Les jeunes et la frime : Crème, mensonges et chatoiement





Nombre de jeunes gens mettent en valeur de manière excessive et indiscrète leurs atouts et leurs avantages. Un comportement de frime qui peut à la fois avoir un effet de contagion et donner des complexes aux autres. Frimeurs ou modestes? A quel rang appartiennent les jeunes? Et comment expliquent-ils ce phénomène? Tunis - Le Quotidien La nature gâte certaines personnes et les dote d’une grande beauté. Nombre d’entre-eux prennent dès lors la grosse tête et se comportent en paradeurs. D’autres naissent dans un milieu huppé. Ils ont tout ce dont ils ont besoin. Certains d’entre-eux agissent en esbroufeurs, ils ont la manière de crier sur les toits leurs moindres atouts. Ce genre d’attitude peut faire en effet boule de neige. Il suffirait que quelques uns jouent la parade pour que les autres suivent. Une conduite qui peut donner un complexe d’infériorité à ceux qui ont un physique modeste et qui appartiennent à une classe sociale modeste. Toutefois, certains restent égaux à eux-mêmes, au moment où d’autres en revanche misent sur le même pied d’égalité que les plus privilégiés. Kawla, 21 ans, étudiante, confirme que la frime est le plat principal qui figure au menu quotidien de certains jeunes. D’ailleurs, les attitudes frimeuses lui donnent carrément envie de «dégueuler». «L’on peut être beau et issu d’un milieu riche sans pour autant avoir une attitude ostentatoire et frimeuse. Certes, les apparences ont de l’importance dans la mesure où cela nous donne une idée sur la personne, sur son appartenance sociale... Mais lorsque cela dévie dans le sens de l’arrogance et de la comédie, cela dénature et fausse tout. Dès lors, ce n’est plus une beauté naturelle que je vois, mais une mise en scène très moche à voir. Et ce n’est plus une aisance et une générosité que nous voyons mais plutôt du bluff et de la frivolité. Et le problème, c’est que nombre de personnes n’ayant pas autant d’atouts se sentent obligés de bluffer à leur tour pour être admis au club et c’est complètement aberrant, je trouve», dit-elle. Fatma, 20 ans, également étudiante, trouve ridicule le comportement frimeur. «Pourquoi cherche-t-on à briller, si l’on est réellement brillant? A mon avis, ceux qui font la parade et qui étalent leurs avantages, sont des êtres vides et superficiels qui ont besoin d’épater pour sentir qu’ils existent. Certains de mes camarades appuient à fond la caisse sur le bluff et le comble, c’est que cela saute aux yeux. Ils mentent et inventent pour qu’ils soient adoptés par les plus aisés. C’est vraiment ridicule. Il est vrai par ailleurs, que les apparences comptent. Lorsqu’on est bien présentable tout le monde nous regarde d’une manière positive, mais une fois cela bascule dans le camp de l’ostentation et de la frime, cela devient négatif», dit-elle. Zied, 23 ans, étudiant, trouve que la frime dépend du cadre dans lequel l’être a été élevé. «Ceux qui sont issus d’un milieu huppé et dont la famille mise beaucoup plus sur le paraître que l’être, ont une aptitude à adopter des attitudes frimeuses. Si l’on ouvre les yeux dans un milieu ou tout est jugé selon les apparences et que les êtres humains sont évalués selon leur compte en banque, on fera de même. Je pense que la frime est un phénomène lié à la vie citadine. C’est palpable dans l’université. Moi, par exemple, je m’habille convenablement, je suis la tendance, mais je n’agis jamais avec frime. Je prends en considération ces personnes qui ont un niveau de vie modeste et je crains d’alimenter chez eux un complexe d’infériorité. D’ailleurs, j’apprécie la compagnie des êtres modestes et simples, parce qu’eux sont réellement vrais», dit-il. Karim, 24 ans, étudiant, est aussi contre le comportement frimeur de certains jeunes. «Faites un tour dans les quartiers chics, et vous allez voir de toutes les couleurs. Tout a l’air faux et dénaturé. Voitures, vitesse, vice ce sont les trois «V» fétiches dans ce genre d’endroits. Pourquoi ? Il semble que c’est la seule alternative qu’ils peuvent utiliser. Si nous sommes pauvres à l’intérieur, il est tout à fait normal que l’on essaye de miser sur les apparences pour sauver la face et épater nos vis-à-vis. Or si nous sommes robustes et très riches de l’intérieur, on ne jouera pas aux fanfarons et aux esbroufeurs qui n’existent qu’à travers leurs objets et leurs gadgets. Moi, je suis ce que je suis. Je peux être complètement fauché mais je garderai toujours ma fierté et je n’oserai jamais faire la manche à ces êtres frimeurs qui se prennent pour les seigneurs et qui conçoivent ceux qui sont dans une situation financière médiocre comme leurs serviteurs. D’ailleurs, je trouve que c’est eux qui sont réellement pauvres puisqu’ils ne regardent que ce qui brille. Hélas, nombre de personnes issues de milieux modestes font profil bas et peuvent même faire usage de moyens détournés pour se sentir égaux par rapport aux frimeurs et c’est vraiment désolant, parce que l’on a affaire à une maladie contagieuse et presque incurable», dit-il. Abir CHEMLI-OUESLATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com