«Tunis naguère et aujourd’hui» : Les mille et une saveurs de Zoubeïr Turki





Les grincements de sa plume sur la toile retraçant Tunis la blanche est un délice. Zoubeïr Turki dans «Tunis naguère et aujourd’hui» paru chez «Sud éditions» en novembre 2005, s’évertue à transposer ses sensations visuelles de Tunis d’antan en une construction plastique. Tunis vit. L’apathie n’est pas son fort. La capitale métropolitaine enclavée dans sa bourgeoisie draine petits commerçants et grande ferveur. Ce sont ces petites scènes de Hammam, de Tabbel et Zakkar, de Hannana peuplant la vie quotidienne des Tunisois qui font la spécificité de l’artiste. Zoubeïr Turki d’un trait souple et discontinu parcourt tout l’espace de la toile enjolivée par les sentiments d’un nostalgique qui enveloppent d’une charge émotionnelle ses croquis. C’est que Zoubeïr Turki écrivait ce livre il y a trente ans au lendemain de son retour d’un long séjour en Suède. Il captait dès lors le contraste qui existait entre Tunis des années 70 et le pays nordique où il résidait. Le contenu en est sorti plus que jamais ensoleillé, éclairé d’une lumière intérieure. Il signe le retour d’un bourgeois enfiévré d’Amour pour sa patrie. Comme si une machine à remonter le temps nous prend par la main pour nous lancer dans un passé qui vit en nous. C'est là qu’on entre en transe et l’auteur dans un monde frais et spontané à travers vingt-huit croquis en dessins et en prose. Zoubeïr Turki qui crée un art du dessin typé ajoute, dans ce livre, une autre corde à son arc. On le découvre ici en sa qualité d’écrivain qui traduit le sens de ses dessins en textes enveloppés de poésie, adaptés par Claude Roy. Paul Sebag qui préface l’ouvrage écrit dans ce sens: «... Tunis changeait si vite, un témoin a songé de noter ce que l’on ne verrait plus, surtout qu’il l’ait fait avec humour, alliant, à la rigueur insolente de la jeunesse et la secrète indulgence de l’âge mûr». Il est vrai, comme le signale Paul Sebag, qu’on ne manque pas de sourire en feuilletant ce livre. «Ils sont de la même plume malicieuse et tendre, qui, par le trait et le mot, s’efforce d’atteindre à la même vérité». Prenez donc cet exemple et vous en serez convaincu. Dans un texte que Zoubeïr Turki titre «La baklawa», il parle de la fille qui apprend l’art de la baklawa concocté par sa grand-mère. Il nous en parle, tout comme les autres situations de la vie quotidienne, avec beaucoup de poésie rieuse. «Une bonne ménagère tunisoise doit savoir tenir son foyer et retenir sa langue ou laisser filer quand elle est entre amies. Elle doit garder le cœur de son époux et garder sa séduction. Les instruments de sa séduction sont la beauté, l’astuce et la pâtisserie. Dieu donne la beauté, le démon donne l’astuce et les mères et les grand-mères enseignent à faire de bonnes pâtisseries... Grand-mère la consola et lui enseignera l’art de manipuler la pâte à baklawa sans la déchirer. C’est un art assez proche de celui qui consiste à manier les hommes sans les effaroucher», écrit-il. On ne se lasse pas en lisant ce livre qui nous tient à nos sièges pour réveiller en nous des souvenirs en veille. Même les jeunes qui ne connaissent pas la Tunisie des années 70, y trouveront leur compte. Paul Sebag souligne dans la foulée «Quant aux jeunes, ils y apprendront de quelle manière vivaient leurs pères... leur existence se trouvera prolongée en arrière... Avec les années, l’œuvre prendra la saveur de ces anciennes chroniques ou de ces relations de voyage oubliées qui restituent la couleur d’une époque». Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com