La violence en milieu scolaire : La démission des parents à l’index





Selon une étude réalisée par le Centre National de l’Innovation Pédagogique et la Recherche en Education (CNIPRE), plus de la moitié des bêtises commises par les élèves surviennent en classe. C’est pourquoi, 4 à 5% de ces élèves sont traduits chaque année devant les conseils de discipline. Tunis-Le Quotidien A chaque fois qu’on passe devant un établissement scolaire, on assiste à des scènes de violence choquantes. Ce sont des enfants ou des collégiens qui s’échangent toutes sortes d’insultes au meilleur des cas. Sinon ils en viennent carrément aux mains. Le comble c’est que ce phénomène est en train de proliférer au détriment de la sacralité de l’école qui perd du coup de son aura. A ce sujet, l’Union Nationale de la Femme Tunisienne (UNFT) a organisé hier, en collaboration avec le ministère de l’Education et de la Formation et l’Unicef un séminaire atelier. Durant ce séminaire, des spécialistes ont essayé de répondre à la question «Quel rôle peut jouer la famille dans la lutte contre la violence en milieu scolaire ?». Il va sans dire que la violence dans ce milieu est un phénomène complexe de par l’enchevêtrement de ses raisons et ses expressions. A préciser que c’est un phénomène récent qui est apparu vers la fin des années 90. Et ce en rapport avec l’évolution du nombre des élèves accédant à l’enseignement de base et secondaire. * Mutations sociétales M. Néjib Ayed, directeur général du Centre National de l’Innovation Pédagogique et la Recherche en Education (CNIPRE) situe l’apparition de cette violence. A la fin du siècle précédent, la société a été marquée par des changements socio-économiques et culturels. Ce qui a donné lieu à une crise de l’autorité sur plus d’un plan. «On n’accepte plus l’argument de l’autorité —, on demande la justification», explique M. Ayed. Force est d’avouer que ces jeunes qui ont subi toutes sortes d’influences et qui sont conscients surtout de leurs droits ont provoqué un conflit accéléré et non plus un conflit naturel de générations. L’école tunisienne a également enregistré une massification à travers la démocratisation des deux cycles d’études. «Et qui dit massification, dit hétérogénéité qui porte beaucoup de problèmes scolaires». A ce titre, la corrélation est irréversible entre cette hétérogénéité et l’échec scolaire. M. Ayed met en garde contre deux dangers. D’un côté, il y a un risque d’exagération de ce problème. Dans ce cas, on risque de paniquer face à des faits limités en réalité, ce qui entraîne la précipitation dans les décisions et la culpabilisation des élèves. D’un autre côté, on risque de tomber plutôt dans la banalisation. Tandis qu’il faut éviter justement ces deux extrêmes et chercher à comprendre le problème. C’est en réponse à ce besoin de diagnostic qu’une étude a été confiée au CNIPRE. Une équipe de travail pluridisciplinaire s’est réunie en 2000 pour mener son enquête pendant trois années scolaires. * Une situation inquiétante Il s’est avéré que la violence reste relative. Elle est moins importante que les incivilités et encore moins que la violence physique à l’encontre entre autres du corps enseignant. Ceci n’empêche qu’en 2004-2005, les établissements scolaires ont compté 2054 cas de violences diverses. Les résultats de l’étude en question rejoignent ces statistiques et montrent de surcroît que le phénomène gagne du terrain. En effet, entre 4 et 5% des élèves comparaissent chaque année devant les conseils de discipline. Parmi ces élèves, la palme revient aux garçons qui accaparent le taux de 95% dont plus de la moitié sont âgés entre 16 et 18 ans alors que 16% sont encore des collégiens donc âgés de moins de seize ans. Ces résultats viennent également confirmer la corrélation entre l’échec scolaire et la violence. 75% de ces élèves traduits devant les conseils de discipline sont des redoublants tandis que 63,5% n’ont pas la moyenne. Pis encore, 57% des problèmes pour lesquels ces élèves se retrouvent en conseil, surviennent en classe. A la lumière de ces résultats, le directeur général du CNIPRE insiste sur la classe où survient le gros lot de problèmes. «Pour mettre en place une stratégie, on doit accorder un intérêt capital à la classe et à la relation élève-enseignant. Il faut donc outiller l’enseignant». Grâce aux résultats en question, l’école ne paraît pas aussi laxiste que certains le pensent. En témoignent les dossiers des élèves traduits devant les conseil de discipline. On les compte par milliers d’après M. Ayed. A cet effet, l’école est en train de sévir contrairement à ce qu’on puisse croire. Néanmoins, il faut songer à trouver des solutions avant que les problèmes ne parviennent aux conseils et aux exclusions. «Il faut de la prévention», souligne le DG du CNIPRE. Et d’ajouter : «Actuellement nous avons une connaissance du phénomène et nous ne pouvons plus nous permettre de tatonner». A propos d’action, le ministère de l’Education et de la Formation a entamé un plan d’intervention en même temps que l’étude était menée. Ce plan a touché 55 établissements situés dans des milieux à fortes concentrations d’habitants et socio-économiquement défavorisés. Entre-temps, la famille est appelée à jouer son rôle et remplir sa mission. A quoi peut-on s’attendre lorsque la démission parentale continue à prendre des galons ? D’aucuns constatent que les parents cherchent de plus en plus à se faire substituer par les aides-ménagères ou encore les technologies de l’information et de la communication; lesquelles sont bel et bien impliquées dans l’ancrage de la violence chez les enfants. Et ce, à cause des usages exagérés et très souvent incontrôlés. D’ailleurs, le désistement des parents est derrière plusieurs problèmes scolaires, psychiques et autres qui enfoncent davantage le clou et compliquent la situation. Décidément pour que l’école puisse réagir aux «traitements», il faut d’abord redéfinir l’autorité au sein de la famille et lui permettre de retrouver son équilibre. M. KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com