«Paradise Now» : Dans la peau d’un kamikaze





«Nous avons tous vu des images d’attentats ou plutôt des heures qui suivent un attentat, mais jamais personne n’a été témoin des instants qui précèdent l’explosion. C’est précisément de ce moment-là que je voulais parler», raconte de son film-événement le réalisateur palestinien Hany Abou Assâd. Qu’est-ce qui peut se passer dans la tête d’un kamikaze qui s’apprête à actionner sa ceinture explosive ? A quoi pense-t-il ? Que ressent-il ? A-t-il peur ? Ou est-il seulement rempli de haine et de désespoir ? Ces questions que nous nous posons tous n’auront peut-être jamais de réponse, car nous ne saurons jamais nous mettre dans la peau d’un kamikaze. Nous pourrions à la limite peut-être imaginer et essayer de comprendre, non pas justifier ni pardonner des actes aussi abjects, ou encore chercher à en saisir les causes profondes. C’est ce qu’a tenté de faire le cinéaste palestinien Hany Abou Assad dans son film Paradise Now, projeté avant-hier en séance spéciale au Cinéma Le Rio à l’initiative de l’ambassade des Pays-Bas, l’Institut français de Coopération et le Goethe-Institut avec la collaboration de l’Association tunisienne pour la Promotion cinématographique (ATPCC) et la Fédération tunisienne des Ciné-Clubs (AFTCC). Ce film de 87 minutes a été salué par la critique internationale. Il a aussi reçu plusieurs prix notamment les Prix Annesty international 2005. Prix Meilleur Film Européen l’Ange Bleu au Festival de Berlin 2005, Prix du Public au Festival de Berlin 2005. Ainsi que sa nomination pour l’Oscar du meilleur film étranger 2006 et le Golden Globe du meilleur film étranger de l’année en cours. Sans oublier son prix de Meilleur Scénario européen (European Film Awards 2005). Face à la grande affluence du public dont une partie a dû s’asseoir dans les allées à même le sol, les organisateurs ont dû programmer une seconde projection hier-soir dans la même salle. Paradise Now raconte les dernières heures de deux jeunes palestiniens qui ont été désignés pour commettre un attentat-suicide à Tel-Aviv. Il raconte leurs préparatifs, leurs hésitations, leurs angoisses... Il raconte aussi, à travers la détermination de deux personnages Khaled et Saïd à aller jusqu’au bout de l’enfer, les raisons profondes qui les ont amenés à une telle extrémité, la souffrance de leur peuple, la pauvreté dans les camps, et la culture de la haine qui prospère dans un terreau. Tel un médecin qui fait un diagnostic, Hany Abou Assâd s’interdit de tout pathos. Il évite aussi le piège de l’engagement politique. Son film ne glorifie ni ne dénonce aucun de deux adversaires. Il les met seulement en scène, tels qu’ils sont, avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs générosités, leurs égoïsmes et leurs héroïsmes. Car, bien qu’ils soient finalement des radicaux, les kamikazes n’en sont pas moins aussi des victimes. Dans cet enfer, où chacun rêve de paradis, les anges et les démons sont de deux côtés. Cette vérité dont la banalité nous échappe parfois, Hany Abou Assâd a su nous la rappeler avec des images d’un réalisme cruel. Ici, pas d’effets ni d’exercices de style, mais un regard — presque neutre — porté sur un réel de souffrance et de culpabilité mitigées. Le réalisateur palestinien a fait preuve d’un grand courage en s’attaquant à un thème aussi délicat au risque de choquer ses compatriotes. Il a fait preuve aussi de doigté en observant une objectivité et une neutralité dans le traitement de ce thème. Résultat : son film est mieux qu’une œuvre de fiction que l’on peut aimer ou détester. C’est une bonne introduction au débat sur un phénomène moderne qui a pris naissance dans des conditions historiques bien déterminées et qui ne saurait être éradiqué qu’après leur élimination. Pour lutter efficacement contre la violence au Proche-Orient, on ne saurait donc faire l’économie d’une solution juste et durable du problème palestinien. C’est la conclusion que nous aimerions tirer de ce film courageux. Zohra ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com