Samir Ayadi au «Quotidien» : «Voilà pourquoi nos festivals sont déficitaires»





On a beaucoup parlé ces derniers temps du déficit des festivals en général et du festival international de Carthage en particulier, considéré par certains comme une forme de gaspillage des deniers publics. Des confrères ont publié les chiffres attestant ce déficit et ce gaspillage. Or, ce phénomène n’est pas nouveau. Il est même, disent certains, très banal, car récurrent. D’ailleurs, jamais un festival n’a pu équilibrer ses dépenses et ses recettes. Un festival culturel n’est pas une entreprise commerciale qui doit faire des chiffres et gagner de l’argent, mais un service public. C’est du moins le point de vue de Samir Ayadi, écrivain, dramaturge, acteur et animateur culturel qui a dirigé dans les années 1980 plusieurs sessions du Festival international de Carthage. Depuis au moins un mois on ne cesse de parler du coût de la dernière session du Festival international de Carthage. Votre jugement sur ce brûlot d’actualité? Depuis la création du Festival international de Carthage, des grincheux étaient toujours là pour reprocher aux gestionnaires animateurs ce qu’ils considèrent un déficit financier. Or, il s’agit de tout à fait autre chose. L’Etat investit dans l’animation et la création culturelle artistique et littéraire comme il investit dans l’éducation ou la société pour l’épanouissement du citoyen. Déjà, depuis 1980, lorsque Raja Farhat et moi-même, avons voulu donner une nouvelle dimension plus démocratique, plus variée pour drainer un public de tout bord, des voix se sont faites entendre pour crier au gaspillage des deniers de l’Etat. Or, la nouvelle voie que nous avons tracée s’est traduite par l’émergence et le développement d’un renouvellement de la chanson, de la musique et du théâtre tunisiens, et surtout, par un engouement du public pour le produit culturel national et international le plus représentatif de l’universalité. Mais la session de 2005 - dont on reconnaît la réussite sur le plan artistique -, a quand même dépassé les normes, chiffres à l’appui. Y a-t-il vraiment une nouvelle stratégie à adopter? Cette année encore, et après une longue hibernation, lorsque le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, Mohamed Aziz Ben Achour, fort des directives présidentielles, et Raouf Ben Amor, l’homme de culture au-dessus de tout soupçon ont voulu développer - et éclater - le festival de Carthage pour mieux embrasser les attentes et les aspirations des artistes créateurs, journalistes, critiques, mais surtout spectateurs en programmant des spectacles dans des espaces divers mais fonctionnels, d’aucuns se sont crus investis du pouvoir de défendre les deniers de l’Etat. Ils ont sorti l’argument du bilan financier, déficitaire à leurs yeux pour sonner l’alarme. Or, ils auraient mieux fait de laisser les gens de la culture travailler sérieusement en fonction des moyens qui leur sont donnés et conformément aux lois du marché artistique et aux exigences sans cesse croissantes d’un public aussi divers et capricieux qui affectionne la gratuité et les faveurs. Que faut-il faire pour limiter ce déficit? Pour limiter le déficit financier (étant donné que l’on ne peut pas l’éviter), on pourrait interdire les entrées gratuites et de faveur. Faut-il pour cela d’un décret . A mon sens, il faut y penser et sérieusement. Interview conduite par Zohra ABID ____________________________ ...et le prix était au plus fort Nous avons constaté que, grosso-modo, la session 2005 du Festival de Carthage a été d’une bonne facture et incomparablement différente des précédentes. Vu les choix des spectacles. Qui étaient parmi les meilleurs qui peuvent exister sur la scène nationale et surtout internationale. Le public de la ville punique a eu droit tout de même à une Myriam Makeba (avec la bagatelle de 90.166 mille dinars et qui n’a rapporté aux caisses du festival que 10.469 dinars, à une Patricia Kaas (les frais de son concert ont coûté 137.572 mille dinars. Les recettes frisent les 43.000 dinars), une Isabelle Boulay (89.815 mille dinars et une recette de près de cinq mille cinq cents dinars) et un Massimo Ranieri (avec 92.103 mille dinars de frais et 21 mille dinars et quelques poussières d’entrées). Sans compter les plus coûteux des spectacles comme Carmen et c’est le plus cher (250.000 dinars), Latifa Arfaoui (102.184 mille dinars), Solomon Beurke (105.461 mille dinars), Flames of Passion (213.798 mille dinars), le Ballet cubain (90.983 mille dinars), Marcel Khalifa (76.578 mille dinars) et autres Mohamed Garfi (87.630 mille dinars), et Nabiha Karaouli (69.000 mille dinars), etc. Mais ce qui est dur à digérer, ce sont les spectacles d’ouverture de Zaza avec ses 163.012 mille dinars et de clôture de la Danse du violon avec ses 138.000 dinars et leurs spectateurs factices. Pour faire le compte, c’est un peu trop. Surtout que les rentrées n’ont atteint même pas le quart des frais. Une session phénoménale et qu’on doit prendre très au sérieux. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com