Participation du Hamas aux législatives : le dilemme pour Washington





La participation du mouvement armé Hamas aux élections législatives palestiniennes représente un dilemme pour l'administration américaine, forcée d'envisager une large victoire électorale de ce qu'elle considère toujours comme une organisation terroriste. Le Quotidien-Agences Washington, qui défend partout dans le monde la valeur des principes démocratiques, a conservé le Hamas sur sa liste des organisations «terroristes», ce qui lui interdit d'avance tout rapport avec les candidats du groupe armé qui seront élus lors du scrutin d’aujourd’hui. L'administration américaine estime que le refus du Hamas de reconnaître le droit à l'existence d'Israel et d'abandonner les armes est incompatible avec une activité politique. Mais en même temps, elle a approuvé la décision du président de l'Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, de laisser le Hamas participer aux élections, et fait pression sur Israel pour qu'il renonce à entraver les élections palestiniennes. La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a récemment déclaré comprendre la décision du dirigeant palestinien: "Je crois qu'il essaie d'être celui qui a permis la tenue de ces élections d'une manière libre et démocratique et je pense que c'est une bonne chose", a-t-elle déclaré. Les responsables américains insistent sur le fait qu'ils ne traiteront pas avec le Hamas même si le groupe armé fait, comme prévu, une entrée en force au parlement et obtient des postes de ministres au sein de l'Autorité palestinienne. Ils soulignent qu'une large victoire du Hamas pourrait compromettre la "Feuille de route", le plan de paix international qui prévoit la création d'un Etat palestinien. * Ardeurs En fait, en privé, les responsables américains espèrent qu'une participation du Hamas à la vie politique palestinienne va calmer les ardeurs combattantes de ses militants. Ils ont appelé à plusieurs reprises le groupe armé à renoncer à la violence mais n'ont jamais dit clairement si une telle décision conduirait à une reconnaissance du groupe par les Etats-Unis. Cette approche a provoqué de nombreuses critiques. Ainsi Richard Satloff, du Washington Institute for Near-East Policy, considère qu'il s'agit d'une marche arrière par rapport à l'attitude adoptée vis-à-vis de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat. "Nous revenons 20 ans en arrière dans la façon dont nous traitons avec les acteurs palestiniens", regrette-t-il. D'autres experts du Proche-Orient estiment que Washington devrait encourager ouvertement les aspirations politiques du Hamas, qui se présente sous le slogan "Changement et Réforme". Ils estiment qu'une marginalisation du Hamas risquerait de rendre le mouvement encore plus violent, comme ce qui s'est passé avec les Sunnites en Irak. Dans un rapport récent, le centre de recherche International Crisis group, basé à Bruxelles, a appelé les Etats-Unis et le reste de la communauté internationale à adopter une politique "d'engagement graduel et conditionnel" avec le Hamas. "L'approche confuse actuelle, qui est de boycotter le Hamas tout en facilitant sa participation électorale mais sans chercher à obtenir des concessions réciproques, est complètement incohérente", note le rapport. D'autres experts, comme Haim Malka, du CSIS (Center for Strategic and International Studies), pensent que Washington devrait fixer au Hamas des critères pour évaluer son engagement envers le processus politique et envers une solution négociée avec Israël. Si le Hamas respecte des critères comme la prolongation d'une trêve, le respect de l'interdiction de porter des armes en public décidée fin 2005 par Abbas ou encore l'abandon des liens avec l'Iran et la Syrie, Washington pourrait reconsidérer ses relations avec le groupe armé, estime l'expert. __________________________ Démenti Les Etats-Unis ont nié avoir fourni deux millions de dollars d'aide à l'Autorité palestinienne pour lui permettre de mieux résister aux candidats du groupe armé Hamas lors du scrutin législatif de mercredi. Le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack, a assuré que l'assistance fournie à l'Autorité palestinienne dans les semaines précédant le scrutin était simplement liée aux efforts des Etats-Unis pour améliorer la vie quotidienne des Palestiniens après le retrait israélien de la Bande de Gaza en septembre dernier. "Je pense qu'il est tout-à-fait légitime que les Etats-Unis fournissent une assistance aux peuples du monde qui tentent de bâtir des institutions démocratiques, et c'est ce que nous faisons", a déclaré le porte-parole au cours d'un point de presse. Le Washington Post a rapporté avant-hier que l'agence américaine pour le développement international (USAid) avait financé à hauteur de 2 millions de dollars une série de projets destinés à faire gagner des points dans l'opinion publique à l'Autorité palestinienne du modéré Mahmoud Abbas.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com