Fethi Ghachem : Le pur-sang dans tout son éclat





L’exposition «Fougue» que nous propose Fethi Ghachem du 23 décembre 2005 au 8 janvier 2006 à la galerie d’Art Essaadi à Carthage, est une première dans son genre. Explication.Malgré un thème pris et repris depuis que le monde est monde, les 22 tableaux de divers formats représentant le cheval sont d’une rare originalité et à plusieurs niveaux. De l’esthétique au social en passant par le scientifique. Outre l’hommage que rend Fethi Ghachem à son beau frère, Lotfi Lahouar, architecte et peintre installé à Paris, décédé en avril 2004, l’exposition se veut rehaussée par une installation vivante, Rami. Un descendant de Jazira, sa mère, et de Sajran, son père, «Safir al badia» (étalon égyptien de grande beauté) Rami tire aussi ses origines de Dynamite III, son grand-père (une référence tunisienne). Il a donc tout pour plaire. Et il fait la fierté non seulement de son naisseur, le docteur Sadok Sassi, mais aussi de Sidi Thabet (le fief de chevaux) et des gens des courses. Ce petit chouchou est un bon à trotter et surtout à «croquer». Puisqu’il y a deux ans, il a remporté le concours de beauté. Rami qui sera donc «l’invité d’honneur» à D’Art Essaadi sera mis en vente aux enchères publiques le jour de la clôture au profit des gens démunis dès que le mot adjugé est prononcé au plus offrant. Rami sera bien sûr muni de tous ses papiers d’identité certifiés par la FNARC (fédération nationale du cheval arabe de Sidi Thabet) prouvant la pureté de ses origines. Car ici, on ne badine pas avec la descendance. Autre originalité de cet événement de fin 2005 et début 2006, c’est que Fethi Ghachem est un homme de sciences et de recherches. Et c’est lui qui a composé ses propres couleurs à partir des pigments naturels, c’est-à-dire minéraux associés à d’autres organiques, «très peu de cette synthèse», nous dit-il. Même si le «cheval» a été traité par des milliers d’historiens et d’artistes, et dans tous ses états, le vocabulaire d’un vrai passionné est tout autre. Dans l’emportement et le délire comme dans le posé et le paisible. Que ses sabots soulèvent le sable des dunes ou se reposent dans les eaux claires de la ville de Sousse ou des environs, le sujet avec sa tête haute, ses formes proportionnées, reste une créature belle et loin d’être bête. Dans le clair comme dans l’obscur. Les chevaux de Fethi Ghachem, dans leur sommeil ou dans leur mouvement, dépassent fougueusement, tendrement leur cadre en bois ou naturel. Mais qui restent confinés dans la limpidité de la race. «Le cheval de race arabe est tout autre. Et il n’a rien à voir avec le cheval anglais à titre d’exemple. Ses formes généreuses et proportionnées entre la tête et les membres font de lui cette rare élégance. Pour moi, il est un symbole de fierté, de grâce, de beauté. Bref, c’est une belle créature», nous a dit l’artiste qui a tatoué ses peintures d’un petit croissant de lune en guise de symbole de l’Islam et drapé ses «créatures» d’un tapis aux motifs berbères pour les tunisifier. Fethi Ghachem, la cinquantaine sportive, n’a pas fait des études aux Beaux-Arts. Il n’a pas, non plus, fréquenté des ateliers de formation. Il vient du monde de la chimie et des laboratoires de recherches. Mais cet autodidacte artiste est toujours animé par l’enthousiasme de l’imaginaire à partir du réel. Et sa palette ne cesse de lui fertiliser l’au-delà du palpable. Tout au début, il a commencé à peindre la médina, les scènes rurales et autres portraits de nos ancêtres. Sa clientèle était surtout des touristes. Et c’est normal. Puisque, il lui est arrivé d’exposer eu permanence dans les hôtels, pendant les années 1970. «J’ai toujours eu une faiblesse pour le cheval (qui ressemble à une belle femme dans ses formes). Mais, depuis que j’ai commencé à élever les chevaux il y a 18 ans, à Hergla, cette passion ne me quitte plus et je me vois «pris au piège» par ma passion. Il m’est dorénavant dur de sortir de l’univers du cheval et de mes autres amis artistes de la région, notamment les deux Noureddine et Belhaj Ahmed que je côtoie depuis toujours», ajoute l’éleveur qui a du mal à se séparer de ses 12 chevaux en chair et en os de Hergla ou de ses 22, fictifs, exposés à Carthage. Sans compter les autres, restés chez lui, faute de place dans la galerie. Zohra ABID


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com