant que nous reprenions les entraînements. Il n’y a pas de demi-mesure: si l’on n’est pas payé, je m’en vais ! Qu’avez-vous fait sur le front du mercato d’hiver ? Il me paraît incongru d’en parler, comment voudriez-vous que l’on pense aux recrutements alors que l’on n’a pas les moyens de payer ses pensionnaires. Et cela m’inquiète un peu car les autres clubs, nos rivaux dans la course pour le maintien, se sont tous renforcés. Quel bilan dressez-vous de votre parcours après 18 journées de championnat ? Ce bilan, je le trouve tout à fait positif par rapport aux mille et une difficultés qui nous ont quelque peu freinés: non homologation pour plusieurs rencontres du stade 7 Novembre de Gafsa, un effectif guère pléthorique et privé de doublures valables, blessures en chaîne ce qui nous a régulièrement contraints à nous passer de cinq à sept joueurs par match. Je suis certain que les huit dernières rencontres qui nous restent à livrer seront meilleures. Mais l’on s’en tire pas mal dans notre course pour le maintien. Et par rapport à la saison dernière ? Là aussi, nous avons fait des progrès. Il y a un an, nous totalisions après 18 journées 13 points. Aujourd’hui, nous en comptons sept de plus, ce qui n’est pas peu. Mais comme on dit, à quelque chose malheur est bon. En effet, cette avalanche de parties à livrer à l’extérieur nous ont endurcis et forgé notre personnalité et notre capital-expérience. A quels postes auriez-vous aimé vous renforcer cet hiver ? On aurait pu recruter un milieu offensif et un attaquant. Mais, je vous l’ai dit, les recrutements étaient devenus pour nous un luxe dans le contexte de crise financière que nous traversions. Vous avez toujours couvert d’éloges votre buteur Bakari. Pourtant, il a quelque peu déçu ces derniers temps? La blessure contractée face au Club Africain a représenté un sérieux coup de frein pour Bakari. Pour être objectif, il faut rappeler qu’il était depuis resté six journées sans jouer. Propos recueillis par S.R.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com