Régis Wargnier au «Quotidien» : «L’esclavage moderne n’est pas une vue de l’esprit»





Loin des slogans creux de l’engagement, le réalisateur français Régis Wargnier a fait son film «Man to Man» - actuellement sur les écrans de la salle le 7ème Art - qui se veut un cri de détresse contre toutes les injustices et les actes inhumains. Dans l’interview qu’il accorde au «Quotidien», Régis Wargnier nous parle de son film, de ses convictions, de ses ambitions et de ses projets à venir. Comment est né le projet «Man to Man»? Et pourquoi avez-vous opté pour un titre anglais ? J’ai reçu au départ un début d’histoire en quelques pages... Ces lignes ont captivé mon attention, m’ont séduit. Ce mystère qu’a exercé l’histoire a suffi pour que j’accepte de me lancer dans cette aventure et surtout pour que j’entame une réflexion sérieuse et détaillée sur ce film. La tâche la plus difficile a été de trouver les héros de ce film et pour être plus précis de trouver des pygmées qui sont la base de «Man to Man». C’était un grand défi que j’ai dû relever pour réussir mon film. D’ailleurs, j’ai dû voyager en Afrique Centrale pour des séances de casting jusquau jour où je les ai vu... J’avais une forte sensation qu’avec eux, nous allions faire un bon film. A ce stade et bien avant même qu’on commence le tournage, d’autres problèmes ont surgi dans le sens ou nous avions dû faire des papiers pour ce couple de Pygmées africains qui n’avait aucun papier et faire intervenir la diplomatie française pour obtenir les visas nécessaires... C’était vraiment un casse-tête chinois, un chemin très compliqué avant que je ne commence le tournage. Un titre anglais pour un film français, c’est vrai que ça paraît de prime abord étrange; mais j’ai trouvé que l’appellation anglaise traduit plus que le titre français l’esprit du film. «Man to Man», en le traduisant signifie «D’homme à homme» et cela trahit cette charge émotionnelle et humaine qui ponctue le film. Quels souvenirs gardez-vous de ce film ? C’était un joli rêve qui m’a guidé vers des zones et des terres inconnues ... j’ai été comme un explorateur qui erre d’une terre à une autre. Nous avons tourné en Ecosse, en Grande-Bretagne... , dans plusieurs coins naturels où l’homme n’est pas encore intervenu. C’était fascinant, surtout avec ces gens qui viennent d’ici et de là avec des cultures différentes et des mentalités diverses. L’expérience est excellente, sur le plan humain, c’est magnifique de voir ces gens dialoguant ensemble, s’entraidant... c’était, vraiment, un dialogue d’Homme à Homme avec toutes les significations et les connotations de ce terme dans sa dimension humaine. Il fallait voir comment Kristin Scott-Thomas et Joseph Fiennes prêtaient attention à ces deux jeunes africains qui sortaient pour la première fois de leur monde pour jouer dans un films. Vous avez développé dans votre film un aspect humaniste et romanesque. Pensez-vous que ce genre d’approche est capable d’éveiller la conscience du monde? Sincèrement, nous avons besoin d’une centaine de films, sinon des milliers, pour éveiller la conscience du monde et pour mettre de l’ordre dans notre planète. Les événements de «Man to Man» se déroulent en 1870... C’est une date symbolique pour évoquer plusieurs dépassements et injustices qui ont eu lieu et qui ont marqué cette période.Tout le monde garde bien cette réaction européenne face à tout ce qui est différent...A cette époque, les Européens ramenaient des régions lointaines des gens qui sont d’apparence physique différente pour les exposer dans des cages, à la vue de tout le monde. Ce comportement raciste a été l’origine du développement d’un sentiment de supériorité pour les uns et d’infériorité pour les autres. Les événements de «Man to Man» ne se sont pas arrêtés en 1870 car jusqu’à aujourd’hui, l’humanité souffre. Des douleurs surgissent de plusieurs coins du monde témoignant de l’intolérance du racisme, de la barbarie... et même de l’esclavage moderne. Il suffit de voir ces guerres qui déchirent le monde pour se rendre à cette évidence. Quelles sont à votre avis les causes de la régression du cinéma français ces derniers temps? Je préfère parler de perte de marchés mais je suis très optimiste car les cinéastes français, grâce à l’assistance d’Unifrance, ont pu surpasser cette crise «temporaire» au niveau des marchés. Actuellement, nous sommes en train de récupérer le terrain perdu et les résultats sont encourageants. Après «Man to Man», pensez-vous continuer sur cette trajectoire? Mon prochain film sera un polar. C’est un nouveau genre qui me permettra de goûter au charme d’une nouvelle aventure; mais le plus important, c’est qu’il sera une aubaine en or pour que j’entame une réflexion sur un autre film du même genre. «Il y a beaucoup de problèmes qui méritent d’être évoqués... Le monde n’a jamais été un paradis. Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com