Histoire du Mouvement Syndical Tunisien : Témoignages contradictoires de Noureddine Hached, Thameur, Achour et Moncef Bekkay sur les positions de Habib Achour !





La table ronde sur la «mémoire syndicale» organisée hier à l’hôtel Amilcar en marge du 60ème anniversaire de l’UGTT a mis au grand jour l’ampleur des divergences qui opposent les anciens syndicalistes sur de nombreux événements phares dans l’histoire du mouvement syndical tunisien. Tunis — Le Quotidien M. Noureddine Hached, fils du grand leader syndicaliste et fondateur de l’UGTT feu Farhat Hached, a jeté un pavé dans la mare au cours de son intervention qui a porté, entre autres, sur le rôle qu’a joué Habib Achour dans la création de l’UTT (Union des Travailleurs Tunisiens). Le fils du martyr Farhat Hached a affirmé que le leader Habib Achour a été parmi les membres de la délégation qui a rendu visite à la maison du fondateur de l’UGTT pour le mettre au courant de leurs intentions de créer l’UTT. «Cette délégation a rencontré l’épouse de Hached, laquelle a fait savoir aux fondateurs de l’UTT que leur acte porte préjudice à l’unité de l’UGTT», a-t-il ajouté. Historien de formation, M. Noureddine Hached a également souligné que son père était «un homme d’appareil qui tenait à connaître tous les syndicalistes». Il a, en outre, passé en revue les circonstances de la création de l’UGTT, la relation entre Hached et d’autres syndicalistes tels Belgacem G’naoui qui rendit la vie à la Confédération Générale des travailleurs tunisiens en 1936 et Mohamed Ali El Hammi, le père du mouvement syndical tunisien. M. Noureddine Hached a appelé, dans ce même ordre d’idées, à la formation des syndicalistes afin qu’ils retiennent les leçons du passé en indiquant que les syndicalistes n’arrivent toujours pas à se débarrasser de la «lecture Bourguibienne unilatérale de l’histoire de la Tunisie». * Réactions Le témoignage de M. Noureddine Hached a provoqué plusieurs réactions dont notamment celle de M. Thameur Achour, fils du leader Habib Achour. «Je ne suis pas un historien mais j’ai longtemps milité au sein de l’UGTT. J’ai même été emprisonné. Je me permets quand même de poser la question suivante : l’UGTT est-elle aujourd’hui en mesure de corriger les données historiques erronées que recèle votre témoignage ?», s’est interrogé M. Thameur Achour avant de quitter la salle en signe de contestation. Dans son témoignage, M. Moncef Bekkay, membre du Bureau exécutif du syndicat général de la formation professionnelle a révélé que Habib Achour partageait les positions de Bourguiba en matière de lutte contre le colonialisme. «Contrairement à Salah Ben Youssef qui croyait au nationalisme arabe et refusait l’indépendance progressive, Bourguiba n’a jamais cru au nationalisme arabe. Le leader Habib Achour a partagé les convictions de Bourguiba dans ce chapitre. Un soutien qui a donné le feu vert à Bourguiba pour liquider les youssefistes dont mon père qui fut assassiné en 1956», a souligné M. Bekkay. Dans son intervention, M. Mohamed Ezzeddine, ancien membre du Bureau exécutif, a tenté de calmer le jeu. «J’ai longtemps travaillé avec Habib Achour et Ahmed Tlili. Ils étaient tous les deux des militants honnêtes et sincères», a-t-il indiqué. Les témoignages contradictoires sur les positions de Habib Achour, ses relations avec Bourguiba et sa contribution à la création de l’UTT remettent, encore une fois, au goût du jour la question de la récriture objective de l’histoire du mouvement syndical tunisien aussi intéressante que complexe. Walid KHEFIFI _____________________________ Historiens et anciens syndicalistes à la rescousse… Les témoignages souvent contradictoires des anciens syndicalistes sur les événements marquants et les crises qui ont secoué l’UGTT ont contraint la direction syndicale actuelle à réaliser un projet visant à “réhabiliter” la mémoire syndicale. Le projet a été annoncé hier par M. Abdessalem J’rad, Secrétaire général de la centrale syndicale, dans son allocution d’ouverture des travaux de la table ronde sur la mémoire syndicale. Il consiste à recourir à “la formation d’équipes formées d’historiens honnêtes et d’anciens syndicalistes pour récrire l’histoire de l’UGTT loin de toute forme d'instrumentalisation et de désinformation. Dans ce même chapitre, M. Ridha Tlili, fils du leader Ahmed Tlili a proposé l’organisation d’une table ronde mensuelle consacrée à la mémoire syndicale avec la participation des historiens et d’anciennes figures marquantes du mouvement syndicale. W.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com